Young Fathers
La folie douce
Il aura suffi, à l’automne dernier, d’un set éclair, punk et incroyablement habité, pour redéfinir chez les spectateurs présents ce qu’on est en droit d’attendre d’un concert. Le printemps 2014 sera donc écossais… Et pas forcément lumineux.
En découvrant le trio écossais Young Fathers, Freud aurait parlé d’« inquiétante étrangeté ». Le groupe le plus mal assorti de l’histoire de la Grande-Bretagne possède des racines au Liberia, au Nigéria et à Edimbourg, un amalgame à l’équilibre aussi sûr qu’une toupie lancée à toute vitesse dans Inception… Les premières photos de presse laissaient imaginer un boys band de banlieue. Un LP chez Anticon plus tard (Tape Two, 2013), Alloysious Massaquoi, Kayus Bankole et ‘G’ Hastings ont perdu le sourire, mais gagné une profondeur qui marque leur musique et leurs visages. Publiée par Big Dada, la division hip-hop de Ninja Tune, Dead (2014) sonne comme une confirmation et devient le prétexte d’une tournée mondiale. Young Fathers n’est pas un groupe de rap, doit autant à Massive Attack qu’à TV On The Radio, encapsule tout ce que charrie notre temps, des basses ronflantes, des percussions malades, des voix accidentées – ou accidentelles, on ne sait pas très bien. Le trio se meut par saccades, mais sait également s’apaiser. Et Freud dans tout ça ? Les Ecossais chantent « Inside I’m feeling dirty » durant I Heard. Sensation étrange d’une douceur malsaine, mais tellement authentique…


