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	<title>LM magazine &#187; Hervé Di Rosa</title>
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	<description>Cultures et tendances urbaines</description>
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		<title>Libres figurations, années 80</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Jul 2021 04:10:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Julien Damien]]></dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Colorées, drôles, irrévérencieuses, délurées&#8230; et diablement revigorantes ! Telles sont les Libres figurations. L’appellation regroupe plusieurs courants apparus aux quatre coins du globe, quasi simultanément, au début des années 1980 : la Figuration libre en France (Robert Combas, <a href="https://www.lm-magazine.com/blog/2018/12/01/herve-di-rosa-3/" target="_blank">Hervé Di Rosa</a>, Rémi Blanchard), le graffiti aux États-Unis (<a href="https://www.lm-magazine.com/blog/2020/01/01/keith-haring/" target="_blank">Keith Haring</a>, Crash), mais aussi les Nouveaux Fauves en Allemagne ou les Nouveaux Artistes en Russie. Leurs points communs ? Ils sont jeunes, iconoclastes, anti-consuméristes et fracassent les codes pour inviter l’art dans notre quotidien. Ces artistes puisent leur inspiration dans la pop culture : la bande dessinée, le clubbing, la SF, le punk&#8230; Sans oublier le petit écran, vecteur de grands bouleversements. <em>« Le déclencheur de cette vague fut en effet l’apparition de la télévision couleur dans les foyers</em>, décrypte Pascale Le Thorel, commissaire de l&#8217;exposition. <em>D’un bout à l’autre de la planète, tout le monde voyait les mêmes images »</em>.</p>
<p><strong>Caisse Haring</strong></p>
<p>Formellement, ces œuvres se caractérisent par l’emploi du cerne noir (renvoyant à la BD), une palette vive et surtout une grande liberté, notamment dans la représentation des drogues ou du sexe &#8211; témoin de mœurs idoines. <em>« On est chez Rabelais, les artistes expriment une énergie vitale »</em>. Celle-ci est palpable dans cette double exposition calaisienne. Elle vibre par exemple sur les grandes toiles de Hervé Di Rosa (<em>La Rue du malheur</em>) emplies de scénettes et d’un grouillement de personnages hallucinés, <em>« un peu comme chez Jérôme Bosch »</em>. Du côté des Américains, on admire la virtuosité à la bombe de Futura 2000 et une pièce inédite de Keith Haring, qui a dessiné un Radiant Angel sur le capot de la voiture de la sœur de François Boisrond, autre pilier français du courant.</p>
<p><iframe title="YouTube video player" src="https://www.youtube.com/embed/b13rtWZwPBM" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p><strong>Dernière fête avant fermeture </strong></p>
<p>L’autre belle découverte calaisienne se situe du côté des Russes. La censure (encore d’actualité) n’a jamais arrêté Afrika, Timur Novikov ou Oleg Kotelnikov. Chez eux, tous les supports sont bons pour exprimer leur rage : rideaux de douche, papier bulle, sacs plastiques, bouts de bois&#8230; C&#8217;est l&#8217;autre caractéristique de ces créateurs. <em>« On peignait sur tout et n’importe quoi ! »</em>, se souvient le Brésilien Roberto Cabot, qui s’est lui attaqué à la façade des Beaux-Arts de Paris. Si la joie traverse ces peintures ou sculptures, une angoisse pointe aussi à l&#8217;horizon : celle de la fin de l’humanité, engendrée notamment par la menace nucléaire &#8211; &#8220;no future&#8221;, en somme. François Boisrond prophétisait ainsi l’effondrement des Twin Towers dès 1981. <em>« L’émergence du Sida est également tangible. Nombre d’artistes succomberont d’ailleurs au virus, qui aura raison du mouvement »</em>, rappelle Pascale Le Thorel. Nous sommes à l’orée des années 1990. Les libertés régressent peu à peu, le capitalisme a raflé la mise. Mais 40 ans plus tard, à l’ère post-Covid, ces Libres figurations apparaissent comme un phare dans l’obscurité.</p>
