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	<title>LM magazine &#187; Magyd Cherfi</title>
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	<description>Cultures et tendances urbaines</description>
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		<title>Magyd Cherfi</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Nov 2017 05:45:56 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Interview]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
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		<description><![CDATA[<p>Comment cet album est-il né ? En écrivant Ma part de Gaulois. Chapitre après chapitre, les thèmes des chansons sont apparus. C&#8217;est...</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Comment cet album est-il né ?</strong> En écrivant <em>Ma part de Gaulois</em>. Chapitre après chapitre, les thèmes des chansons sont apparus. C&#8217;est en quelque sorte la B.O. du livre.</p>
<p><strong>Il a été produit via le financement participatif, n&#8217;est-ce pas ?</strong> Tout à fait, j&#8217;ai fait le tour des maisons de disques mais personne n&#8217;en voulait&#8230;</p>
<p><strong>Malgré le succès du livre ?</strong> Oui. A la limite, si j’avais eu le Goncourt, peut-être&#8230; Donc cette solution est venue naturellement. J&#8217;ai récupéré 23 000 euros et le soutien d&#8217;environ 500 personnes.</p>
<p><strong>Comment définiriez-vous votre style musical aujourd&#8217;hui ?</strong> <span class="has-pullquote" data-pullquote="On a fait du boucan avec Zebda et cela me frustrait de sacrifier le texte pour le volume sonore. Je suis désormais obsédé par l'épure.">On a fait du boucan avec Zebda et cela me frustrait de sacrifier le texte pour le volume sonore. Je suis désormais obsédé par l&#8217;épure.</span> Ma voix est soutenue par le piano, la guitare, pas beaucoup plus… Je produis une chanson française d&#8217;un grand classicisme.</p>
<p><strong>Vous vous inscrivez donc dans les pas de vos idoles ?</strong> Complètement. Pour moi il y a le triptyque Lavilliers-Renaud-Higelin et, parmi les artistes plus intemporels, Ferré, Brassens et Brel.</p>
<p><strong>Que verra-t-on sur scène ?</strong> Il s&#8217;agit d&#8217;un effeuillage verbal et sonore. Je vais vous dire qui je suis. En vous montrant aux autres vous vous révélez à vous-mêmes. C&#8217;est donc un spectacle plutôt intimiste.</p>
<p><iframe src="https://www.youtube.com/embed/552l5E5oVUE" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p><strong>Où vous sentez-vous le mieux ? Sur scène ou derrière la feuille ?</strong> Mon état naturel c&#8217;est la plume. Le reste, ce sont des petites récrés.</p>
<p><strong>Qu&#8217;est-ce qui a déclenché l&#8217;écriture de<em> Ma part de Gaulois ?</em></strong> J&#8217;ai toujours été tiraillé par cette envie de raconter une autre histoire de France, où les habitants sont noirs, bruns… Un mec comme moi, né à Toulouse et d&#8217;origine algérienne, se rend vite compte qu&#8217;il n&#8217;est pas Français dans le regard de l&#8217;autre. Dans l&#8217;inconscient collectif perdure cette idée du blanc catho, cette mythologie du Gaulois blond dans laquelle on ne se retrouve pas. <span class="has-pullquote" data-pullquote="Ce livre, c’est un nouveau récit faisant du Français un être multiple.">Ce livre, c’est un nouveau récit faisant du Français un être multiple.</span></p>
<p><strong>S&#8217;agit-il d&#8217;un récit autobiographique ?</strong> Oui, même si j&#8217;ai romancé mes souvenirs. Cela me permet d&#8217;éclairer un certain nombre de choses, telle la psychologie des personnages.</p>
