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Les feux de la rampe

© David Hindley
courtesy of LD Entertainment and Roadside Attractions

Judy Garland fut cette chanteuse magistrale, à l’équilibre mental et physique incertain. Renée Zellweger incarne l’icône jusque dans ses tressaillements de lèvres inquiètes, aussi promptes à lancer quelques réparties hilarantes. Au regard de sa propre carrière, la mise en abyme est troublante. Cette performance lui a d’ailleurs valu l’Oscar de la meilleure actrice.

Idole de l’Amérique à 16 ans, Judy Garland est morte trois décennies plus tard d’une overdose médicamenteuse. Comment raconter une telle trajectoire ? En entrechoquant le début et la fin, la préparation du rôle de Dorothy pour Le Magicien d’Oz (Victor Fleming, 1939) et le dernier tour de chant à Londres, en 1969. L’effet de montage, vertigineux, suggère à quel point le producteur Louis B. Mayer aura dressé la jeune fille, rendue anorexique et insomniaque à force d’amphétamines et de barbituriques. Apeurée et vacillante, elle se remet ainsi à chanter avec des yeux si exorbités qu’elle semble encore hypnotisée par les injonctions de son mentor. Pourtant se loge également dans son amour du spectacle un désir plus profond. La scène est à la fois le lieu d’une aliénation et d’une libération. En cela, Judy est conforme aux canons du biopic : il s’agit moins de raconter une vie que de reproduire des performances – là encore, Renée Zellweger ne manque pas d’impressionner. À la fin, le show l’emporte évidemment. Si « on n’est jamais aussi bien que chez soi », selon la formule canonique du film de Fleming, les artistes n’ont pour eux que le pays d’Oz. Et, peut-être, le cœur de quelques spectateurs.



Raphaël Nieuwjaer

De Rupert Goold, avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Finn Wittrock… En salle


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