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		<title>Hervé Di Rosa</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Dec 2018 06:25:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[manager]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[Art modeste]]></category>
		<category><![CDATA[Bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[Figuration libre]]></category>
		<category><![CDATA[Graffiti]]></category>
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		<category><![CDATA[Musée du Touquet-Paris-Plage]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Une myriade de couleurs vives, de formes, de références. L&#8217;impression de parcourir une œuvre monde&#8230; Pénétrant dans la villa Way Side, le visiteur est d&#8217;emblée saisi par l&#8217;oecuménisme pictural s&#8217;étalant sur les murs. L&#8217;anarchie ? Il y a de ça. <em>« Quand j&#8217;ai commencé en 1977, j&#8217;avais 18 ans, j&#8217;écoutais les Clash et les Sex Pistols. Le punk fut libérateur. Ces musiciens n&#8217;avaient pas de technique ni de matériel, mais des trucs à dire. Et ils les disaient</em>, explique l&#8217;artiste avec son bel accent méditerranéen. <em>C&#8217;était pareil pour moi, je n&#8217;avais pas de talent particulier ni d&#8217;argent pour payer mes toiles, alors je peignais sur des morceaux de papier, de tissu, de carton… »</em>.</p>
<p>Peu emballé par ce qui se voyait alors dans les musées (<em>« trop bourgeois, académique »</em>), l&#8217;ancien élève des Arts décoratifs de Paris découvre le graffiti à New-York auprès de Keith Haring ou de Futura 2000. Il s&#8217;illustre au début des années 1980 en initiant avec <a href="https://www.lm-magazine.com/blog/2016/02/02/robert-combas/" target="_blank">Robert Combas</a> (entre autres) la Figuration libre &#8211; soit la volonté de figurer librement toutes les cultures. Héros burlesques, tons vifs, composition épurée&#8230; Le mouvement emprunte beaucoup au 9e art, une influence majeure d&#8217;Hervé Di Rosa, qui a grandi avec <em>Métal Hurlant</em> ou <em>Bazooka</em>. <em>« <span class="has-pullquote" data-pullquote="Je suis un enfant de la BD">Je suis un enfant de la BD</span>, de l&#8217;illustration de pochettes de vinyles ou d&#8217;affiches de film. Ces images m&#8217;ont marqué au même titre que Jérôme Bosch ou Henri Matisse</em>, raconte-t-il. <em>Mais je me suis vite aperçu que le milieu de l&#8217;édition n&#8217;était pas pour moi. Mon ami Wolinski, à l&#8217;époque directeur de </em>Charlie mensuel<em>, m&#8217;avait publié deux fois mais prévenu : &#8220;c&#8217;est mal dessiné, il n&#8217;y a pas d&#8217;histoire&#8230;tu n&#8217;as aucun avenir ici !&#8221; »</em>.</p>
<div id="attachment_92965" style="width: 854px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-large wp-image-92965" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2018/11/xpo_hervedirosa_dirosousleau-844x1024.jpg" alt="Hervé DI ROSA, La bibliothèque de Victor Plat, 2017 © Pierre Schwartz - Courtesy FIMAC" width="844" height="1024" /><p class="wp-caption-text"><span style="color: #ff0000;">Hervé DI ROSA, La bibliothèque de Victor Plat, 2017 © Pierre Schwartz &#8211; Courtesy FIMAC</span></p></div>
<p><strong>Melting-potes</strong></p>