<p><strong>On y perçoit aussi votre amour de l&#8217;école qui vous a permis de vous élever. Pourtant le constat que vous dressez est accablant…</strong> La République a donné à des gens comme moi des outils pour accéder au libre-arbitre, mais en a aussi abandonné beaucoup d&#8217;autres. La France dit porter tout le monde, quelles que soient la couleur de peau, la religion ou les origines… mais si tu es Africain, pauvre et musulman, tu es mort.</p>
<p><strong>Comment les choses ont-elles évolué en 30 ans ?</strong> Il y a eu une espèce de statu quo. Les brassages se sont multipliés au fil des décennies mais la France, comme tous les pays d&#8217;Europe, a abandonné ses enfants issus de la religion musulmane, du Maghreb, d&#8217;Afrique… Une sorte de précipice s&#8217;est creusé entre les blancs et les autres. Beaucoup de ces mômes s&#8217;identifient aujourd&#8217;hui à des pays qu&#8217;ils ne connaissent pas – comme leurs parents d&#8217;ailleurs. Il y a 30 ans on croyait qu&#8217;une porte allait s&#8217;ouvrir avec l&#8217;arrivée de la gauche au pouvoir. Mais elle s&#8217;est refermée.</p>
<p><iframe src="https://www.youtube.com/embed/0kStIHOfVX4" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p><strong>Vous-même, vous sentez-vous &#8220;Gaulois&#8221; aujourd&#8217;hui ?</strong> Oui, mais le Gaulois que je suis est à la fois berbère, occitan, toulousain, et aussi juif, espagnol… J&#8217;ai aimé des oeuvres littéraires de toutes ces cultures dans lesquelles je me suis fondu. Pour cela il faut avoir accès au savoir et j&#8217;ai eu ce privilège.</p>
<p><strong>Le livre (comme l&#8217;album) est également très féministe…</strong> Absolument. Je le suis par ma mère. « Vos soeurs ne sont pas vos esclaves, alors vous faites la vaisselle, passez la serpillère… » nous disait-elle à moi et mes frères. On a ainsi entretenu avec nos frangines un rapport imposé d&#8217;égal à égale. Le féminisme est pour moi une question d&#8217;éducation. Et puis, au lycée, j&#8217;ai rencontré des filles se battant pour leurs droits. J&#8217;ai réalisé que les Algériens et les femmes menaient deux combats parallèles ! J&#8217;ai épousé cette lutte car elle permettait aussi de soulever les discriminations à l&#8217;encontre des Maghrébins.</p>
<p><img class="alignleft size-medium wp-image-76860" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2017/10/cover_categoriereine_magyd-cherfi-300x300.jpg" alt="Cover_categoriereine_Magyd Cherfi" width="300" height="300" /></p>
<p><strong>D&#8217;ailleurs vous décrivez une scène dans laquelle une fille, Bija, est tabassée à mort parce qu&#8217;elle lit. Est-ce vrai ?</strong> Oui, non seulement c&#8217;est vrai mais j&#8217;en ai connues des dizaines ! Dans mon quartier, les parents déconseillaient à leurs filles de lire (et même d&#8217;écouter de la musique, de sortir, de voyager…) car une jeune femme trop éduquée ne peut pas se marier. Les hommes n&#8217;aiment pas celles qui en savent trop : elles sont susceptibles de partir, de s&#8217;affranchir de la règle patriarcale. Aujourd&#8217;hui c&#8217;est moins violent car l&#8217;état de droit reste vigilant. Mais il y en a encore quelques-unes qui ont peur d&#8217;aller trop loin dans leurs études. Certaines filles voilées dans les facs disent « je veux savoir, mais pas trop ». Le voile les empêche de sortir du territoire de la famille.</p>
<div id="attachment_76859" style="width: 169px" class="wp-caption alignright"><img class="size-medium wp-image-76859" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2017/10/livre-de-magyd-cherfi_ma-part-de-gaulois-159x300.jpg" alt="A lire / Ma part de Gaulois (Actes Sud), 272 p., 19,80 €" width="159" height="300" /><p class="wp-caption-text">A lire / Ma part de Gaulois (Actes Sud), 272 p., 19,80 €</p></div>
