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	<title>LM magazine &#187; Comme si</title>
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	<description>Cultures et tendances urbaines</description>
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		<title>Annette Messager</title>
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		<pubDate>Sun, 01 May 2022 04:31:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Julien Damien]]></dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Quel rapport entretenez-vous avec le LaM ?</strong> D&#8217;abord, j&#8217;adore son architecture, et puis je m&#8217;intéresse beaucoup à l&#8217;art brut et c&#8217;est le seul musée à en montrer en France. Je suis très sensible au travail de ces personnes privées de culture artistique qui font de leur histoire personnelle un engagement. Leurs souffrances, leurs envies et toute leur âme apparaissent dans leurs dessins, leurs écrits.</p>
<p><strong>A quand remonte votre intérêt pour l&#8217;art brut ?</strong> A mon enfance, à Berck-sur-Mer. Mon père était architecte mais peignait aussi en amateur. Il m&#8217;a beaucoup appris sur le sujet. L&#8217;art brut est très présent dans le Nord-Pas de Calais. On y trouve des gens qui ont vécu la guerre et construisaient des œuvres avec des obus, par exemple. J&#8217;ai aussi découvert Augustin Lesage, ce mineur qui entendait des voix au fond de la mine et s&#8217;est mis à peindre de merveilleux tableaux. A l&#8217;époque nous croisions aussi Jean Dubuffet, qui passait ses vacances dans la ville voisine du Touquet. Physiquement, il ressemblait beaucoup à mon père. Je me souviens avoir volé ses cahiers de l&#8217;art brut au Musée des arts décoratifs, qu&#8217;on m&#8217;a ensuite volés d&#8217;ailleurs&#8230; Donc la boucle est bouclée !</p>
<p><strong>Que verra-t-on lors de cette exposition ? Quelle est sa particularité ?</strong> Elle rassemble des dessins, des installations, des assemblages&#8230; Des oeuvres anciennes mais aussi très récentes, comme <em>La Revanche des animaux,</em> créée spécialement pour Villeneuve d&#8217;Ascq. C&#8217;est une installation figurant une cité en partie détruite : la Tour Eiffel est cassée, Notre-Dame très abîmée&#8230; Tout est recouvert de papier noir, le sol paraît calciné. Par contraste, des têtes de peluches colorées grimpent sur ces éléments, envahissent la ville, comme si les animaux prenaient leur revanche sur l&#8217;humanité.</p>
<div id="attachment_134161" style="width: 756px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-21.jpg"><img class="size-large wp-image-134161" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-21-746x1024.jpg" alt="Annette Messager, La Revanche des animaux, 2019-2021. Peluches, dessins, sculptures recouvertes de papier noir, lumière électrique ; h. 300 x l. 500 x p. 440 cm. Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New York. © Rebecca Fanuele" width="746" height="1024" /></a><p class="wp-caption-text">Annette Messager, La Revanche des animaux, 2019-2021. Peluches, dessins, sculptures recouvertes de papier noir, lumière électrique ; h. 300 x l. 500 x p. 440 cm. Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New York. © Rebecca Fanuele</p></div>
<p><strong>Vous dévoilez aussi beaucoup de dessins ici, n&#8217;est-ce pas ? </strong>Oui, j&#8217;adore dessiner, c&#8217;est un vagabondage, un exercice proche de la poésie. Ces dessins se présentent tels des haïkus, simples, jetés comme une petite phrase, et tant mieux si c&#8217;est un peu maladroit. On redevient d&#8217;ailleurs un enfant en dessinant. Disons que j&#8217;ai une main de petite fille et une autre de vieille dame !</p>
<p><strong>Quels dessins révélez-vous ici ?</strong> Citons la série <em>Tête à tête,</em> qui représente 77 têtes de mort, réalisées à partir de 2019. Ce sont des vanités, un grand classique de l&#8217;histoire de l&#8217;art mais les miennes sont très ironiques, un peu dans l&#8217;esprit de Tim Burton. Il se trouve qu&#8217;à ce moment-là j&#8217;étais très malade. Mon médecin m&#8217;avait intimé de ne pas porter de choses trop lourdes, donc je me suis mise à dessiner. Et puis est arrivé le confinement, on a alors parlé de gens &#8220;vulnérables&#8221; et j&#8217;ai découvert que j&#8217;en faisais aussi partie&#8230;</p>
