Home Best of Interview Fanny Ruwet

Génération spontanée

(c) Laura Gilli

Vous avez honte d’être invité à un anniversaire par erreur ? Fanny Ruwet, elle, préfère en rire. Cette jeune Belge devenue humoriste un peu par hasard est aujourd’hui l’une des figures montantes du stand-up. Et risque bien de vous surprendre… D’apparence sage, la Bruxelloise ne manque pas d’étonner par un humour acéré. Son premier spectacle, Bon anniversaire Jean, en est la preuve, condensé d’histoires dont personne ne voudrait être le héros… Rencontre.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ? Avez-vous vraiment démarré en tant qu’attachée de presse ? C’est vrai, j’ai exercé ce métier durant six mois… et j’ai détesté ! En parallèle, j’ai essayé une scène ouverte. C’était vraiment pour l’expérience, sortir de ma zone de confort. Ce n’était pas mauvais… mais pas terrible non plus. Il fallait donc m’améliorer, et au bout d’un an ça a payé mon loyer !

Avez-vous vraiment appris le one-woman-show toute seule dans votre salon ? Oui, j’ai regardé beaucoup de spectacles et lu pas mal de livres sur le sujet. Comment faire des blagues, pourquoi les choses sont drôles… J’ai bidouillé ça dans mon coin, et en moins d’un an j’ai écrit mon spectacle. On peut dire que c’était un truc de geek.

Votre carrière a décollé avec le sketch sur le malaise, n’est-ce pas ? Oui, c’était la toute première vidéo que je postais sur Internet, sans grande ambition. Mais le nombre de vues s’est emballé, c’était assez fou. Par la suite, des salles m’ont contactée, alors qu’elles ne m’avaient aperçue que trois minutes ! Montreux et France Inter m’ont également repérée grâce à cette vidéo. J’ai trouvé ça bizarre, mais très cool.

Pourquoi retrouve-t-on souvent cette thématique du malaise dans vos sketchs ? Il me fait rire parce qu’on cherche tous à l’éviter. Il suppose une perte de contrôle désagréable. Mais si on reprend la main en créant soi-même ces moments de trouble, ça peut devenir marrant.

Avez-vous déjà vécu une situation embarrassante durant un spectacle ? Oui, ça m’est arrivé. Je me souviens d’un festival à Rochefort, où les gens devaient avoir 70 ans. Ils ne comprenaient rien à mes vannes ! C’était franchement horrible. Mais à la fin c’est devenu drôle pour moi, tellement c’était absurde. Je n’avais pas envie d’être là, eux n’ont plus, mais personne ne pouvait rien y faire. J’ai joué huit minutes, mais c’était très long.

De façon générale, qu’est-ce qui caractérise votre humour ? Je dirais l’authenticité. J’essaye de ne pas rendre les choses plus belles et intéressantes qu’elles ne le sont. Je les dis telles que je les ressens, sans grossir le trait.

Vous adoptez dans vos sketchs un ton noir, sarcastique, en opposition avec votre voix plutôt douce, ce qui peut surprendre… Ce n’est pas un choix, mais simplement qui je suis. Comme on pense que je mesure 1,20 mètres et que je suis une enfant, les mots ont été un moyen de m’en sortir et de rendre les choses plus supportables.

Avez-vous des références ? Plutôt du côté de l’humour anglo-saxon. J’aime beaucoup Sarah Silverman, Daniel Sloss. J’aime les sketchs qui font réfléchir mais sont aussi très cons, comme ceux de Demetri Martin, le fait de jongler entre des choses débiles et d’autres plus profondes.

Qu’est-ce qui vous inspire ? Tout dépend du support. Pour mes chroniques sur France Inter, je dois écrire sur un nouveau sujet toutes les semaines. Je m’appuie sur des actus un peu cocasses ou les évènements de la semaine. Pour le stand-up, il s’agit plutôt d’anecdotes, des trucs drôles qui me sont arrivés ou que j’observe. Mon téléphone contient plein d’histoires, la plupart ne seront jamais utilisées, mais j’aime piocher dedans.

