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	<title>LM magazine &#187; Pïerre Bourdieu</title>
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	<description>Cultures et tendances urbaines</description>
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		<title>Columbo vu par Lilian Mathieu</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Nov 2013 08:35:48 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Pourquoi vous êtes-vous intéressé à <em>Columbo</em> ?</strong><br />
Certains de mes meilleurs souvenirs télé d&#8217;enfance gravitent autour de cette série. J&#8217;ai continué a regarder Columbo en vieillissant, mais en tant que sociologue, mon regard sur ce programme s&#8217;est précisé. Du point de vue sociologique, il n&#8217;y a pas d&#8217;objet digne ou indigne, une série populaire américaine est tout aussi recevable qu&#8217;un objet plus classique.</p>
<p><strong>Et pourquoi pas <em>Kojak</em> ou <em>Starsky et Hutch</em> ?</strong><br />
L&#8217;autorisation de mes parents, sans doute !<em> Columbo</em> tranche avec les séries de l&#8217;époque par son caractère débonnaire. Les meurtres sont toujours commis en hors-champ, le lieutenant n&#8217;est pas armé, on ne trouve ni course poursuite, ni effusion de sang. C&#8217;est presque pacifique. Cette relative absence de violence est compensée par la confrontation psychologique entre policier et criminel.</p>
<p><strong>En quoi est-il question de lutte des classes ?</strong><br />
Le fond de cette série, c&#8217;est l&#8217;inégalité. Elle se traduit par une confrontation des styles de vie, des goûts culturels. Les criminels sont issus de la haute société, avec son lot de demeures fastueuses, de voitures de luxe, de collections d&#8217;art. Or, le lieutenant débarque avec une voiture en ruine, un imperméable usé et un cigare bon marché. Très utile, le sociologue Pierre Bourdieu avait développé l&#8217;idée d&#8217;un rapport de force entre le bon goût distingué et le mauvais goût populaire dans <em>La Distinction</em> (ndlr.1979), entre autres.</p>
<p><strong>Est-ce la particularité majeure de cette série ?</strong><br />
En partie, puisqu&#8217;à l&#8217;inverse, Sherlock Holmes vient de la haute société et les meurtriers des bas fonds. On reste également dans l&#8217;entre-soi avec James Bond, sorte d&#8217;aristo qui combat des méchants raffinés. Maigret, c&#8217;est la classe moyenne qui poursuit des criminels issus de milieu modeste ou de la petite bourgeoisie. Enfin, je doute qu&#8217;il y ait d&#8217;autres séries où le policier arrive quinze minutes après le début de l&#8217;épisode !</p>
<p><strong>Que dire de la durée d&#8217;un épisode qui approche 90 minutes&#8230; Plutôt rare, non ?</strong><br />
Pour la télévision américaine, oui. Mais les séries françaises des années 1970, comme Maigret ou Les Cinq Dernières Minutes, nous avaient déjà habitués à un tel format, justifiant peut-être le succès de Columbo dans l&#8217;Hexagone. Ceci n&#8217;explique cependant pas la célébrité de la série dans d&#8217;autres pays comme l&#8217;Allemagne, l&#8217;Italie ou la Roumanie : dans<em> The Columbo Phile: A Casebook</em> (1989), le critique américain Mark Dawidziak explique que sous Ceausescu, le feuilleton était très populaire. S&#8217;attaquer aux turpitudes des grands bourgeois était sans doute recevable par les autorités du régime communiste. Mais est-ce ainsi que les téléspectateurs roumains appréhendaient la série ? Je n&#8217;en sais rien.</p>
<p><strong>Peut-on parler d&#8217;une œuvre cinématographique ?</strong><br />
En effet, le lien avec le cinéma est très fort, et représente un atout majeur pour la série. Derrière la caméra sont passés des réalisateurs avertis, comme Cassavetes, et de futurs grands, tels Spielberg ou Jonathan Demme. Les acteurs habitués du grand écran ont aussi été nombreux, Peter Falk évidemment, puis Donald Pleasence, Faye Dunaway, Martin Sheen&#8230; L&#8217;écriture scénaristique, la mise en scène et l&#8217;interprétation sont d&#8217;une grande qualité.</p>
<p><strong>Qu&#8217;en est-il du lien entre le grand public et l&#8217;inspecteur ?</strong><br />
Il est ambivalent. On se moque de son côté bouffon mais on s&#8217;identifie facilement à lui lorsqu&#8217;il est confronté à des dominants, qu&#8217;il fait tâche. Les rapports de classe restent présents dans l&#8217;existence de chacun, l&#8217;expérience du mépris est très commune. Ce malaise trouve une expression positive à travers la résolution de l&#8217;enquête.</p>
<p><strong>La série conserve-t-elle une actualité ?</strong><br />
Ça paraît anachronique, mais lorsque le mouvement des Indignés et son pendant américain, Occupy Wall Street, soulignent le fait que 1% de la population mondiale détient les richesses, tandis que 99% sont laissés pour compte, ils verbalisent l&#8217;idéologie de la série. Les criminels de <em>Columbo</em> relèvent de ces 1%, et le pauvre lieutenant représente ces 99% qui mènent une vie ordinaire, sans villa à Beverly Hills et qui n&#8217;ont pas les moyens de réparer leur voiture&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Normand Baillargeon</title>
		<link>https://www.lm-magazine.com/blog/2012/04/03/normand-baillargeon/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Apr 2012 14:54:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[manager]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Interview]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Culture générale]]></category>
