Histoire de la peur
De l’autre côté
Un trou dans le grillage, des poubelles étalées dans le parc arboré, une alarme qui se déclenche : il n’en faut pas davantage pour que la peur gagne peu à peu le quartier protégé d’une petite ville argentine. Pour son premier film, Benjamin Naishtat explore avec acuité les tensions sociales de son pays.
Comme dans Les Bruits de Recife, film brésilien de Kleber Mendonça Filho sorti en début d’année, la frontière entre quartiers pauvres et riches traverse Histoire de la peur. Il n’est pas difficile d’imaginer les raisons d’une telle préoccupation dans le cinéma sud-américain. L’histoire des conquêtes coloniales a marqué les rapports de classe dans des sociétés affichant de considérables écarts de richesse. Outre le sujet, les deux films partagent une même manière de faire jaillir la tension du plus banal. Mais le projet de Naishtat vise un dépouillement formel plus radical, sans référence au cinéma de genre. La force d’Histoire de la peur est de s’en tenir à un sentiment aussi diffus que puissant, sans autre cause apparente que l’isolement dans lequel la classe dominante s’enfonce. L’existence du quartier pauvre ne passe que par des signes, toujours vécus comme une menace. La tension, culminant lors d’une coupure d’électricité, croît grâce à l’usage du plan-séquence, dont on craint toujours qu’il n’aboutisse à un drame. Naishtat laisse affleurer une société au bord de l’implosion. Nous rappelant au passage que cette folie sociale n’est pas celle d’un seul lieu.
De Benjamin Naishtat, avec Jonathan Da Rosa, Tatiana Giménez, Mirella Pascual… Sortie le 05.11.






