Antigone à Molenbeek
Destins croisés
L’Antigone de Guy Cassiers s’appelle Nouria. Elle ne vit pas à Thèbes mais à Molenbeek. De l’héroïne de Sophocle, cette étudiante en droit a hérité du même désir de révolte. Dans cette relecture moderne de la tragédie antique, l’Anversois met en scène une jeune femme de confession musul- mane dont le frère a rejoint Daesh, avant de se livrer à un attentat suicide. Nouria veut l’enterrer pour faire son deuil mais les autorités refusent de lui restituer son corps. Elle va alors s’efforcer de retrouver ses “restes” pour lui accorder une sépulture… La pièce, adaptée d’un texte du Flamand Stefan Hertmans, ne donne la parole qu’à Nouria, ici interprétée par la comédienne Ikram Aoulad. Elle est accompagnée d’une musique de Chostakovitch, jouée par le quatuor Debussy, et filmée par des caméras renvoyant les images sur grand écran. Un dispositif qui traduit au plus près le tiraillement entre le besoin d’obéir à sa propre morale et l’impossibilité de transgresser la loi. Fidèle à sa volonté de « confronter un public qui croit déjà savoir à d’autres points de vue », Guy Cassiers pose ici des questions brûlantes : quel sort réservons-nous aux proches des kamikazes ? Ont- ils suffisamment droit à notre compassion ? Qui mérite de porter le titre d’être humain ? Un spectacle coup-de-poing.



