Home Best of Chroniques La Nuit du 12

Le mal par le mâle

Révélé au début du millénaire avec Harry, un ami qui vous veut du bien puis Lemming, Dominik Moll signe son grand retour avec La Nuit du 12. Adapté d’un récit puisé dans le livre de Pauline Guéna, 18.3. Une année à la PJ, le septième long-métrage du réalisateur français met magistralement en scène une enquête sur un féminicide.  

Brûlée vive par un homme encagoulé alors qu’elle rentrait chez elle après une fête entre amies, à Saint-Jean-de Maurienne, Clara, 21 ans, hantera longtemps Yohan Vivès (Bastien Bouillon), policier tout juste promu à la PJ de Grenoble, flanqué ici d’un collègue désabusé par la noirceur de ce bas-monde (impeccable Bouli Lanners). Les indices sont minces, les ex de la victime constituent les principaux suspects. Une seule certitude : ce meurtre abominable a eu lieu la nuit du 12…

Misogynie

Tiré d’une histoire vraie, tourné dans le majestueux décor des Alpes, ce polar plonge le spectateur dans une enquête complexe, rendue plus oppressante encore par la musique d’Olivier Marguerit (aka “O”). Mais, paradoxalement, l’identité de l’assassin importe peu. Dominik Moll ne cherche pas tant à saisir l’obsession de Yohan pour la résolution du crime. Ce qui l’intéresse, c’est avant tout l’identité de la victime : « Clara s’est fait tuer parce que c’était une fille. Voilà, c’est tout », résume sa meilleure amie. Le film saisit ainsi en creux, sans jamais la nommer frontalement, la violence des hommes, cette misogynie silencieuse qui s’insinue dans la société comme un poison. Quelque part entre le tragique de Memories of Murder de Bong Joon Ho et le réalisme du Polisse de Maïwenn, cette œuvre choc, troublante, marque durablement les esprits.

Florine Fauquembergue / Photo : Haut et Court

De Dominik Moll. Avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners, Anouk Grinberg… Sortie le 13.07.


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