<p><strong>S&#8217;agissait-il alors de conjurer la mort ? </strong>Oui, pour moi l&#8217;art c&#8217;est à la fois la conspiration, la conjuration et la contradiction. Effectivement, j&#8217;ai toujours envie de faire une chose et son contraire !</p>
<p><strong>Comment avez-vous conçu la parcours de cette exposition ? </strong><span class="has-pullquote" data-pullquote="Je voulais donner l'impression d'une visite chez moi et non pas dans un musée d'art contemporain. ">Je voulais donner l&#8217;impression d&#8217;une visite chez moi et non pas dans un musée d&#8217;art contemporain. </span>L&#8217;éclairage est donc important, on joue avec l&#8217;intensité de la lumière à certains endroits. Le parcours n&#8217;est pas du tout chronologique mais tout en bifurcations. L&#8217;agencement des œuvres dépend de la place qu&#8217;elles occupent et certaines sont très imposantes&#8230;</p>
<p><strong>Par quoi ouvrez-vous cette exposition ?</strong> Il y a d&#8217;abord un panneau annonciateur, empli de mots créés avec des filets noirs comme &#8220;icône&#8221;, &#8220;comédie&#8221;, &#8220;tragédie&#8221;&#8230; Ensuite, et c&#8217;est une première pour moi, j&#8217;ai enregistré un son (&#8220;comme si&#8221;) qui accompagne la visite comme un murmure, un écho, au début et à la fin.</p>
<p><strong>Pourquoi ce titre d&#8217;ailleurs,<em> Comme si</em> ?</strong> J&#8217;avais d&#8217;abord appelé cette exposition<em> Rendez-vous,</em> jusqu&#8217;à la lecture de <em>Personne</em> de Gwenaëlle Aubry, qui parle de la maladie du &#8220;comme si&#8221;. Pour elle, beaucoup font &#8220;comme si&#8221; tout allait bien, &#8220;comme si&#8221; on n&#8217;allait jamais mourir&#8230; Je pense que l&#8217;on fait tous &#8220;comme si&#8221;.</p>
<p><strong>Que découvrons-nous dans la première salle ?</strong> <em>Daily</em>, soit une installation constituée de grands éléments suspendus en skaï noir représentant des objets du quotidien, auxquels on s’attache parfois de façon absurde comme une clé, un téléphone&#8230; De petits êtres humains en tissu y sont accrochés avec des fils, comme des pantins. Ils semblent dérisoires à coté de toutes ces choses gigantesques. Tout ça à un petit côté sado-maso.</p>
<div id="attachment_134164" style="width: 780px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-22.jpg"><img class="size-large wp-image-134164" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-22-770x1024.jpg" alt="Annette Messager, Daily, 2015-2016. 21 éléments en skaï noir et tissus, 9 rats en black wrap et peinture noire, filets; dimensions variables. Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager.© Adagp, Paris, 2022" width="770" height="1024" /></a><p class="wp-caption-text">Annette Messager, Daily, 2015-2016. 21 éléments en skaï noir et tissus, 9 rats en black wrap et peinture noire, filets; dimensions variables. Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager.© Adagp, Paris, 2022</p></div>
<p><strong>Pourquoi accordez-vous tant d&#8217;importance aux éléments quotidiens ?</strong> <span class="has-pullquote" data-pullquote="Je pense qu'il n'y a rien de plus surréaliste, bizarre ou inquiétant que le quotidien.">Je pense qu&#8217;il n&#8217;y a rien de plus surréaliste, bizarre ou inquiétant que le quotidien.</span> Donc j&#8217;aime bien utiliser des objets de la vie de tous les jours en les déformant, les triturant&#8230;</p>
<p><strong>Parmi les œuvres les plus spectaculaires, il y a aussi <em>Dessus-dessous</em>. Pouvez-vous nous en parler ?</strong> C&#8217;est la reprise d&#8217;une pièce que j&#8217;avais réalisée pour la 51e Biennale de Venise. Elle est constituée d&#8217;un tissu rouge en soie agité par un système de soufflerie qui gonfle et se dégonfle, comme une respiration. Il y a des éléments cachés dessous, des trucs cassés, d&#8217;autres qui s&#8217;allument ou s&#8217;éteignent&#8230; Cela peut évoquer la mer Méditerranée, aujourd&#8217;hui un peu rouge car elle compte beaucoup de cadavres&#8230;</p>
