King Kong Théorie
Emilie Charriot vs Julie Nayer
Paru en 2006, King Kong Théorie de Virginie Despentes frappe toujours là où ça fait mal. Narrant la condition des femmes et la dépossession de leur sexualité, la porte-parole de l’underground signait un pamphlet plus que jamais d’actualité. Une prose crue et vindicative qui sied parfaitement au théâtre. La preuve avec ces deux nouvelles adaptations.
EMILIE CHARRIOT
Pour sa première mise en scène, la Franco-Suisse Emilie Charriot prend le parti de l’épure. Sur un plateau nu se succèdent deux interprètes : l’une est actrice, l’autre danseuse. Mais simplicité ne signifie pas facilité. Ni simplisme. Faisant face au public, chacune leur tour Julia Perazzini et Géraldine Chollet déclament fidèlement le texte. Mieux : elles lui donnent corps, sans artifice ni véhémence. Il s’agit-là de s’appuyer sur la langue de Despentes, claire et directe, pour affirmer sa liberté de femme, sa volonté d’émancipation tout en restant debout, vaille que vaille.
King Kong Théorie from BonlieuSnAnnecy on Vimeo.
JULIE NAYER
Elles sont trois sur le plateau. Marie- Noëlle Hébrant, Maud Lefebvre et Delphine Ysaye restituent en un peu plus d’une heure toute la rage et l’ironie des mots crus de Despentes. Elles incarnent les « moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf… ». La Belge Julie Nayer a privilégié une scénographie aux accents punk-rock, soutenue par la musique et des vidéos de pubs sexistes ou de scènes tirées de King Kong, projetées en arrière-plan ou directement sur le corps des interprètes. Un moment d’insoumission jouissif.



