Le Dragon
Satire monstre
Un Henry VI long de dix-huit heures (!), un Thyeste glaçant aux faux-airs de Tim Burton… le metteur en scène Thomas Jolly impressionne avec ses fresques classiques. Après Shakespeare ou Sénèque, sa nouvelle création vise encore le grand spectacle, à partir d’une oeuvre rarement jouée dans nos théâtres : Le Dragon, du Russe Evgueni Schwartz.
La pièce a tout du conte fantastique, pourtant elle déclencha la fureur des autorités soviétiques dès la première représentation, en 1944. Du haut de sa montagne, un dragon à trois têtes fait régner la terreur sur une petite ville imaginaire, réclamant de la bière, des bêtes et, une fois l’an, qu’on lui livre une jeune vierge. Tombé en pamoison devant Elsa, la prochaine victime, le justicier Lancelot se met en tête de libérer le peuple du joug du monstre. Hélas, anesthésiés par 400 ans de soumission à un tyran éloignant étrangers et menaces extérieures, les habitants ne verront pas d’un si bon œil ce chamboulement. Le sous-texte évident, critique de la servitude des masses et des régimes totalitaires, valut à l’œuvre de Schwartz d’être interdite pendant 20 ans en URSS. Thomas Jolly lui applique son esthétique gothique et son inventivité : musique vibrante, éclats de lumière, effets spéciaux… Il mise aussi sur l’humour en amenant ses 14 comédiens sur le terrain de la caricature et de la farce, le rire se révélant ici plus libérateur que Lancelot, le “héros professionnel” aux idées courtes.