<div id="attachment_134167" style="width: 1005px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-23.jpg"><img class="size-large wp-image-134167" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-23-1024x768.jpg" alt="Annette Messager, Dessus-dessous, 2019. Voile de soie, lumière, ventilateurs sculptures,  objets divers (détail). Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New-York,  Photo: Annette Messager (c) Adagp, Paris 2022" width="995" height="746" /></a><p class="wp-caption-text">Annette Messager, Dessus-dessous, 2019. Voile de soie, lumière, ventilateurs sculptures, objets divers (détail). Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New-York, Photo: Annette Messager (c) Adagp, Paris 2022</p></div>
<p><strong>Vous dévoilez ici une oeuvre appelée <em>Requiem pour Jeanne</em>…</strong> Oui, à l’origine de ces dessins il y a cette image qui me fascinait lorsque j&#8217;étais petite fille, une peinture kitsch où l’on voit Jeanne d’Arc sur le bûcher, accrochée à une immense croix. Il s’agit d’une oeuvre de Lenepveu qui se trouve à Paris. J&#8217;aime beaucoup cette figure. Jeanne d&#8217;Arc est l&#8217;une des premières féministes, une guerrière au milieu de soldats masculins qui gardait son armure pour ne pas se faire violer. C&#8217;était une femme forte alors qu&#8217;elle n&#8217;avait aucune éducation, ne savait ni lire ni écrire. Son image souffre aujourd&#8217;hui d&#8217;avoir été récupérée par l&#8217;extrême droite&#8230; je voulais donc la réhabiliter.</p>
<p><strong>La figure féminine et le rapport au corps traversent aussi votre travail. Vous montrez par exemple ici un vagin ailé…</strong> Oui, on a représenté d&#8217;innombrables phallus dans l&#8217;histoire de l&#8217;art, alors pourquoi pas des vagins ? Je vais aussi montrer pour la première fois en France un papier peint de petits utérus tout à fait charmant !</p>
<div id="attachment_134170" style="width: 776px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-24.jpg"><img class="size-large wp-image-134170" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-24-766x1024.jpg" alt="Annette Messager, Vagin ailé, 2018. Acrylique liquide sur papier; 54 x 40 cm. Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager. © Adagp, Paris, 2022" width="766" height="1024" /></a><p class="wp-caption-text">Annette Messager, Vagin ailé, 2018. Acrylique liquide sur papier; 54 x 40 cm. Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager. © Adagp, Paris, 2022</p></div>
<p><strong>On croise des &#8220;escargots-seins&#8221; aussi&#8230;</strong> Oui ! J&#8217;affectionne cet être un peu bizarre et qui porte sa maison sur le dos. D&#8217;ailleurs je vais en dévoiler un transportant une architecture très contemporaine, remplie d&#8217;escaliers. Et puis un autre sur une croix où j&#8217;ai écrit &#8220;je suis mon prophète&#8221;. Dans mon jardin, ils détruisent tout. J&#8217;observe parfois leurs traces au petit matin. C&#8217;est complètement abstrait et délirant, car leurs parcours n&#8217;a rien de très logique. J&#8217;ai aussi dessiné ces parcours.</p>
<p><strong> La dernière œuvre présentée au LaM s&#8217;appelle <em>Pulsions</em>, et semble très joyeuse&#8230;</strong> Elle n&#8217;est pas si récente, mais je ne l&#8217;avais jamais montrée. Elle rassemble des animaux en train de copuler, des humains aussi. J&#8217;ai regardé sur internet beaucoup de choses un peu porno pour les réaliser, ensuite j&#8217;ai d&#8217;ailleurs été bombardée de mails car j&#8217;avais été repérée ! Ces dessins seront légèrement cachés, avec un système de voile, pour que les enfants ne voient pas ces petit couples imbriqués dans des positions bizarres&#8230; Mais oui, c&#8217;est assez joyeux !</p>
<p><strong>Qu&#8217;aimeriez-vous que le public ressente en quittant le LaM ?</strong> C&#8217;est difficile de se mettre à la place des gens. Une fois, à Beaubourg, je me suis promenée au sein de ma propre rétrospective. Et puis quelqu&#8217;un derrière moi m&#8217;a dit : &#8220;mais poussez-vous, vous me dérangez, je ne vois rien !&#8221;. Cette personne avait raison : d&#8217;une certaine façon mes oeuvres appartiennent à tout le monde&#8230;</p>
