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Forever young

© Yann Orhan & Laurent Bégu

Passé par le heavy metal puis la chanson française, Guillaume Aldebert a d’abord oeuvré pour les “grands” avant de se livrer à ses Enfantillages, en 2008. Bien lui en a pris ! Désormais vedette des cours de récré, le Bisontin ne compte plus les disques d’or et les concerts à guichets fermés. Surtout, ce presque quinquagénaire réhabilite un genre souvent mésestimé avec des textes ciselés et en ne s’interdisant aucun sujet – de la peur du noir à la mort. Celui qui, petit, rêvait de devenir ninja, défend sur scène un quatrième opus empli de duos prestigieux et placé sous le signe de l’ouverture. Entretien avec un grand enfant.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ? A aucun moment je n’avais pensé exercer ce métier, qui me semblait totalement inaccessible. Il fallait être dans le milieu, vivre à Paris… donc j’étais loin de tout ça. Par contre, j’ai toujours eu envie de raconter des histoires. Je l’ai d’abord fait avec la photo, le dessin, la vidéo… J’ai d’ailleurs obtenu un bac pro en photographie. Et puis j’étais aussi à fond dans le rock metal !

Quel fut le déclic ? La rencontre avec le groupe Blankass, dont on avait fait la première partie, a été déterminante. Juste après, j’ai commencé à écrire des chansons, jouer dans les cafés et sortir des disques avec un répertoire de chanson française plutôt adulte, mais accueillant des sujets liés à l’enfance. Ça a duré huit ans et à partir du quatrième album, j’ai ouvert la porte au jeune public avec Enfantillages. Aujourd’hui j’ai l’impression de m’être trouvé artistiquement avec un genre qui connecte les générations. En fait, je m’adresse à l’enfant qui sommeille en chacun de nous.

Vous considérez-vous comme un chanteur pour enfants ? Oui et non. En tout cas, cette image ne me pose aucun problème. Ce genre n’est pas du tout réducteur, plutôt synonyme d’ouverture. D’ailleurs, j’ai écrit pas mal de chansons dans ce quatrième album destinées à un très large public. Le titre avec Calogero, Double papa, évoque l’homoparentalité quand Assis soient-ils, en duo avec Peter Garrett (de Midnight Oil) parle de l’urgence climatique. Maxime Le Forestier dit que je suis un chanteur de l’enfance. Il a bien résumé mon style.

Vous interdisez-vous d’aborder certains sujets ? Ce n’est pas tant le sujet qui compte mais votre angle d’approche. On peut évoquer des thèmes durs comme la maladie, la mort ou la séparation, mais pas n’importe comment. Pour parler de l’homoparentalité à des enfants, j’ai ainsi choisi de raconter une histoire d’amour entre deux papas.

On perçoit chez vous une volonté de “respecter” votre public, n’est-ce pas ? Je n’ai pas la prétention d’éduquer qui que ce soit, mais l’envie d’éveiller les enfants autant que possible, de les tirer vers le haut en proposant des sujets variés et qui, a priori, ne leur sont pas destinés.

Vous envisagez aussi tous les styles, du rap au rock, en passant par le reggae, la chanson française… Oui, le jeune public me permet cette liberté incroyable ! Les enfants sont curieux naturellement et ça ne leur pose aucun souci d’écouter un titre hip-hop puis de passer au metal ou à une valse. Ils sont plus ouverts que les adultes, souvent enfermés dans leurs chapelles…

Pouvez-vous nous parler de l’album Enfantillages 4 ? Comment l’avez-vous composé ? Au départ, on avait prévu de faire le tour du monde pour le réaliser, mais le Covid est passé par là… On a juste réussi à s’envoler pour la Réunion (pour le titre La Danse) puis on a composé l’essentiel à distance. On a envoyé les maquettes à Youssou N’Dour et Peter Garrett, qui ont travaillé chez eux. Au final on a tout de même conservé cette idée d’ouverture sur le monde qui est vraiment l’ADN de cet Enfantillages 4.

Pouvez-vous nous parler de la chanson Le Grand Voyage ? Elle est née, comme pas mal de chansons de cet album, de sollicitations des enfants, en l’occurrence de questions sur avant et après la vie. Sans passer par la “case religion”, il s’agissait de trouver une réponse onirique à ces grandes questions existentielles.

Outre les sœurs Berthollet, ce morceau compte un invité très spécial, n’est-ce pas ? Oui, je le chante avec mon premier fils, Charlie, et c’est vraiment un grand bonheur de l’interpréter avec lui. Il sera présent sur scène en fin d’année, car en attendant il y a l’école ! Pour l’instant, notre duo passe par la vidéo.

Cet album semble plus profond, plus mélancolique que les autres… Oui, c’est aussi dû à cette période de pandémie. Cette longue pause a favorisé une mise au point et des thèmes plus sérieux comme la mort avec le Grand Voyage. Un sujet qui fait partie de mes angoisses, Covid ou pas.

Que verra-t-on sur scène ? Un grand décor en bois habillé de vidéos. Ce mapping offre un tableau spécifique à chaque chanson. Surtout, on privilégie l’échange avec le public pour susciter des émotions différentes. Il y a des passages poétiques, très tendres, et d’autres où l’on se lâche comme avec Mytho Man ou Du Gros son. C’est un petit voyage d’une heure et demie tout en relief. C’est plus un spectacle qu’un concert.

Au-delà des chansons du nouvel album, jouez-vous aussi des hits de votre répertoire ? Oui, il y a des chansons qu’on est un peu obligés de jouer comme Super Mamie. À chaque concert on en invite une à monter sur scène. Elle enfile une cape puis vole littéralement dans le public, portée par des papas ! C’est une tradition.

Quelles sont les particularités du jeune public, en concert ? Il est très cash, si on n’est pas sincère ça ne marche pas. Il y a des vraies passerelles avec le metal d’ailleurs. Historiquement, les groupes se sont toujours déguisés, maquillés… Ils font preuve d’une vraie théâtralité. En terme d’énergie aussi il y a des points communs. Sur scène, je saute partout, c’est très rock la chanson pour enfants !

Propos recueillis par Julien Damien // Photos : © Yann Orhan & Laurent Bégu
Concert(s)
ALDEBERT
Bruxelles, Cirque Royal

Site internet : www.cirque-royal.org

19.12.2021 à 14h30complet
ALDEBERT19.12.2021 à 17h3035>55€
ALDEBERT
Béthune, Théâtre de Béthune

Site internet : http://www.theatre-bethune.fr

10.12.2021 à 20h3034>17€
ALDEBERT
Le Touquet, Palais des Congrès du Touquet

Site internet : http://lille.aujourdhui.fr/etudiant/lieu/palais-des-congres-le-touquet-paris-plage.html

06.02.2022 à 14h3037>19€

A écouter / Enfantillages 4 (Load Records)

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