Home Best of Interview Bertrand Belin

Entre les lignes

Porté par Watt, son huitième album, Bertrand Belin poursuit un chemin singulier et bat en brèche cette théorie selon laquelle il serait devenu un songwriter électronique. Entre solitude intérieure, plaisir de la scène et recherche de justesse, c’est toujours l’âme humaine que sonde le Breton.

Dans votre nouvel album il est question de solitude. Peut-on se sentir seul quand on fait un métier public ?
Oui, bien sûr. Personne n’est d’ailleurs épargné par la solitude dont je parle. Tout un chacun l’éprouve dans des moments tout à fait ordinaires. Socialement, il vaut mieux cacher ce sentiment et faire bonne figure, au travail par exemple. Il n’empêche qu’on est en confrontation avec quelque chose qui nous fâche, qui ne trouve pas à s’exprimer. Cette solitude laisse entendre un dialogue intérieur, en fait.

On a parlé d’un virage synthétique au détour de votre précédent disque. Sur celui-ci, il y a comme une réconciliation entre synthés et cordes ?
Ça m’étonne un peu parce que sur Persona, il y a trois ans donc, vous trouviez déjà des cordes et des synthés. J’ai déjà opéré cette synthèse pas mal de fois. Je n’ai pas acheté d’instruments pour faire ce disque, j’ai utilisé les mêmes que d’habitude.

Pensez-vous à la scène lorsque vous composez ?
Oui, bien sûr. J’ai commencé la musique en faisant des concerts. Le disque est secondaire. Depuis mon petit village je pensais qu’il fallait être une superstar pour en enregistrer…

Photo presse 3 (c) héloïse esquié

 

Qu’est-ce qui vous plaît dans la manipulation du langage ?
La matière est plastique, jouissive à manipuler. On a le champ libre, toutes les possibilités devant soi. C’est comme choisir un accord ou des notes. Dans des systèmes codifiés comme le langage ou la musique, la probabilité qu’une phrase n’ait pas été prononcée par un être humain est très grande. Par exemple, il est peu probable que quelqu’un ait déjà dit : “Je vais enfermer Trump dans un poivron et remplir ce poivron de plomb, en route pour l’Adriatique.”

Une chanson contient donc de nombreux niveaux de lecture…
En effet, si vous me donnez un livre en chinois, je ne vais pas en tirer grand-chose, à part m’émerveiller devant la qualité graphique des caractères. Au niveau du sens, de la perception, du sentiment, il ne va rien se passer. Mais si vous me faites écouter une chanson en chinois je vais en recevoir quelque chose grâce à la musique, la tonalité, une façon de dire. Ça fait une différence assez importante.

A la veille d’une tournée, comment choisissez-vous les chansons de votre répertoire ?
D’abord, il y a une prime à la nouveauté, on va donner la priorité au dernier disque. Mais j’ai gardé de la tournée précédente des souvenirs que j’ai envie de retrouver. Certaines chansons très anciennes font donc partie du set. Ce n’est pas une science, plutôt des impressions.

Qu’est-ce qu’un bon concert selon vous ?
Le mot d’ordre, c’est le plaisir. Durant la dernière tournée, il n’y a pas une fois où je suis sorti en me disant qu’il ne s’était rien passé. Mais plus important que mon opinion, c’est l’expérience qu’en retire le public. Moi-même je me rends à des concerts. À partir du moment où quelqu’un se donne un minimum, c’est gagné. C’est aussi une expérience de groupe d’être dans le public.

Vous diriez-vous contemplatif ? Une vie de tournée permet-elle la contemplation ?
Je ne suis pas contemplatif. Non, je m’assois sur un banc comme chacun de temps en temps, mais pas pour observer le monde avec un calepin. Il suffit de le traverser pour faire des expériences.

Watt est votre huitième album. Quel rapport entretenez-vous aujourd’hui avec vos précédents disques ? Vous arrive-t-il de les réécouter ?
Il m’arrive d’être confronté à la diffusion d’une chanson, parfois ancienne, à la faveur d’un accident chez quelqu’un ou dans un bistrot. Mais je ne réécoute pas mes disques. Je me souviens de chaque virgule et chaque note de musique de tout ce que j’ai fait, c’est dans ma tête. C’est comme une masse, comme un astre qui rayonne, qui m’envoie un peu de lumière…

L’ensemble vous parait-il cohérent ?
Je n’ai pas vraiment une écoute distanciée. Mais cela me paraît bien vivant, jamais répétitif. Certains éléments persistent d’un disque à l’autre – des préoccupations, le timbre de la voix, certaines façons d’envisager la musique – mais j’essaie de créer des formes nouvelles avec des outils de référence : la langue française et les influences musicales anglo-saxonnes de ma jeunesse…

Propos recueillis par Mathieu Dauchy / Photos © Héloïse Esquié
Concert(s)
Bertrand Belin
Bruxelles, Ancienne Belgique

Site internet : www.abconcerts.be

19.02.2026 à 19h00complet !
BERTRAND BELIN + LISA PORTELLI
Lille, L'Aéronef

Site internet : http://www.aeronef-spectacles.com/

14.03.2026 à 20h00complet !
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