La Mort de Louis XIV
Le Roi-Soleil exactement
Le Roi-Soleil est en train de s’éteindre. Les médecins se pressent autour de lui, aussi sûrs d’eux-mêmes qu’impuissants. Passent aussi parfois un évêque et quelques dames de cour. Au centre de ce petit théâtre trône le plus génial des acteurs français, Jean-Pierre Léaud.
Albert Serra est un original. Il est venu au cinéma avec peu de moyens, et de grandes ambitions. Aucun mythe n’était trop grand pour lui. En 2006, il tournait ainsi Honor de cavallería, une libre adaptation de Don Quichotte. Il en confia le rôle-titre à nul autre que Lluís Carbó – un parfait inconnu qui vivait comme lui à Banyoles, une petite ville de Catalogne. Depuis, Serra a multiplié les projets extravagants. Ainsi des Trois Petits Cochons, (très) long-métrage de 101 heures où se croisaient Goethe, Fassbinder et Hitler. De ce point de vue, La Mort de Louis XIV semblera bien ordinaire. C’est pourtant, sous son apparent minimalisme, un film magnifique sur la disparition d’un corps.
Le roi est mort… Vive Léaud !
Passée la séquence d’ouverture, le récit ne s’aventurera plus hors de la chambre du roi. Serra magnifie ce huis-clos par l’élégance discrète de sa photographie et la précision de son découpage. Et puis il y a Léaud. Son visage, surmonté d’un imposant geyser de cheveux gris, condense toute l’émotion du film. Il faut l’entendre rire au début – c’est alors le gamin des 400 coups, ou l’étudiant de La Chinoise qui réapparaît. Lui qui aura toujours eu ce génie de la diction, le voilà maintenant qui grogne, marmonne, presque incompréhensible. Puis il s’efface peu à peu, pauvre figure ridée, perdue au milieu de tant d’apparats. Rarement on aura filmé la mort d’aussi près, et avec autant de retenue. C’est ainsi que Serra et Léaud sont grands.
D’Albert Serra, avec Jean-Pierre Léaud, Patrick d’Assumçao, Marc Susini… Sortie le 02.11



