Home Cinéma Foxcatcher

De sang-froid

De Bennett Miller, avec Steve Carell, Channing Tatum, Mark Ruffalo…

Foxcatcher a tout pour impressionner. Pour assommer, aussi. Prix de la mise en scène à Cannes, il offre à Steve Carell son premier grand rôle « sérieux ». Méconnaissable derrière ses prothèses, le comique semblait condamné à la performance. Mais Bennett Miller l’emmène vers des territoires beaucoup plus troubles.

Le fait divers a marqué l’Amérique. En 1996, le milliardaire John E. Du Pont tue Dave Schultz, champion olympique de lutte dont il finançait l’équipe depuis des années, la « foxcatcher ». Pour son troisième long-métrage de fiction, Bennett Miller fusionne ce qui faisait le sel des deux précédents : l’investigation sur des faits réels (Capote, 2005), et l’ancrage dans un milieu sportif (Le Stratège, 2011). Finissant là où Capote commençait (le meurtre), Foxcatcher apparaît même comme son envers. Mais entre les deux, il y a une même interrogation : pourquoi quelqu’un passe-t-il à l’acte ?

Absurde

Miller se garde de toute psychologie. Et c’est bien la force du film de ne pas réduire une vie à un geste, aussi définitif soit-il. Rien ne permet d’expliquer ce saut brutal dans le rang des assassins. C’est un mystère, que le cinéaste approche avec toute la réserve nécessaire. Libérés de l’enchaînement facile des causes et des conséquences, les personnages gagnent alors autant en densité qu’en opacité. La mise en scène, élégante et rigoureuse, transcende les acteurs, tous d’une rare justesse. D’ailleurs, le plus étonnant reste Steve Carell, qui ne renie rien de ce qui fait son génie comique. Sa gêne, sa pudeur, son sens de l’absurde, sa violence aussi, s’accordent parfaitement aux névroses de Du Pont. Le film se présente alors comme une comédie pétrifiée par le drame.

Texte Raphaël Nieuwjaer Photos Scott Garfield / Mars Distribution

Sortie le 21.01.2015


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