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Va y avoir du sport

(c) Cécile Gariépy

Depuis leur entrée dans l’ère moderne en 1896, les Jeux olympiques ont drainé leur lot d’exploits ou de symboles. Si tout le monde a en mémoire les quatre victoires de Jesse Owens en 1936 à Berlin, comme un doigt d’honneur au nazisme, ou le saut en hauteur dos tourné de Dick Fosbury à Mexico en 1968, qui se souvient des deux médailles d’or du Suédois Oscar Swahn au tir au cerf courant ? Des 43,75 mètres parcourus en lévitation par l’Américain Ricky McCormick sur des skis nautiques ? Dans Drôles de sports, livre documentaire destiné au jeune public (mais pas seulement), l’illustratrice Cécile Gariépy et le journaliste Simon Drouin racontent une histoire parallèle des JO, exhumant des épreuves aussi loufoques que spectaculaires.

Méconnues, ces disciplines ont toutes vécu leur petite heure de gloire à la faveur d’une catégorie spéciale, créée en 1912 par le Comité international olympique. Certes, elles n’étaient pour la plupart par inscrites dans les programmes officiels, mais ont ravi les foules avides de sensations fortes. « Ce sont principalement des sports de démonstration dont l’existence même peut surprendre ou prêter à sourire », explique Simon Drouin. Ce journaliste du quotidien montréalais La Presse a couvert dix éditions des JO, depuis ceux de Salt Lake City en 2002, et a toujours aimé les pas de côté. Pour nourrir ce livre documentaire, il s’est inspiré de quelques ouvrages de référence (comme The Complete Book of the Summer/Winter Olympics de David Wallechinsky) et a épluché les rapports des différentes éditions estivales ou hivernales. « Des chercheurs m’ont également aidé à démêler le vrai du faux, précise-t-il. Je me suis alors rendu compte que l’imagination des humains pour la pratique sportive était sans limites, pour le meilleur et pour le pire ! ». En témoigne cette vingtaine de “curiosités olympiques”, organisées dès le début du XXe siècle et pour certaines jusqu’en 1992, à Albertville.

Dame épique

Parmi ces étranges épreuves, citons la course de tandem (« attention de ne pas lever les bras en même temps sur la ligne d’arrivée ! »), la nage sous l’eau avec course d’obstacles qui s’est disputée dans les courants troubles de la Seine, à Paris en 1900 (« je suis curieux de savoir si Michael Phelps s’y serait illustré… ») ou la course de traîneau à chiens. « Présenté une seule fois à Lake Placid, en 1932, ce sport a donné lieu à des moments épiques et révélé des personnages plus grands que nature, humains comme canins ! ». À l’instar d’Eva Seeley, qui transporta durant l’épreuve une infirmière sur son attelage pour secourir une femme sur le point d’accoucher, dans les montagnes du New Hampshire…

Les musclés

À bien y regarder, certaines disciplines semblent tout droit sorties d’une fête de village, comme le jeu de quilles ou le grimper de corde qui vit, en 1904 à Saint-Louis, la victoire de l’Allemand George Eyser. Celle-ci n’a rien d’anodine : l’homme était unijambiste. « Même si certains sports sont assez farfelus, les athlètes y ont participé avec le plus grand sérieux », remarque l’illustratrice Cécile Gariépy. Connue pour son trait ludique et ses compositions emplis de personnages hauts en couleur, la Montréalaise s’en est donné à coeur joie pour mettre en images ces performances parfois burlesques. « J’aime illustrer des corps en mouvement, confie-t-elle. J’ai par exemple adoré dessiner le ballet à ski. Cette discipline étant relativement récente, il y a beaucoup de vidéos disponibles sur internet, toutes plus extravagantes les unes que les autres. Ce furent des heures de plaisir à regarder ces chorégraphies ! ».

 

Pigeon olympique

Entre détails techniques et anecdotes, Drôles de sports rend ainsi hommage à celles et ceux qui écrivirent dans l’ombre une autre légende olympique. « La colombophilie m’a réellement fascinée. La compétition se déroulait sur une très longue période et il n’y avait pas vraiment moyen de savoir quand ça allait se terminer, s’amuse Cécile Gariépy. Je trouve incroyable que certains puissent mettre autant d’espoir dans leur pigeon ! ». Alors que le surf ou le breakdance figurent au programme des prochains JO de Paris, en 2024, on peut regretter la disparation de certaines compétitions pas si décalées, comme la pelote basque, qui vécut ses dernières joutes à Barcelone en 1992. Simon Drouin, lui, verrait bien la renaissance du pentathlon d’hiver « alliant ski de fond, ski alpin, patinage de vitesse, course à pied et raquette ! ». Et pourquoi pas un peu de pétanque, tant qu’on y est ?

A LIRE AUSSI / L’INTERVIEW DES AUTEURS

Julien Damien

À lire / Drôles de sports. Curiosités olympiques, de Cécile Gariépy et Simon Drouin (La Pastèque), 64 p., 22€, www.lapasteque.com

À visiter / www.cecile-gariepy.com, @ cecile.gariepy 

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