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Histoires minimales

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Délicat, le cinéma de Kelly Reichardt ? Sans doute. Mais il y a dans cette délicatesse une radicalité dont peu de réalisatrices sont capables. En adaptant trois nouvelles de Maile Meloy, elle fait se côtoyer le presque-rien et le grandtout, et signe trois magnifiques portraits de femmes.

Depuis dix ans, Kelly Reichardt arpente des territoires que le cinéma américain – hollywoodien comme indépendant – ne fréquente plus guère. On se souvient des collines et des forêts de l’Oregon où se perdaient les pionniers de La Dernière piste (2011) et les activistes écolos de Night Moves (2014). Dans Certaines femmes, les plaines du Montana offrent à la réalisatrice une atmosphère, un souffle. Une vibration, à la fois lumineuse et sonore. Dans chacun des trois récits composant son film, l’air s’imprègne ainsi de mélodies familières : le rythme lancinant des trains de marchandise, le chant bienveillant des cailles, le grésillement mélancolique d’une radio.

Lignes de fracture

Trois femmes se débattent avec leur vie et tentent de s’accomplir. Laura, Gina et Jamie : elles sont avocate, employée de ranch, occupée à construire une maison… Elles se croisent sans se connaître, chacune absorbée par son quotidien. Certaines femmes est d’abord fait de frôlements, de rencontres inabouties. Cette mélancolie n’empêche pas l’humour. Pas de “grand” drame qui ne soit désamorcé par un sourire. Peut-être parce que Reichardt cherche à saisir l’impalpable, ces blessures qui entaillent l’existence d’autant plus profondément qu’elles peinent à être nommées. D’où la difficulté aussi, à écrire sur un tel film. Les mots l’alourdissent. Une chose est sûre : s’il s’échappe sous la plume, il reste dans le coeur.

Raphaël Nieuwjaer

De Kelly Reichardt, avec Laura Dern, Michelle Williams, Kristen Stewart… En salle


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