<p>Hervé Di Rosa s&#8217;est ainsi créé une <em>« mythologie »</em> emplie de bonshommes loufoques, tels les &#8220;Renés&#8221;, ces cyclopes rouges à grosse bouche. «<em> Je n&#8217;avais pas de facilités en peinture, ces personnages me permettaient donc de représenter des types psychologiques ou formels, c&#8217;est un alphabet</em> ». Dans les années 2000, il fonde cette fois l&#8217;Art modeste pour lequel il érige un musée, <a href="http://miam.org/" target="_blank">le Miam*,</a> dans sa ville natale. Pour le dire vite, il s&#8217;agit de mettre l&#8217;art à hauteur d&#8217;hommes. <em>« Ce n’est pas un genre, mais un regard différent sur les choses. <span class="has-pullquote" data-pullquote="Je pense qu'on peut apprécier de la même façon une planche de BD et la Chapelle Sixtine.">Je pense qu&#8217;on peut apprécier de la même façon une planche de BD et la Chapelle Sixtine.</span> Le but, c&#8217;est de rapprocher création contemporaine et populaire. Mon travail peut ainsi être apprécié par les amateurs d&#8217;art comme les néophytes, qui vont y trouver des références connues »</em>.</p>
<p><strong>Atelier nomade</strong></p>
<p>L&#8217;autre grande affaire d&#8217;Hervé Di Rosa, c&#8217;est le voyage. En 1993, il entreprend un vaste tour du globe, l&#8217;emmenant en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud&#8230; <em>« Cette envie est née d&#8217;une frustration, j&#8217;allais peu en vacances durant mon enfance. A Sète, je voyais les bateaux partir, toujours sans moi</em>, confie-t-il. <em>Pour autant, je déteste jouer les touristes et ne voulais pas refaire le coup de l&#8217;artiste-baroudeur, une idée très colonialiste. Le pittoresque et le folklore ne m&#8217;intéressent absolument pas. Je préfère rencontrer les gens aux quatre coins du monde pour apprendre à concevoir avec eux des objets et des images  »</em>. En témoignent ses bois couverts de laque et de nacre conçus dans un village vietnamien et exposés au Touquet, ou encore ses céramiques façonnées dans l&#8217;une des fabriques d’azulejos (carreaux de faïence) de Lisbonne &#8211; cette fois visibles <a href="https://www.lm-magazine.com/blog/2018/10/01/la-piscine/" target="_blank">à la Piscine de Roubaix</a>. <em>« C&#8217;est un atelier nomade, ces artisans interviennent sur mes peintures, comme si d&#8217;autres cultures venaient vivre chez moi »</em>.</p>
<p><iframe src="https://www.youtube.com/embed/uEfPPPf8wEU" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p><strong>A suivre </strong></p>
<p>Cette volonté d&#8217;ouverture, de mélange, n&#8217;a rien d&#8217;anodin à l&#8217;heure de la résurgence des nationalismes, donnant à son art une dimension essentielle. <em>« Oui, ce qui était au départ une démarche formelle est devenue politique. Il y a 30 ans, je pensais que la question européenne était réglée. Le métissage ou la révolution sexuelle semblaient acquis, mais sont désormais remis en cause&#8230; Cela me pousse à continuer, de prouver plus fort encore qu&#8217;on a toujours besoin des autres, car un artiste comme moi ne peut exister seul&#8230;». </em>De par son foisonnement, ce parcours chronologique en est l&#8217;illustration parfaite. <em>« Mais j&#8217;ai encore du pain sur la planche</em>, assure le Français, qui s&#8217;intéresse maintenant au cristal de Bohême. <em>Dites-vous bien que cette exposition n&#8217;est pas une rétrospective, mais une introduction ! »</em> Message reçu.</p>
<p><em>* Musée International des Arts Modestes</em></p>
<p><strong><a href="https://www.lm-magazine.com/blog/2018/12/01/herve-di-rosa-3/" target="_blank">A LIRE AUSSI : L&#8217;INTERVIEW DE L&#8217;ARTISTE</a></strong></p>
<p><em>Photo portrait (<span class="">© Victoire Di Rosa)</span></em></p>
<p><img class="alignleft size-medium wp-image-93136" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2018/11/xpo_herve-di-rosa-1-225x300.jpg" alt="© Victoire Di Rosa" width="225" height="300" /></p>
