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Sir Coxsone In The Dance: The Foundation Sound

(Soul Jazz)

Cette compilation retraçant les débuts du dancehall par la maison-mère Studio One (surnommée Foundation Records, c’est vous dire l’importance du label) est également l’occasion de revenir sur Soul Jazz Records, responsable de ce qui se fait de mieux en matière de rééditions. Bien sûr, les amateurs de garage rock ou de sunshine pop connaissent, par exemple, Rhino ou Sundazed, mais le label londonien demeure quand même au-dessus de la mêlée. Pourquoi ? Car il est tenu par un passionné nommé Stuart Baker, qui envisage sa mélomanie comme un travail d’archéologue : chercher, fouiller, fouiner, dépoussiérer et mettre à jour des pépites… pas toujours introuvables, certes, mais auxquelles il confère un nouvel éclat.

Ce Londonien lance son label au début des nineties. Comme de nombreux labels anglais d’importance – de Rough Trade à Warp – tout a débuté derrière le comptoir d’un disquaire. À force de fouiner dans les bacs de ses confrères, Baker décide de rééditer quelques-unes de ses trouvailles. Le nom du label sera celui du magasin. Mais à quoi bon remettre des incunables sur le marché si on ne leur offre pas un petit plus ? Dans le cas présent, c’est le toujours un gros plus. Ainsi, les rééditions – rarement chères – s’accompagnent le plus souvent de notes de pochettes dignes d’une petite thèse. Comme si la musique ne suffisait pas ? Si, bien sûr. Mais il est bien plus facile et agréable de la comprendre lorsqu’on saisit tous les enjeux politiques, économiques ou sociaux qui l’entourent. Dans une interview, Stuart Baker expliquait même s’être intéressé au blues par le biais d’un livre qu’il avait dévoré alors que le genre ne l’intéressait pas tant. En fait, Soul Jazz intellectualise la musique pour mieux l’apprécier. Mais justement, quelles musiques ? L’éventail s’avère large, très large. Un point commun, peut-être ? Le rythme. Et ce, des polka polonaises des années 40 à l’acid-house, en passant par le krautrock, le punk rock et, bien sûr, les musiques afro-caribéennes, dont le reggae.

 

Pour en revenir à cette compilation, une remarque tout d’abord. Certes, Soul Jazz a déjà publié quelques anthologies du genre mais ici, en se concentrant sur la façon dont Clement Coxson Dodd – à la fois escroc génial, producteur au nez fin et creux, figure emblématique du reggae… – répond à l’arrivée du dancehall. Le dancehall ? Pour le dire vite, une version lourde, massive et appauvrie du reggae : système D oblige, l’orchestration est réduite au couple basse-batterie, simplement enrichie d’un skank ou d’un peu de clavier, guère plus. Le truc sra radicalisé quelques années plus tard avec le early digital, mais c’est une autre histoire. En attendant, aussi cheap paraisse-t-elle, cette musique énergique, vivante et sensuelle tranche avec les sermons rastafaris et relous du reggae roots qui domine les  années 70. Les hérauts de cet early dancehall (ou rub a dub) se nomment Johnny Osbourne, Sugar Minott, Lone Ranger et ils sont, évidemment, tous présents sur ce florilège. Système D-bis, les riddims utilisés sont, comme le veut la tradition, empruntés à d’autres standards du reggae, et c’est également un plaisir que d’essayer de les retrouver de mémoire.

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