Home Cinéma Kokomo City

Confessions nocturnes

Daniella Carter © Magnolia Pictures

Elles sont afro-américaines, transgenres et prostituées. Avec une lucidité exemplaire, Daniella, Dominique, Koko et Liyah évoquent face caméra leur parcours. Difficiles, forcément, dans une société marquée par le racisme et la transphobie. Mais leurs paroles brillent d’un humour et d’une vitalité inaliénables.

Allongée sur son lit, Liyah Mitchell raconte avec un grand sourire et d’innombrables « bitch » comment elle s’est emparée de l’arme d’un client. Alors que, se sentant menacée, elle appuie sur la détente, rien ne se passe. L’homme fuit, puis la rappelle. Rappeur connu d’Atlanta, il dit se promener avec un revolver uniquement pour se protéger. Ils se revoient, avec plaisir. Inaugurant Kokomo City, l’anecdote laisse entendre à la fois la vulnérabilité et la force des quatre figures dont D. Smith tresse les témoignages, tous remarquables. Les expériences individuelles soutiennent des analyses d’une grande subtilité, croisant les dimensions du genre, de la classe et des origines. Le film n’oublie pas les corps, les magnifiant par un noir et blanc contrasté, chaleureux. Ceux-ci se révèlent sans fausse pudeur, avec autant de délicatesse que de crudité. Sans doute la cinéaste (elle-même transgenre noire) aurait-elle pu se passer des reconstitutions, flashs trop illustratifs et maladroits. Mais les contrechamps masculins apportent une vraie compréhension à l’ambivalence que suscite la transidentité. Kokomo City traduit une affirmation partagée du désir, et c’est toute sa force.

Raphaël Nieuwjaer / Photo : © Liyah Mitchell © Magnolia Pictures

Documentaire de D. Smith. Sortie le 06.12


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