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		<title>Hervé Di Rosa</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Dec 2018 00:32:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[manager]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p>Comment est née votre vocation ? Je suis né à Sète dans les années 1960. A cette époque il n&#8217;y avait rien...</p>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Comment est née votre vocation ?</strong> Je suis né à Sète dans les années 1960. A cette époque il n&#8217;y avait rien là-bas : pas de musée, ni de TGV&#8230; Venant d&#8217;une famille très modeste, nous n&#8217;avions pas les moyens de partir en vacances. Je n&#8217;avais donc que le dessin pour m&#8217;évader.</p>
<p><strong>Quel fut le déclic ?</strong> Quand j&#8217;avais 16 ans, ce qu&#8217;on voyait dans les musées ne m&#8217;emballait pas, je me sentais assez loin de l&#8217;art conceptuel, par exemple. Au départ, j&#8217;étais plutôt attiré par l&#8217;édition. Dans les années 1970 est en effet apparue une bande dessinée &#8220;adulte&#8221; avec <em>Métal Hurlant</em> ou <em>Bazooka</em>. Des ponts étaient donc jetés entre l&#8217;art contemporain et l&#8217;illustration. Après avoir passé mon bac à Sète, je suis entré aux Arts décoratifs de Paris, pour ne plus jamais revenir. Mais je me suis vite aperçu que l&#8217;édition n&#8217;était pas pour moi. Mon ami Wolinski, à l&#8217;époque directeur de <em>Charlie Mensuel</em>, magazine dédié à une BD expérimentale, m&#8217;avait publié deux fois mais m&#8217;avait dit : &#8220;c&#8217;est mal dessiné, il n&#8217;y a pas d&#8217;histoire, tu n&#8217;as aucun avenir ici&#8221; (<em>rires</em>). Les musées et galeries m&#8217;ont finalement mieux convenu.</p>
<p><strong>La culture de &#8220;l&#8217;image&#8221; vous a beaucoup marqué&#8230;</strong> Oui, j<span class="has-pullquote" data-pullquote="Je suis un enfant de la BD, de l’illustration de pochettes de vinyles ou des affiches de films">e suis un enfant de la BD, de l’illustration de pochettes de vinyles ou des affiches de films</span>, du fanzine aussi, très spécifique à la France.</p>
<p><strong>Quels sont vos rapports à la bande dessinée, justement ?</strong> J&#8217;ai coutume de me présenter comme un artiste contemporain étant un grand amateur de BD. J&#8217;en possède une grande collection, c&#8217;est un moyen d&#8217;expression qui m&#8217;a marqué, comme Jérôme Bosch ou Henri Matisse. C&#8217;est une passion mais pas une pratique, hélas, car je ne suis pas capable d&#8217;en produire. C&#8217;est un vrai artisanat, comme les souffleurs de verre ou les ébénistes.</p>
<div id="attachment_92963" style="width: 821px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-large wp-image-92963" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2018/11/xpo_hervedirosa_2011-acrylique-sur-toile-157x125cm-rene-sous-l-eau-2011-1-811x1024.jpg" alt="Hervé DI ROSA, René sous l'eau, 2011 © Pierre Schwartz" width="811" height="1024" /><p class="wp-caption-text"><span style="color: #ff0000;">Hervé DI ROSA, René sous l&#8217;eau, 2011 © Pierre Schwartz</span></p></div>
<p><strong>Le punk a aussi beaucoup compté pour vous, n&#8217;est-ce pas ?</strong> Oui, j&#8217;avais 17 ans quand ce courant a explosé, et il m&#8217;a beaucoup aidé. Les Clash, les Sex Pistol&#8230; c&#8217;était un exemple pour moi. Ces jeunes musiciens n&#8217;avaient pas de technique ni de matériel, mais des choses à dire. Et ils les disaient. C&#8217;était pareil pour moi, je n&#8217;avais pas de talent particulier ni d&#8217;argent pour payer mes toiles, alors je peignais sur des morceaux de papier, de tissu, de carton…</p>