		<category><![CDATA[Marie Curie]]></category>
		<category><![CDATA[Normand Baillargeon]]></category>
		<category><![CDATA[Pïerre Bourdieu]]></category>
		<category><![CDATA[sociologie]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Comment définiriez-vous la culture générale ? J&#8217;essaie d&#8217;en proposer un modèle assez modeste. La culture générale serait la manière la plus large...</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Comment définiriez-vous la culture générale ?</strong><br />
J&#8217;essaie d&#8217;en proposer un modèle assez modeste. La culture générale serait la manière la plus large possible de parcourir toutes les formes de savoirs. Et je dis bien « la plus large », car bien que qualifiée de « générale », elle néglige souvent de nombreux domaines.</p>
<p><strong>Comme les sciences, auxquelles vous consacrez une belle partie de l&#8217;ouvrage ?</strong><br />
Par exemple. La culture générale idéalisée est très nettement artistique, littéraire et humaniste. Or, afin que cette culture soit réellement « générale », elle doit être complétée d&#8217;un bagage mathématique et scientifique. Il est impossible de comprendre le monde et d&#8217;exercer une citoyenneté pleine et entière sans maîtriser un minimum de références scientifiques et mathématiques. Cet idéal remonte aux Lumières, à Condorcet : une union des maths, des sciences, des lettres et des humanités.</p>
<p><strong>Vous évoquez même un snobisme</strong> <strong>anti-maths !</strong><br />
Oui. C&#8217;est la seule des formes de savoir où l&#8217;on peut sans mal être fier d&#8217;être incompétent. Personne ne se vante de ne pas savoir qui est Bach, Shakespeare ou Molière. Ce phénomène est étrange, mais universel. Cela tient sans doute à l&#8217;enseignement, basé sur l&#8217;utilitarisme. Or, les mathématiques ont une valeur intrinsèque qui n&#8217;a pas à être justifiée par une utilité supposée.</p>
<p><strong>Pourquoi dites-vous que la culture</strong> <strong>générale est « excluante » ?</strong><br />
On peut émettre des réserves sur le caractère « général » de cette culture. Je la trouve sexiste, entre autres, car dans beaucoup de formes de savoirs, les contributions féminines ont été occultées. Prenons un exemple : au début des années 1960, James Watson et Francis Crick ont reçu le prix Nobel pour leur découverte de l&#8217;ADN. Mais ils ont reconnu plus tard qu&#8217;ils n&#8217;auraient jamais décodé l&#8217;ADN sans le travail de la biologiste moléculaire Rosalind Elsie Franklin, dont le nom est passé à la trappe. Il y a des contre-exemples, comme Marie Curie, mais ce n&#8217;est rien à côté de l&#8217;immensité des oublis ciblés. <span class="has-pullquote" data-pullquote="La culture générale reste un héritage de l'Histoire et reproduit les conditions matérielles objectives dans laquelle on vit">La culture générale reste un héritage de l&#8217;Histoire et reproduit les conditions matérielles objectives dans laquelle on vit</span>, avec ses biais et ses exclusions.</p>
<p><strong>Y-a-t-il des rapprochements</strong> <strong>entre</strong> <strong>culture populaire et</strong> <strong>« haute » culture ?</strong><br />
Pendant longtemps, au nom de la distinction, pour reprendre le terme de Pierre Bourdieu, la haute culture se définissait en opposition à la culture populaire. Depuis 50 ans environ, ces rapports changent : à l&#8217;université, <span class="has-pullquote" data-pullquote="on peut désormais étudier Hendrix ou les Beatles en musicologie et faire un mémoire de littérature sur Brassens">on peut désormais étudier Hendrix ou les Beatles en musicologie et faire un mémoire de littérature sur Brassens</span>. Je m&#8217;en réjouis, car des éléments issus de la culture populaire sont dignes de faire partie de cette culture générale. Mais il faut éviter de tomber dans le relativisme du tout-culturel.</p>
<p><strong>À propos de culture populaire, vous</strong> <strong>évoquez également les bourses du</strong> <strong>travail du XIXe siècle.</strong><br />
Je suis frappé, lorsque je viens en France, par le nombre d&#8217;anciennes bourses du travail. C&#8217;était des lieux qui, en plus d&#8217;être des lieux de combat, de solidarité et d&#8217;entraide, étaient marqués par un profond respect pour la culture, le savoir et l&#8217;éducation. Soit les trois piliers pour l&#8217;émancipation individuelle et collective. Aujourd&#8217;hui, la classe ouvrière n&#8217;a plus ces endroits, et je le crains, s&#8217;est même détournée de l&#8217;envie de culture. De son côté, l&#8217;école a tendance à répondre aux exigences économiques en préparant à l&#8217;emploi. Il s&#8217;agit de « compétences » et non de « connaissances ». Le rapport au savoir, et donc à la culture générale, est totalement différent.</p>
<p><strong>Internet a-t-il pris le relais de ces</strong> <strong>bourses du travail ?</strong><br />
Pour l&#8217;heure, c&#8217;est vrai, on peut réellement se cultiver sur le Web. On trouve même de nombreux sites pédagogiques absolument passionnants. Mais c&#8217;est également la source d&#8217;une grande illusion, selon laquelle la transmission de savoirs ne serait plus nécessaire, puisqu&#8217;il suffirait de piocher des informations sur la Toile. Or, un savoir préalable est nécessaire avant de s&#8217;attaquer à la masse de données dont dispose Internet, ne serait-ce que pour trier le vrai du faux !</p>
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