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	<title>LM magazine &#187; Le Coût de la virilité</title>
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	<description>Cultures et tendances urbaines</description>
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		<title>Lucile Peytavin</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Jun 2021 04:40:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Julien Damien]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Interview]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Le Coût de la virilité]]></category>
		<category><![CDATA[Lucile Peytavin]]></category>

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		<description><![CDATA[<p>Comment l’idée de s’intéresser au coût de la virilité est-elle née ? Cela fait longtemps que je m’intéresse aux inégalités entre hommes...</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Comment l’idée de s’intéresser au coût de la virilité est-elle née ?</strong> Cela fait longtemps que je m’intéresse aux inégalités entre hommes et femmes. Au fil des recherches, je suis tombée sur une donnée qui m’a interpellée : en France, la population carcérale est à 96 % masculine. Pourquoi ? Que dit cette statistique de la violence dans le pays ? Personne n’en parle. J’ai donc creusé la question, et me suis aperçue que l’immense majorité des faits de criminalité et de délinquance sont commis par des hommes.</p>
<p><strong>Quels chiffres avancez-vous ?</strong> Les hommes représentent 83% des mis en cause par la justice et sont sur-représentés dans tous les types d’infractions, notamment les plus graves. Ainsi, ils sont responsables de 86 % des meurtres, 99 % des viols et 84 % des accidents mortels de la route&#8230; Un jour, tandis que je me promenais dans la rue, des voitures de police m’ont dépassée toutes sirènes hurlantes à la poursuite d&#8217;un homme. Je me suis alors demandé combien de fonctionnaires, de magistrats, de personnels pénitentiaires ou de santé seraient mobilisés pour lui. Je me suis aussi interrogée sur les souffrances physiques et psychologiques des victimes… C’est un coût humain et financier pour l’État et pour la société qui n’avait jamais été calculé.</p>
<p><a href="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2021/06/lucile-peytavin1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-121128" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2021/06/lucile-peytavin1.jpg" alt="" width="547" height="800" /></a></p>
<p><strong>À quel montant estimez-vous le coût de la virilité ?</strong> À 95,2 milliards d’euros par an. Soit à peu près l’équivalent du déficit annuel du budget français, donc un chiffre colossal… et sous-estimé. Car pour un grand nombre d’infractions, comme la fraude fiscale ou les atteintes à l’environnement, on ne tient pas compte du sexe des auteurs.</p>
<p><strong>Comment avez-vous obtenu ce résultat ?</strong> Pour faire simple, j’ai comparé les taux de mis en cause pour les hommes et femmes, avec les budgets dépensés par l’État pour y faire face. J’ai obtenu un surcoût, celui de la virilité (17,9 milliards d’euros par an rien que pour les hospitalisations&#8230;). Une somme que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes.</p>
<p><strong>En quoi la virilité est-elle problématique ? Vous dites qu’être viril, c’est prendre des risques et en faire courir aux autres&#8230;</strong> Oui, étymologiquement virilité provient du mot sanskrit &#8220;vira&#8221; signifiant &#8220;héros&#8221;. Il glorifie la puissance et le courage censés définir un homme. Ce mot n’a pas d’équivalent pour les femmes. <span class="has-pullquote" data-pullquote="La virilité est donc un concept qui construit la masculinité et, finalement, provoque des démonstrations de force dangereuses.">La virilité est donc un concept qui construit la masculinité et, finalement, provoque des démonstrations de force dangereuses.</span></p>
<p><strong>Quelles sont les principales victimes de la virilité ? </strong>Nous sommes tous et toutes victimes de la virilité. En France, une femme meurt tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint ou de son ex et l’immense majorité d’entre-elles ont déjà été agressées dans les transports en commun… Les hommes sont aussi concernés, notamment ceux qui ne répondent pas aux injonctions de la virilité, jugés efféminés, considérés comme faibles. A l&#8217;inverse, il y a ceux qui cherchent à prouver leur force et prennent des risques inconsidérés. Ils affrontent symboliquement et physiquement la mort.</p>
<p><strong>Concrètement, comment cela se traduit-il ?</strong> Au sein de l’OCDE, les garçons de moins de 14 ans ont 70% plus de &#8220;chance&#8221; que les filles de mourir dans un accident, les hommes trois fois plus de décéder de façon prématurée à cause d’un comportement déviant. Ils entretiennent des rapports plus pathologiques avec la vitesse, l’alcool ou le tabac&#8230; 80 % des cancers concernent des hommes. Sans compter les faits de délinquance et de criminalité.</p>
<p><strong>Mais alors, qu’est-ce qui rend les hommes plus agressifs ? Est-ce physiologique ?</strong> <span class="has-pullquote" data-pullquote="Les hommes ne naissent pas violents, ils le deviennent. ">Les hommes ne naissent pas violents, ils le deviennent. </span>La science a démontré qu’aucun mécanisme biologique ne les pousserait à se conduire ainsi. Ni le cerveau, ni la testostérone. On parle souvent de cette hormone mais des études récentes ont prouvé que des taux élevés chez un même individu peuvent aussi bien motiver des agissements agressifs qu’altruistes. D&#8217;ailleurs, on observe dans l’Histoire que la domination masculine n’a pas toujours existé. Elle s’est imposée au néolithique, vers – 12 000 ans avant J.C, alors que les rapports entre hommes et femmes étaient beaucoup plus égalitaires durant le paléolithique.Tous ces éléments indiquent que la virilité est une construction culturelle, et non pas naturelle. On peut donc la défaire.</p>