<p><strong>Qu&#8217;est-ce qui caractérise votre œuvre ?</strong> Je suis mal placé pour la commenter, j&#8217;ai d&#8217;ailleurs fondé à Sète le <a href="http://miam.org/" target="_blank">Miam (<em>Musée international des Arts modestes, ndlr</em>)</a> pour parler d&#8217;autre chose que de moi (<em>rires</em>). Au Touquet, on ne voit pas mes collections, mes sculptures, mais uniquement ma peinture, qui est la racine de mon travail, la sève. J&#8217;ai eu des périodes et techniques différentes, mais tout au long de ces 40 ans, il y a toujours eu la peinture, c&#8217;est une réaction vitale que je sécrète naturellement. Au final, j&#8217;essaie de transmettre une énergie positive à travers une image, un morceau de toile, de papier&#8230; A la limite, le sujet et la composition ne m&#8217;intéressent pas. Seule compte cette bataille entre la vie et la mort.</p>
<p><strong>Il y a une chose tout de même qui marque votre travail, ce sont ces personnages peuplant vos toiles comme Question Marc, Dr Tube ou les fameux Renés. Comment sont-ils nés ?</strong> Je n&#8217;avais pas beaucoup de facilités en dessin ou en peinture quand j&#8217;ai débuté. J&#8217;avais 18 ans, n&#8217;étais pas un grand technicien et me suis donc inventé une mythologie personnelle. Ces personnages représentent des types psychologiques ou formels. Certains sont jaunes, d&#8217;autres rouges, verts&#8230; Ils servent une espèce d&#8217;alchimie &#8211; même si j&#8217;ai aussi réalisé beaucoup de monochromes, comme on le voit dans cette exposition. Je pouvais aussi les utiliser de façon narrative, pour raconter une histoire.</p>
<p><strong>Pourquoi tous ces personnages réapparaissent-ils sans cesse au fil de vos tableaux, ou autres ?</strong> Parce que je ne crois pas aux périodes, je les fait donc cohabiter perpétuellement, j&#8217;ai réalisé une sorte de challenge conceptuel. Finalement, je conçois des images et des objets plus que de la peinture. Pour moi, elle s&#8217;est arrêtée au XIX<sup>e</sup> siècle et je n&#8217;ose pas me comparer à Titien, par exemple, je n&#8217;ai pas l&#8217;impression d&#8217;exercer le même métier. Ce n&#8217;est pas de la fausse modestie, certains le comprennent mal. A travers la création des Arts modestes, je n&#8217;établis pas de hiérarchie entre la peinture et l&#8217;image. Tout est intéressant, mais chaque chose a sa place. Je suis très rigoureux sur les classements, on peut voir de très bonnes illustrations et de très mauvaises peintures.</p>
<p><iframe src="https://www.youtube.com/embed/uEfPPPf8wEU" width="560" height="315" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"></iframe></p>
<p><strong>Qu&#8217;est-ce que l&#8217;Art modeste ?</strong> Ce n&#8217;est pas un courant, comme l&#8217;Art brut ou l&#8217;Arte Povera, mais un regard. Je veux inciter les gens à appréhender les images, les productions de l&#8217;homme, l&#8217;artisanat avec un autre œil. On peut apprécier de la même façon une planche de BD comme la Chapelle Sixtine. Il s&#8217;agit d&#8217;être ouvert. Le Miam m&#8217;oblige ainsi à rester vigilant sur les artistes du monde, à garder cette curiosité et cette envie. Je m&#8217;intéresse donc beaucoup aux marges, aux périphéries, trouvant l&#8217;art là où l&#8217;on s&#8217;y attend le moins.</p>
<p><strong>S&#8217;agit-il de croiser arts contemporains et populaires ?</strong> Exactement, le Miam fait l&#8217;interface entre un public de néophytes et la création actuelle, parfois difficile. Ma peinture peut être vue par des gens qui n&#8217;ont jamais mis les pieds dans un musée et un spécialiste. Je pense qu&#8217;il faut mettre l&#8217;art à hauteur d&#8217;hommes. Ce milieu a une responsabilité envers les gens se sentant exclus. Moi-même, jeune, je n&#8217;étais jamais entré dans un musée. Je veux donc toucher un public large, mais ce n&#8217;est pas le nombre de &#8220;like&#8221; qui compte (<em>rires</em>) !</p>