<p><strong><br />
Vous rappelez ici un épisode méconnu de la vie de Mitterrand. Au début du livre, son élection est redoutée car il représentait &#8220;le ministre de la Guerre d&#8217;Algérie&#8221;…</strong> Oui, beaucoup d&#8217;Algériens ont été terrorisés quand est réapparu cet homme sous les apparats de la gauche. De Gaulle est resté dans la mémoire collective immigrée celui qui a libéré l&#8217;Algérie. Mais il y avait aussi à cette époque un certain François Mitterrand*, qui avait installé la guillotine et fait couper la tête de tous les résistants algériens, clamant haut et fort l&#8217;Algérie française. Je me souviens de mes potes qui faisaient péter les bouchons de champagne et le soir, à la maison, mon père me disant : « on fait les valises, Mitterrand va être élu ! » (<em>rires</em>). Plus tard, le même homme a aboli la peine de mort… Mon père n&#8217;y comprenait plus rien !</p>
<p><strong>L&#8217;autre particularité de ce livre, c&#8217;est la langue : à la fois très orale et scandée. Comment qualifieriez-vous votre plume ?</strong> J&#8217;ai publié tard, après 40 ans. J&#8217;ai longtemps plagié les auteurs que je lisais. Le XIXe siècle m&#8217;obsédait : Flaubert, Maupassant… J&#8217;essayais de singer la belle écriture. Au fil du temps je suis parvenu à trouver mon identité. Je suis un fils de la rue, je parle sa langue. Je peux donc m&#8217;exprimer comme un charretier et utiliser l&#8217;imparfait du subjonctif.</p>
<p><strong>D&#8217;où vous vient cette passion pour les mots ?</strong> C&#8217;est un mystère. Ma mère était obsédée par l&#8217;acquisition du savoir. Elle ne s&#8217;est jamais remise de ne pas avoir eu accès à l&#8217;écriture. On a donc été son bras armé : &#8220;les enfants le feront pour moi&#8221;. Elle nous a balancé très vite chez des familles françaises : l&#8217;épicière, le toubib, les sœurs religieuses du quartier&#8230; bref, avec mes frères et sœurs on a découvert la &#8220;francité&#8221;, la Chandeleur, Pâques, Noël&#8230; on en bavait d&#8217;être blancs et chrétiens rien que pour avoir tous ces cadeaux ! L&#8217;amour des mots s&#8217;est accompagné de ces scènes de bonheur.</p>
<p><strong>Le livre se finit quand l&#8217;aventure Zebda commence… est-ce définitivement fini avec le groupe ?</strong> Un nouvel album me paraît improbable. On a fait le tour de tout ce qu&#8217;on avait à dire. Par contre, un retour sur scène semble plus envisageable…</p>
<p><strong>Quels sont vos projets ?</strong> Mon rêve originel, avant la musique, c&#8217;était l&#8217;écriture. Désormais, j&#8217;aimerais achever mon histoire en m&#8217;attaquant au cinéma, à une saga sur l&#8217;immigration, histoire de boucler la boucle !</p>
<p><iframe src="https://www.youtube.com/embed/VvMBtCmYOwE" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe><br />
_____________</p>
<p><em>* François Mitterrand devient ministre de la Justice du gouvernement de Guy Mollet, le 2 janvier 1956. On compte 45 guillotinés tandis qu&#8217;il occupe les fonctions de garde des Sceaux. Dans 80 % des cas connus, il leur a refusé la grâce. Contrairement à ce qu&#8217;on a pu croire, ces premiers condamnés à mort exécutés de la guerre d&#8217;Algérie ne sont pas des poseurs de bombe. Ils ont participé à l&#8217;insurrection, mais souvent sans commettre de meurtre. Source : </em>François Mitterrand et la guerre d&#8217;Algérie<em> cosigné par l&#8217;historien B. Stora et F. Malye.</em></p>
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