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Rave éveillée

Vitalic © Yann Rabanier

Révélé en 2001 avec l’inusable Poney EP, Pascal Arbez-Nicolas aka Vitalic n’a depuis cessé de surprendre. Du tapageur Rave Age au plus solaire Voyager (son chef-d’œuvre), le Dijonnais distille une techno mutante, mélodieuse et terriblement efficace, au carrefour de l’electroclash et de l’hédonisme disco. Une science du crescendo imparable servant des morceaux qui frappent pile entre la tête et les jambes. Figure de proue de la scène électronique française, le patron du label Citizen Records célèbre ses 20 ans de carrière et la sortie de Dissidænce, cinquième album scindé en deux parties. Entretien avec un producteur inspiré, où il sera question de BPM, de plages de synthé, de Daft Punk mais aussi de colère…

Rêvais-tu d’un tel parcours lorsque tu as débuté ? Non, c’était surtout un hobby au départ, à côté des études. Une carrière dans la musique me semblait très peu probable, surtout depuis ma campagne bourguignonne. Mais j’ai toujours voulu composer. Gamin, j’écoutais beaucoup de disco, d’italo disco, Giorgio Moroder par exemple. Des trucs plus atmosphériques aussi comme Jean-Michel Jarre. à l’adolescence, j’ai commencé à sortir et à m’intéresser à la techno mais au milieu des années 1990 je n’y ai plus trouvé mon compte. Tous les disques se ressemblaient, c’était de l’acid à tous les étages… Et puis un jour j’assiste à un concert de Daft Punk à l’An-fer, un club de Dijon. J’ai reçu ce mélange de rock, de pop et de techno comme une claque, un “flash”. Dans la foulée, j’ai acheté un peu de matos et tenté ma chance…

Comment définir ton style ? C’est un mélange entre la techno, le disco et le rock, en particulier son énergie punk. Je tourne toujours autour de ces trois esthétiques mais en variant les dosages. Selon les époques, certaines ressortent plus que d’autres. Sur OK Cowboy, mon premier album, le rock et l’electropunk prenaient le dessus. Le deuxième disque, Flashmob, était clairement disco, le troisième carrément rave (Rave Age) et Voyager de nouveau disco, mais d’une autre façon. Aujourd’hui, je suis revenu à un son assez froid, une techno plus industrielle.

On se souvient aussi de ta collaboration avec Rebeka Warrior pour le duo Krompomat. Comment s’est-elle déroulée ? On se connaissait déjà car on avait réalisé La Mort sur le dancefloor pour mon troisième album. Alors qu’on était coincés avec nos projets respectifs, on s’est retrouvés autour d’un premier morceau et ça a donné Niemand. On en a ensuite composé une dizaine d’autres. Tout s’est alors enclenché : nouveau groupe, nouvelle tournée….

Et nouvelle sonorité aussi, plus kraut… Oui, c’est ça. On ne voulait pas produire de la techno au sens classique du terme, et surtout avec “0% de disco” comme insistait Julia (ndlr, Lanoë, alias Rebeka Warrior), car j’ai tendance à en glisser un peu partout (rires).

Peux-tu nous parler de ton dernier album, DissidænceIl est assez hybride, synthétisant mes 20 ans de carrière. Je voulais montrer tout ce dont j’étais capable mais en évitant l’écueil de l’auto-hommage. Et puis, je me suis rendu compte que le disque reflétait aussi notre époque : il exprime beaucoup de frustration, voire de colère comme dans Rave Against The System, composé avec Kiddy Smile. Les morceaux ne sont pas intitulés Pandémie, Confinement ou Virus mais évoquent l’isolement, une période durant laquelle les relations amoureuses sont devenues impossibles et le simple fait de danser illégal…

A quel point l’actualité imprègne-t-elle ta musique ? Depuis quelques temps l’époque est tout de même très tendue socialement, très polarisée, avec ses théories du complot ou ses fake news… On dit parfois que les années 1990 étaient sombres, mais notre période l’est beaucoup plus. En 2017 j’ai publié Voyager, un album assez solaire. Je venais d’avoir 40 ans et menais alors une vie douce à Paris. Quatre ans après, mon regard à totalement changé… Il y a un monde entre ces deux albums ! L’épisode 2, prévu fin février, sera encore plus noir. Ça sera peut-être une douche froide pour certains mais je ne compose pas pour faire plaisir aux gens. Au-delà du succès, je souhaite d’abord communiquer ce que je ressens. Pas question de mentir pour suivre une mode musicale. En cela, je me rapproche plus d’un écrivain que d’un producteur.

A quoi peut-on s’attendre avec cet épisode 2C’est un jumeau maléfique de l’épisode 1. Il manifeste le même énervement mais avec un angle d’approche différent. Les morceaux sont plus longs, plus expérimentaux et moins pop.
Sombres aussi… L’un d’eux rappelle par exemple que la lumière est au bout du tunnel… mais c’est celle d’un train ! (rires). Bon, cette noirceur est peut-être influencée par mon enfermement toute la semaine, de 7 h du matin jusqu’à minuit, dans un studio situé sous mon appartement, sans fenêtre… Au bout d’un moment, cela joue sans doute sur mon humeur !

Au-delà de ce constat, le clubbing est aussi affaire de sensations, non ? Pas seulement en ce qui me concerne. Mes disques ne se limitent pas au dancefloor, ils affichent toujours des plages expérimentales et mélodiques. Je sais que c’est un peu anachronique, mais j’essaie encore de produire des albums, à l’ancienne.

Quels sont les DJs ou producteurs qui ont ton attention sur la scène actuelle ? Parmi la jeune garde, je citerais Shlømo ou I Hate Model, avec qui je collabore en ce moment. Nos musiques sont très distinctes. La sienne est ultra-violente avec quelque chose de légèrement mélodique et la mienne est ultra-mélodique et avec quelque chose de légèrement violent. Le courant est donc bien passé entre nous.

Que verra-t-on sur scène ? La scénographie de tes concerts est toujours très soignée… Oui, mais pour une fois le show est assez minimaliste. C’est essentiellement la lumière qui crée les volume, depuis des consoles pratiquement invisibles sur scène. Je synthétise ici mes précédentes scénographies. Il y aura des effets de miroir comme pour Flashmob, de laser comme ceux de Rave Age ou cinétiques à la façon de Voyager.

Quels seraient tes meilleurs souvenirs sur scène ? Mes premiers concerts à 21 h. J’ai commencé en jouant à 6 h du matin en Espagne pour les “fracas” avant de gagner cet horaire, qui me faisait très peur au début. La première fois c’était à l’Ancienne Belgique, à Bruxelles, la deuxième au Zénith de Paris puis à l’Olympia. J’étais alors plus qu’un nom sur une affiche de festival, un vrai musicien à qui on offrait une scène. Ça a été trois moments clés dans ma vie.

Propos recueillis par Julien Damien - Photo © Yann Rabanier
Concert(s)
Vitalic
Bruxelles, Ancienne Belgique

Site internet : www.abconcerts.be

11.02.2022 à 20h00complet

A écouter /
Dissidænce. Episode 1 (Citizen Records / Clivage Music)

Le concert prévu au Zénith de Lille le 22/01/22 est annulé.

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