<p><iframe title="YouTube video player" src="https://www.youtube.com/embed/XfbM3LD0D9Q" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p><strong>Que voulez-vous dire ?</strong> L’éducation dispensées aux garçons dès leur plus jeune âge est celle d’une acculturation à la violence, par le biais de la virilité.</p>
<p><strong>Qu’est-ce que l’acculturation ?</strong> C’est un concept sociologique, désignant le processus par lequel un groupe ou un individu (ici de jeunes garçons) assimile une culture qui lui est initialement étrangère (la virilité et le culte de la violence).</p>
<p><strong>Comment ce comportement est-il entretenu ?</strong> L’instruction des garçons est souvent plus vigoureuse que celle des filles. Dès le plus jeune âge, on a tendance à réprimer l’expression de leurs sentiments. On salue leur courage ou la résistance à la douleur en minimisant les dangers&#8230; Nous sommes aussi plus permissifs avec les garçons turbulents. Très vite, on les familiarise à la violence avec des jeux ou sports de combat. Dans les catalogues de jouets 90 % des armes sont portées par un garçon&#8230;</p>
<p><strong>La culture &#8220;mainstream&#8221; n’est pas en reste dites-vous…</strong> Oui, au cinéma par exemple, l’immense majorité des héros sont des hommes revendiquant une violence légitime pour sauver le monde. Ils donnent alors des coups dans 90 % des cas. Une étude réalisée entre 2015 et 2016 portant sur 10 films de super-héros a démontré que les personnages masculins sont cinq fois plus violents, commettant 34 actes violents par heure, contre sept pour les femmes. Les garçons vont donc s’identifier.</p>
<p><strong>Selon vous, l’adolescence serait aussi un moment de cristallisation de cette construction de l’identité virile&#8230;</strong> Oui, c’est le moment où l’on montre à ses pairs qu’on est devenu un &#8220;vrai&#8221; homme. On se donne des coups pour prouver sa résistance physique ou on prend des risques en &#8220;buvant comme un mec&#8221;.</p>
<p><strong>Votre constat pourrait-il expliquer ce phénomène de bandes, dont on parle tant ?</strong> En tout cas, certains justifient ces violences et l’insécurité en général par la pauvreté, voire l’immigration. Or les femmes, qui constituent rappelons-le la moitié de la population, subissent une précarité au moins équivalente (voire souvent pire à cause de la différence de salaires, entre autres) et pourtant elles ne se comportent pas de la même façon ! Elles ne représentent que 17% des mises en cause par la justice, en provenant des mêmes milieux. Donc le critère de la pauvreté, de l’âge ou du milieu social est beaucoup moins significatif que celui de l’éducation réservée à chaque sexe.</p>
<p><iframe title="YouTube video player" src="https://www.youtube.com/embed/nFWgiZxnz7o" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p><strong>D’où viendrait cette différence d’éducation entre filles et garçons ?</strong> La virilité a été valorisée dès la Grèce antique. Cette notion gouverne toujours notre culture et les résistances à sa déconstruction sont tenaces. Aujourd’hui, il est quasiment impossible d’enfiler un tee-shirt rose à un garçon, ou pire de le laisser se maquiller. Le mécanisme est implacable : en dévalorisant tout ce qui est féminin auprès des petits garçons, ils intègrent rapidement le fait que le féminin est méprisable. Cela engendre inévitablement des réflexes sexistes.</p>
<p><strong>Plus surprenant, vous écrivez aussi que l’école serait le lieu <em>« où s’aggravent et se perpétuent les différences de comportements entre les filles et les garçons »</em>. En quoi ?</strong> L’école va punir les garçons quand ils ne respectent pas les règles, mais cette punition sera davantage une médaille, montrant aux yeux des autres qu’ils résistent au système. C’est la fameuse image du rebelle romantique, telle que véhiculée par le film <em>Grease</em> par exemple.</p>
<p><strong>Vous parlez aussi de la cour de récréation…</strong> Oui, aujourd’hui, on se rend compte que les garçons occupent largement ce lieu, avec les jeux de ballon notamment, tandis que les filles ont tendance à se réfugier dans les coins, préfigurant l’accaparement masculine de l’espace public.</p>
<p><strong> Pourtant, n’est-ce pas aussi le propre de l’humanité de prendre des risques ? Sinon, nous n’aurions jamais été sur la Lune&#8230;<span class="has-pullquote" data-pullquote=" Il ne faut pas confondre la virilité, qui pousse à des comportements asociaux, avec l’ambition, la volonté et le dépassement de soi..."> Il ne faut pas confondre la virilité, qui pousse à des comportements asociaux, avec l’ambition, la volonté et le dépassement de soi&#8230;</span></strong> Et puis, si le coût de cette virilité avait été économisé, nous serions peut-être déjà sur Mars aujourd’hui !</p>
<p><strong>Mais alors, quelles solutions proposez-vous ?</strong> Je constate que les femmes ont des comportements plus adaptés à la vie en société. Je propose donc d’éduquer les garçons comme les filles ! Dès le plus jeune âge, on pourrait inviter indifféremment les enfants à s&#8217;occuper d&#8217;un poupon pour mieux développer leur rapport à autrui, un vrai sentiment d’empathie.</p>
<p><strong>Serions-nous plus heureux dans une société où les garçons seraient élevés comme des filles ?</strong> J’en suis persuadée. Déjà, nous serions beaucoup plus riches et pourrions investir dans des politiques sociales plus importantes. Avec 95,2 milliards d’économie, on n’aurait plus aucune excuse. L’éradication de la grande pauvreté, c’est 7 milliards, la dette des hôpitaux est de 30 milliards&#8230; Et puis, les taux de criminalité et délinquance baisseraient drastiquement. On n’aurait plus peur de marcher seul(e)s dans la rue, de laisser nos enfants jouer dehors&#8230; Nous serions simplement plus libres.</p>
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