<p><strong><a href="https://www.lm-magazine.com/?p=134562" target="_blank">A LIRE ICI : L&#8217;INTERVIEW DE MARIE-AMELIE SENOT, COMMISSAIRE DE L&#8217;EXPOSITION</a></strong></p>
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		<title>Marie-Amélie Senot</title>
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		<pubDate>Sun, 01 May 2022 01:39:27 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Qu&#8217;est-ce qui caractérise l&#8217;œuvre d&#8217;Annette Messager ?</strong> Elle a commencé à travailler à la fin des années 1960 et appartient à un groupe d&#8217;artistes élaborant un récit à partir de leur propre vie, ce que l&#8217;on a appelé &#8220;les mythologies individuelles&#8221;, où l&#8217;on classe Christian Boltanski ou Sophie Calle notamment. Sa particularité ? C&#8217;est une touche-à-tout. Annette Messager aime les matériaux et ne se limite pas à un domaine : écriture, broderie, dessin, installation, sculpture&#8230; Conçue en 1971-72, la série <em>Les Pensionnaires</em> constitue par exemple une œuvre majeure dans son parcours, rassemblant l’ensemble de ses pratiques artistiques. Elle y raconte une histoire où elle se donne le rôle d’une maîtresse de pension, élevant, gardant ou protégeant ses &#8220;enfants-oiseaux&#8221;. Elle aurait ramassé un moineau mort dans la rue, et décidé d&#8217;en prendre soin. Elle a alors réuni des oiseaux empaillés, pour leur tricoter des petits vêtements&#8230; Cela semble très sympathique au premier abord, mais c&#8217;est aussi un conte grinçant. Cette approche est emblématique de son travail.</p>
<p><strong>Il y a toujours une ambigüité dans son œuvre, que l&#8217;on peut appréhender de plusieurs façons, n&#8217;est-ce pas ?</strong> Oui. Par exemple elle aime beaucoup le film <em>Lola Montès,</em> réalisé par Max Ophul et sorti en 1955. L&#8217;héroïne est tantôt présentée comme une sainte absolue, tantôt comme une prostituée. Les personnages d&#8217;Annette Messager se situent entre ces deux pôles, ne sont jamais univoques. Elle-même s&#8217;est construit une multitude d&#8217;identités. Cela lui permet de ne pas s&#8217;enfermer dans un seul rôle, d&#8217;adopter nombre de points de vue et de pratiques.</p>
<div id="attachment_134164" style="width: 780px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-22.jpg"><img class="size-large wp-image-134164" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-22-770x1024.jpg" alt="Annette Messager, Daily, 2015-2016. 21 éléments en skaï noir et tissus, 9 rats en black wrap et peinture noire, filets; dimensions variables. Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager.© Adagp, Paris, 2022" width="770" height="1024" /></a><p class="wp-caption-text">Annette Messager, Daily, 2015-2016. 21 éléments en skaï noir et tissus, 9 rats en black wrap et peinture noire, filets; dimensions variables. Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager.© Adagp, Paris, 2022</p></div>
<p><strong>Une autre dimension semble importante dans son travail : c&#8217;est le rapport au quotidien&#8230;</strong> Oui, elle ne cherche pas ses sujets d&#8217;inspiration très loin. Elle lit le journal, observe les gens dans le métro&#8230;. L&#8217;une des premières salles de cette exposition est justement consacrée à ce thème. Pour Annette Messager, le fantastique se situe dans le quotidien. Elle use d&#8217;objets que l&#8217;on connaît tous, comme une paire de ciseaux ou un sac à main, pour les présenter de façon monumentale, et soudain ces choses ordinaires acquièrent un tout autre statut. L&#8217;installation <em>Daily</em> montre par exemple des gigantesques téléphones ou clés auxquels sont accrochés de petits êtres humains, comme des pantins ballotés par les événements. Les objets nous dominent, alors que c&#8217;est nous qui les avons créés. En somme, elle traite de sujets parfois déprimants, mais toujours avec humour !</p>
