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Les lois de l'abstraction

Pablo Picasso, Femme aux mains jointes
(étude pour Les Demoiselles d'Avignon), 1907
Musée national Picasso-Paris, Fondation Pablo Picasso
© Succession Picasso - Sabam Belgium 2022
Vue d'exposition © Julien Damien

Fera-t-on un jour le tour de l’oeuvre de Picasso ? Probablement pas. À l’approche du 50e anniversaire de sa disparition, les expositions plus ou moins pertinentes fleurissent. À Bruxelles, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique explorent pour la première fois ses liens avec l’abstraction. Peintures, dessins, collages, sculptures… Ce parcours retrace en 140 oeuvres les grandes étapes qui ont mené le génie espagnol vers l’élaboration de ce courant… qu’il dénigrait allègrement.

« L’abstraction, quelle erreur, quelle idée gratuite », déclara un jour Pablo Picasso. C’est un fait : l’Andalou s’est toujours défendu d’appartenir à ce mouvement, ses créations ne s’étant jamais détachées du réel. Et pourtant, « c’est bien lui qui en a posé les bases », assure Michel Draguet, le directeur des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Voilà tout le propos de cette exposition, qui restitue d’abord le contexte. Le natif de Malaga fut ainsi influencé par l’art extra-occidental et un certain Cézanne. « C’est grâce à lui que Picasso apprivoise la géométrisation de la nature », explique Joanne Snrech, conservatrice au Musée national Picasso de Paris. En résulte ce Paysage aux deux figures, une huile sur toile montrant un paysage encadré par deux arbres. En s’approchant, on aperçoit aussi deux femmes nues appuyées sur les troncs. Les personnages sont quasiment invisibles, comme s’ils avaient fusionné avec le monde végétal. « L’abstraction commence ainsi, lorsqu’on ne parvient plus à distinguer les sujets », remarque Jean-Philippe Theyskens, médiateur culturel. L’affaire prend un autre tournant avec L’Arbre, tout en courbes et contre-courbes. Ici, l’artiste ne s’intéresse plus vraiment à la réalité, mais à la manière de la représenter. L’oeuvre est d’ailleurs considérée comme « l’un des premiers tableaux abstraits au monde ». Si ce n’est le premier : il date de 1907, « soit trois ans avant ceux de Kandinsky, Malevitch ou Mondrian… ».

Tête de l’art

Lors de ce parcours, on découvre également ses expérimentations cubistes, comme cette esquisse d’une des Demoiselles d’Avignon ou encore L’Homme à la pipe. Placée face à une toile de Georges Braque, « avec qui il travaillait main dans la main », cette peinture éparpille le réel façon puzzle : ici un morceau de journal, plus loin un bout de moustache… C’est une nouvelle révolution. « Les éléments sont fragmentés et se superposent, offrant des points de vue multiples. Picasso est ainsi le premier à rompre avec la tradition de la perspective héritée de la Renaissance ». Mais pas le dernier. Soit dit en passant, l’homme ne s’est jamais considéré (non plus !) comme cubiste… « Logique, c’était un artiste anti-système, toujours guidé par l’inconnu, poursuit Michel Draguet. Il a passé sa vie à répandre des graines, faisant germer quasiment toute l’histoire des avant-gardes ». Et autant de thèmes à défricher…

Julien Damien // Photo : Pablo Picasso, Femme aux mains jointes (étude pour Les Demoiselles d'Avignon), 1907 Musée national Picasso-Paris, Fondation Pablo Picasso © Succession Picasso - Sabam Belgium 2022 Vue d'exposition © Julien Damien
Informations
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique
14.10.2022>12.02.2023lun > ven : 10h-17h • sam & dim : 11h-18h, 17 > 5€ (gratuit -18 ans)
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