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Olivier Connan

Olivier Connan © Rémi Debreu

Les Nuits secrètes comme vous ne les avez jamais vues. Le festival aulnésien fête ses 20 ans, et en profite pour se renouveler, agrandissant son terrain de jeu pour désormais s’étendre sur neuf hectares. La Grande scène quitte le macadam de la place de la Marbrerie pour s’installer au milieu d’un champ et de nouveaux espaces font leur apparition. L’esprit, lui, reste inchangé : populaire, défricheur, frondeur. En somme, un rendez-vous attaché à son ancrage local, mais qui n’a jamais cessé de regarder les étoiles. Olivier Connan, le directeur, nous explique tout.

C’est une édition particulière, n’est-ce pas ? Oui, ça fait deux ans qu’on doit fêter nos 20 ans, donc on les a bien préparés ! C’est surtout un âge où on a l’avenir devant soi. L’idée, c’est bien de repartir pour 20 autres années, une nouvelle épopée.

En quoi cet été annoncerait-il un “nouveau commencement” ? On déménage la plus grosse partie du festival, c’est-à-dire la Grande scène, dans la prairie qui jouxte l’Eden. On quitte donc le goudron pour s’installer au milieu des pâtures. Ce déménagement nous permet d’accueillir le public plus confortablement.

Et accessoirement de recevoir plus de festivaliers… Oui, car le site est désormais plus spacieux. On a constaté en 2019 qu’on était arrivé à la fin d’un cycle, notamment le samedi soir avec Paul Kalkbrenner et Roméo Elvis (ndlr : plus de 19 000 festivaliers). On n’a jamais eu envie de refuser du monde et on sentait bien qu’on pouvait aller plus loin.

Mais sans toucher à l’ADN du festival… Oui, les Nuits secrètes restent une expérience unique. Ce festival est porté par des associations, des gens d’Aulnoye-Aymeries. Il y a ici un côté très local, et même durable. C’est une petite ville du Nord qui s’organise pour donner une fête incroyable durant trois jours et trois nuits, avec la volonté de coller à l’air du temps tout en proposant une sorte de bouclier au formatage ambiant. Nous valorisons les initiatives du coin, notamment à travers la restauration, en ne proposant que des bières locales. Il n’y a pas de grandes marques ici, on a un petit coté antisystème. Le public est sensible à ce genre de choses.

Y a-t-il aussi de nouveaux lieux de fête ? Il y aurait quatre scènes : l’Eden, la Grande scène, une autre dans format plus club et l’Oasis. C’est un endroit pour chiller, où l’on se rassemble autour de la gastronomie locale. Il est orchestré par Johnny & Wallace, nos animateurs en délire. C’est un lieu assez central sur le site, à la croisée de la Grande scène et du camping.

Parlons de la programmation. S’agissait-il de marquer le coup avec des têtes d’affiche ? Dans un sens oui, avec la venue de PNL ou Damso. Des artistes fidèles viennent aussi fêter notre anniversaire : Orelsan joue ici pour la cinquième fois. Vitalic, Tiken Jah Fakoly et Juliette Armanet sont aussi des habitués.

L’affiche semble très rap cette année… On me le dit souvent, mais c’est l’arbre qui cache la forêt. On vise toujours la diversité. On reçoit aussi Jamie xx, Charlotte de Witte, Ibeyi, Rone, Ascendant vierge…

Justement, y a t-il des noms moins connus sur lesquels vous voudriez attirer l’attention ? J’aime beaucoup Shygirl, un personnage intriguant, à la croisée de la techno, de la pop ou du R’n’B. Citons aussi Kampire, qui ouvre le festival sur la Grande scène. C’est une DJ ougandaise qui délivre des sons afrohouse, histoire de démarrer du bon pied. Tu arrives à Aulnoye et tu entends l’Afrique, j’aime beaucoup le principe ! Il y a également Overmono, des Anglais un peu dans le style de Bicep, cette UK bass au rythme hypnotique. Ils clôturent le samedi soir, à l’Eden, façon rave. Enfin, je suis aussi très content de recevoir November Ultra, qui est un peu la Shygirl française, ou French 79.