<p><strong>L&#8217;autre spécificité de votre travail, c&#8217;est le voyage. Comment est né ce besoin ?</strong> D&#8217;abord d&#8217;une frustration, car je n&#8217;avais pas pu voyager durant mon enfance. A Sète, du port, je voyais les bateaux partir, toujours sans moi. Ensuite, j&#8217;ai beaucoup profité de mon nouveau métier pour partir vers les Etats-Unis ou en Europe, mais seulement pour exposer. A la fin des années 1980, j&#8217;ai eu ce sentiment que l&#8217;artiste avait un autre rôle que celui de peindre, je me suis alors vu comme un chercheur et me suis lancé dans cette quête de l&#8217;image et de l&#8217;objet à travers les continents, en Asie, en Afrique ou en Amérique latine. Je déteste voyager en touriste et ne voulais pas refaire le coup de l&#8217;artiste-baroudeur, une idée très colonialiste. Le pittoresque et le folklore ne m&#8217;intéressent pas. Mon but, c&#8217;est d&#8217;aller à la rencontre de l&#8217;autre, travailler avec les gens chez eux afin que toutes ces techniques artisanales brouillent ma propre peinture.</p>
<div id="attachment_92965" style="width: 854px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-large wp-image-92965" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2018/11/xpo_hervedirosa_dirosousleau-844x1024.jpg" alt="Hervé DI ROSA, La bibliothèque de Victor Plat, 2017 © Pierre Schwartz - Courtesy FIMAC" width="844" height="1024" /><p class="wp-caption-text"><span style="color: #ff0000;">Hervé DI ROSA, La bibliothèque de Victor Plat, 2017 © Pierre Schwartz &#8211; Courtesy FIMAC</span></p></div>
<p><strong>Par exemple ?</strong> J&#8217;ai passé quatre ans au Vietnam dans un village où l&#8217;on fabrique la laque et la nacre. Je présente aussi<a href="https://www.lm-magazine.com/blog/2018/10/01/la-piscine/" target="_blank"> à La Piscine de Roubaix</a> les céramiques que j&#8217;ai conçues à Lisbonne, dans une fabrique d&#8217;azuléjos. Il m&#8217;a fallu cinq ans pour étudier cette technique.</p>
<p><strong>Finalement, peut-on considérer votre art comme &#8220;politique&#8221;, à l&#8217;heure de la résurgence des nationalismes ?</strong> Oui, et on ne l&#8217;aurait pas cru d&#8217;ailleurs&#8230; Il y a trente ans, je pensais que la question européenne était réglée. J&#8217;ai aussi connu les débuts du métissage, de la France &#8220;black-blanc-beur&#8221;, la révolution sexuelle&#8230; Tout cela semblait acquis mais est aujourd&#8217;hui remis en cause, me semble-t-il pour le pire. Cela me pousse donc à mener plus loin encore cet atelier nomade, afin de prouver qu&#8217;on a toujours besoin des autres. <span class="has-pullquote" data-pullquote="Un artiste comme moi ne peut exister seul. Tous ces artisans du monde interviennent directement sur mes créations, comme si d'autres cultures venaient vivre chez moi.">Un artiste comme moi ne peut exister seul. Tous ces artisans du monde interviennent directement sur mes créations, comme si d&#8217;autres cultures venaient vivre chez moi.</span></p>
<p><strong>Que peut-on découvrir au Touquet ?</strong> Une soixantaine de pièces datant de 1978 à aujourd&#8217;hui. On découvre mes premières œuvres de petits formats sur carton, plus expressionnistes, après le mouvement punk, puis mes personnages, la rencontre avec l&#8217;ailleurs&#8230; C&#8217;est un voyage dans le temps plus que géographique. Il y a enfin beaucoup de toiles très peu vues, 90 % au moins.</p>
<p><strong>Sur quoi travaillez-vous en ce moment?</strong> Je suis encore à Lisbonne, j&#8217;ai envie de produire des volumes en céramique, j&#8217;ai été à Prague aussi, car je m&#8217;intéresse au cristal de Bohème, matière à laquelle j&#8217;ai toujours souhaité me frotter.</p>
<p><strong>Comment jugez-vous l&#8217;évolution de votre art ?</strong> Je préfère les dernières pièces. Mon rêve serait de produire une peinture rassemblant toutes mes expériences, mais j&#8217;ai encore du pain sur la planche. Dites-vous bien que cette exposition au Touquet n&#8217;est pas une rétrospective, mais une introduction !</p>
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