De quoi parle votre spectacle, Bon anniversaire Jean ? Il est articulé autour d’un évènement. À 12 ans, j’ai été invitée par un certain Jean à son anniversaire. Mais une fois là-bas, on s’est tous les deux rendu compte qu’il s’était trompé de numéro. C’est le fil rouge. Mon spectacle revient sur ces moments où l’on cherche sa place, notamment dans un environnement hostile… Par exemple, je sortais avec des filles durant les premières années de ma vie. Puis, je suis tombée amoureuse d’un garçon. J’ai dû faire un “décoming- out” et c’était super bizarre. Je n’étais plus dans la case dans laquelle on m’avait classée.

Parallèlement, vous animez deux podcasts, une chronique sur France Inter… comment gérez-vous ce changement de vie en si peu de temps ? Avant, j’enchaînais les petits boulots alimentaires. Maintenant je fais ce qui me plaît, c’est plus facile de remplir sa vie avec des trucs funs ! Le changement est agréable dans ces cas-là… même si j’aime beaucoup rester chez moi et dormir !

Pouvez-vous aussi présenter votre podcast, Les Gens qui doutent ? Le titre évoque une chanson d’Anne Silvestre, n’est-ce pas ? Oui, j’aime beaucoup cette chanson. C’est une façon de lui rendre hommage, et puis elle résume bien l’émission, car j’interviewe des artistes qui, en apparence, sont sûrs d’eux mais sont en réalité de grands enfants doutant d’eux-mêmes.

Vous avez aussi participé à l’écriture de la série Drôle de Fanny Herrero. Pouvez-vous nous en parler ? Oui, c’était assez fou. Fanny Herreo m’a contactée pendant le confinement. J’adore son travail, surtout Dix pour cent. Nous étions quatre humoristes à écrire cette série consacrée au stand-up. C’était stimulant de plancher sur des personnages en pleine construction, leur évolution dans le métier, leurs faiblesses. Car l’humour suppose de nombreux bides avant de devenir bon !

Le personnage d’Apolline vous ressemble un peu non ? Dans son attrait pour le malaise, son côté autodidacte… C’est vrai, je me suis pas mal retrouvée en elle. J’ai beaucoup participé à ses textes. J’avais même passé le casting pour le rôle, mais je ne suis pas très douée pour jouer quelqu’un d’autre que moi. Elsa Guedj, qui interprète ce personnage, est incroyable. Elle a ce truc un peu bizarre et candide. Ils n’auraient pas pu trouver mieux.

Vous vivez toujours à Bruxelles aujourd’hui. Pourquoi ne pas vous installer à Paris comme la plupart des humoristes ? Parce que j’adore le principe d’avoir des mètres carrés. Et puis je trouve Paris hyper anxiogène. Professionnellement, s’y installer serait plus intéressant mais j’ai toute ma vie ici. Bruxelles est une ville tranquille, où tout est simple, je ne veux pas la quitter !

Quels sont vos projets ? Après avoir joué mon spectacle au Canada, je reprends la tournée en France et en Belgique. Je débute également le tournage d’un court métrage que j’ai écrit et réalise. Et je prépare aussi la sortie d’un livre, prévue pour avril 2023…

Propos recueillis par Camille Baton // Photo : (c) Laura Gilli

Bon anniversaire Jean

Lille, 26.11, Le Splendid, 20h, 29€, le-splendid.com

La Louvière, 18 & 19.01.2023, Le Palace, 20h (jeu : complet !), 20 > 8€, cestcentral.be

Charleroi, 20.01.2023, Eden, 20, 25/20€, www.eden-charleroi.be

Bruxelles, 21.01.2023, Th. du Vaudeville, 20h, 25/20€, theatreduvaudeville.be 

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