Qu’en est-il des Parcours secrets ? Ils sont programmés le week-end précédent, les 16 et 17 juillet. On a voulu favoriser la découverte du nouveau site des Nuits secrètes et on s’est inspiré du format de l’an passé, C’est Extra, étalé sur trois semaines, qui a plu aux gens. Les départs se font depuis notre Cachette. Il y a des parcours à pied, à vélo et même des croisières musicales en bateau. Voilà donc deux fois plus de raisons de venir dans l’Avesnois !

En 20 ans de festival, quel serait votre plus beau souvenir ? Celui de l’été prochain !

La plus grande déception ? De ne pas avoir pu monter l’édition 2020.

Votre plus grande fierté ? D’avoir créé un espace où des artistes des quatre coins du monde cohabitent avec par exemple The Mamys and the Papys, soit une chorale de séniors de la Sambre- Avesnois.

Quelle fut la plus grosse ambiance ici ? Généralement, ce sont les concerts de rap, comme ceux de Nekfeu, Roméo Elvis ou d’Orelsan. Le public connaît les paroles par cœur et chante ensemble. Quand ils sont 15 000, c’est une communion assez impressionnante… Il y a même des pogos ! J’ai ressenti chez ces gamins une énergie me renvoyant à mes 20 ans, lorsque j’étais dans la fosse à écouter du punk ou du rock. Mais je pourrais aussi citer les prestations de Skip The Use ou de Marcel et son orchestre.

Quel est le parcours secret le plus fou que vous ayez organisé ? Oh, je pourrais en citer 200 ! Mais je me souviens de celui avec Neneh Cherry dans la médiathèque d’Aulnoye, qui était en travaux à ce moment-là. Elle avait investi tout le bâtiment, créant une ambiance pour chaque salle. Dans un autre registre il y a aussi Camille, qui avait donné un concert a cappella, sans micro, dans l’église de Maroilles.

Quel serait le moment le plus fort ? Le concert d’Alain Bashung, en 2008, son dernier en région. Il était arrivé par le train, depuis Paris. On l’a accueilli sur le quai. Pour moi, c’était l’événement de ma vie. Il était alors très malade et tout le monde doutait qu’il puisse tenir cette date. Il était très faible, on devait le porter depuis sa loge avec son garde du corps pour qu’il puisse monter sur scène… et il a livré une prestation extraordinaire. On savait qu’on ne le verrait plus… c’était un moment fort, et qui plus est un concert gratuit. On touchait ici la quintessence des Nuits secrètes.

Et le plus dingue ? Pete Doherty en 2009. À ce moment- là il faisait la une des tabloïds avec Kate Moss, était dans la dope… Bref, un mec compliqué à gérer. Il débarque par le train avec son fils et celui d’un des frères Gallagher, je ne sais plus lequel. D’entrée, son équipe “parque” le rocker dans sa loge. Et puis à un moment, pouf, il disparaît ! Il avait réussi à semer tout le monde. Là, c’est la panique ! Au bout d’une demi-heure, on se rend compte qu’il s’éclate dans la fête foraine , dans les auto-tamponneuses avec les gamins, au milieu du public ravi de le voir là. C’est ça aussi les Nuits secrètes !

Enfin, quel groupe rêveriez-vous de recevoir ? Les Clash ! Sinon, dans le domaine du possible, je rêve d’un parcours secret avec Damon Albarn…

Propos recueillis par Julien Damien / Photo : Olivier Connan © Rémi Debreu
Informations
Aulnoye-Aymeries, Centre-ville Aulnoye-Aymeries
22.07.2022>24.07.20221 jour : 50 > 40€ • pass 3 jours : 120 > 90€ (gratuit -10 ans)

Sélection / 22.07 : Damso, Charlotte de Witte, Izïa, Rone, Rilès, Shygirl, Tiken Jah Fakoly, Kampire, Johnny & Wallace, The Mamys and the Papys, Kampire… // 23.07 : PNL, Jamie xx, Vitalic, Ibeyi, Rodrigo y Gabriela, Overmono, Kokoko!… // 24.07 : Orelsan, Juliette Armanet, NTO, Oboy, Ascendant vierge, Mansfield. Tya, November Ultra… + Parcours secrets : 16 & 17.07

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