<p><strong>Pourquoi ce titre, <em>Comme si</em> ?</strong> Il vient du livre <em>Personne</em> de Gwenaëlle Aubry, dans lequel une jeune femme raconte l&#8217;histoire de son père qui, justement, adopte tout un tas d&#8217;identités. La narratrice explique aussi que cet homme fait &#8220;comme si&#8221; tout allait bien. Il souffre de &#8220;la maladie du comme si&#8221;. Ce titre, qu&#8217;Annette Messager a choisi elle-même, sied bien au propos de l&#8217;exposition, car l&#8217;artiste évoque ici des choses assez tragiques. Pour continuer de vivre, on est bien obligé de faire &#8220;comme si&#8221;, de faire &#8220;semblant&#8221;, car si on pense constamment au fait que l&#8217;on finira finir six pieds sous terre, autant arrêter tout de suite ! D&#8217;ailleurs ces mots, &#8220;comme si&#8221;, résonnent en écho dès le début du parcours, et c&#8217;est la première fois qu&#8217;Annette Messager utilise sa voix lors d&#8217;une exposition. C&#8217;est le début d&#8217;une histoire, et à chacun de nous d&#8217;en raconter la suite, car elle n&#8217;impose jamais un sens précis.</p>
<p><strong>Qu&#8217;est-ce qui fait la particularité de cette exposition ?</strong> Annette Messager dévoile ici beaucoup d&#8217;œuvres récentes, datant de 2019 à 2021, et encore jamais vues. Celles-ci côtoient des créations plus anciennes comme <em>Mes Enluminures</em>. Ce sont de petits dessins réalisés en 1988 et figurant des lettres qui décrivent la gent masculine en des termes peu élogieux : B pour &#8220;brute&#8221;, P pour &#8220;plouc&#8221;&#8230; Ils sont exposés parmi des représentations de vagins ailés, dans un espace plus intime, recouvert de papier peint d&#8217;utérus.</p>
<div id="attachment_134170" style="width: 776px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-24.jpg"><img class="size-large wp-image-134170" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-24-766x1024.jpg" alt="Annette Messager, Vagin ailé, 2018. Acrylique liquide sur papier; 54 x 40 cm. Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager. © Adagp, Paris, 2022" width="766" height="1024" /></a><p class="wp-caption-text">Annette Messager, Vagin ailé, 2018. Acrylique liquide sur papier; 54 x 40 cm. Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris, Londres, New York. Photo: Atelier Annette Messager.<br />© Adagp, Paris, 2022</p></div>
<p><strong>On découvrira d&#8217;ailleurs beaucoup de dessins ici, n&#8217;est-ce pas ?</strong> Oui, cette pratique a pris beaucoup d&#8217;importance chez elle, notamment parce qu&#8217;elle était très malade et ne pouvait plus manipuler de choses lourdes. On trouve donc ici de petits dessins et d&#8217;autres plus grands. Ceux de la série <em>Tête-à-tête</em>, qui proposent des variations tragi-comiques autour du crâne, comme autant de vanités, forment ensemble un pubis, et sont à considérer dans une seule installation.</p>
<p><strong>Y-a-t-il une œuvre sur laquelle vous voudriez attirer l&#8217;attention ?</strong> J&#8217;aime beaucoup <em>Requiem pour Jeanne</em>. Elle se réapproprie ici Jeanne d&#8217;Arc, devenue une icône de l&#8217;extrême droite française, mais sur laquelle Annette Messager projette une tout autre lumière, la considérant comme une figure du féminisme.</p>
<p><strong>Qu&#8217;en est-il de la scénographie ? S&#8217;agit-il de faire &#8220;comme si&#8221; on était chez Annette Messager ?</strong> Oui, et sa maison est très intéressante car traversée d&#8217;escaliers, de niveaux et d&#8217;espaces reliés entre eux par des passerelles. Tout est très partitionné : ici c&#8217;est la couture, là le dessin&#8230; C&#8217;est un peu comme si on était dans son cerveau. Pour l&#8217;occasion, elle a totalement transformé l&#8217;espace du LaM, jouant par exemple avec les lumières. Pour l&#8217;anecdote, elle conçu un plan du musée pour constituer le parcours de l&#8217;exposition et l&#8217;a nommé &#8220;mon LaM&#8221;&#8230;</p>
<p>__________________________________________</p>
<p><strong><a href="https://www.lm-magazine.com/blog/2022/05/01/annette-messager-2/" target="_blank">A LIRE ICI : L&#8217;INTERVIEW D&#8217;ANNETTE MESSAGER</a></strong></p>
<div id="attachment_134159" style="width: 310px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-2.jpg"><img class="size-medium wp-image-134159" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2022/05/annette-messager-2-300x141.jpg" alt="© Atelier A. Messager" width="300" height="141" /></a><p class="wp-caption-text">© Atelier A. Messager</p></div>
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