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Le Bateau ivre

Un cargo vétuste, des marins étranges. Au milieu, Zico, fraîchement embarqué et plein d’illusions. Pour son premier long-métrage de fiction, Julien Samani se place sous la tutelle de Joseph Conrad. En adaptant Jeunesse, il explore une veine rare dans le cinéma français : l’aventure métaphysique.

Empilés, les containers dessinent un labyrinthe bigarré d’où émergent Zico et son ami Yoyo. Le port du Havre en sera réduit à cette abstraction. D’emblée, ou presque, Julien Samani fait de l’aventure une expérience intérieure. Sans doute le jeune héros éprouve-t-il le désir de fuir une vie banale. Mais il y a assurément plus que cet opportunisme. On ne s’embarque par sur un cargo aussi défraîchi pour faire fortune… Au milieu des loups de mer incarnés par Jean- François Stévenin et Samir Guesmi, tous deux aussi comiques qu’inquiétants, il se confrontera à ses désirs et angoisses. Produit avec de modestes moyens par le mythique Paulo Branco, Jeunesse étonne – et séduit – d’abord par la manière dont il dépasse sa pauvreté en rivalisant d’invention. Notamment lors de la séquence de tempête où tout craque, vibre et tangue. Grâce à un jeu de lumières ingénieux, le cinéaste offre une matérialité singulière au navire battu par des flots maintenus hors-champ. Intestins gluants aussi bien que prison, le rafiot est un monstre. C’est ce que Samani filme le mieux. Si les personnages manquent parfois de profondeur, le récit finit par toucher. Car la jeunesse qui s’y découvre est de celles déjà perdues. Un souvenir, un rêve. Une dérive.

Raphaël Nieuwjaer

De Julien Samani, avec Kévin Azaïs, Samir Guesmi, Jean-François Stévenin… Sortie le 07.09

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