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L’art de la chute

(c) Disney

Inspiré par l’enquête de la journaliste Jessica Bruder, Nomadland accompagne les pérégrinations de Fern (Frances McDormand) dans un pays frappé par la crise économique. D’un job à l’autre se dessine une carte alternative des États-Unis, entre désert et entrepôts, où la ruine côtoie le mythe.

Fern a perdu son mari et son travail. Elle a même perdu sa ville. La fermeture des mines a vidé Empire au point que le code postal de cette bourgade du Nevada a été supprimé. La chute de l’empire américain ? La métaphore s’offre d’elle-même. C’est néanmoins dans un registre plus concret que fraye Chloé Zhao, déjà remarquée pour The Rider (2017) et couronnée meilleure réalisatrice lors des derniers Oscars. Avec délicatesse, elle capte l’arrangement d’un van devenu maison roulante, les gestes quotidiens de la survie, la chaleur émanant d’une rencontre. Généralement brèves, les scènes sont portées par une bienveillance propice à soulager les douleurs les plus profondes. Si Zhao ne cache pas la solitude, la précarité et même l’abandon dont souffrent ses personnages, l’âpreté du monde social est ainsi amortie par une universelle bonté – même dans les hangars d’Amazon, on trouve le temps de se saluer. Péchant parfois par sentimentalisme, Nomadland n’en esquisse pas moins un émouvant geste de refondation. Le deuil (d’une femme, d’un pays) laisse entrevoir la possibilité de manières de vivre plus justes. Dans les visages ridés de ce sous-prolétariat errant se lit avant tout la dignité.

Raphaël Nieuwjaer

De Chloé Zhao, avec Frances McDormand, David Strathairn, Gay DeForest… Sortie le 09.06


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