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L'amour fou

© D. Koskas

Tout sourit à Audrey et Jérôme. Mais le temps d’un week-end, ils partent chacun de leur côté avec leurs amants respectifs, et ont la même idée : aller dans leur maison de campagne. Tandis qu’ils s’expliquent, débarquent leurs enfants et toute la famille ! Le quatuor va devoir jouer la comédie pour sauver les apparences… Tel est le point de départ de Tout nous sourit, comédie où Elsa Zylberstein tient le premier rôle. Avant de la retrouver dans la peau de Simone Veil ou BigBug de Jean-Pierre Jeunet, rencontre avec une actrice en constate réinvention, et Mélissa Drigeard, réalisatrice inspirée.

Elsa, en quoi ce film vous a-t-il séduit ?

Elsa Zylberstein : C’est rare de trouver des comédies avec tant d’humour et d’émotion. C’est une sorte de vaudeville moderne. Mélissa Drigeard s’intéresse ici au phénomène d’usure dans un couple. Tout souriait à Audrey et Jérôme mais ils ont tout perdu. Comment vont-ils se réconcilier ? Ils sont rattrapés par leurs démons. Les enfants et les parents ne sont pas ceux qu’ils croyaient… Pour la comédienne que je suis, c’est un feu d’artifice !

Comment l’idée de ce film est-elle née ?

Mélissa Drigeard : Avec Vincent Juillet, mon coauteur, nous avions envie d’écrire sur la famille. Cela correspondait à un moment particulier de nos vies, surtout pour moi car j’allais devenir maman. Ayant beaucoup composé pour le théâtre on recherchait une situation typique du vaudeville mais où les masques tombent vite. Nos personnages sont un peu dysfonctionnels mais fonctionnent bien ensemble.

En effet, on perçoit un certain décalage…

Mélissa Drigeard : Oui, parce qu’on n’a pas cherché à écrire une comédie. Vincent et moi aimons ces personnages. On passe un temps fou à les imaginer en toutes circonstances, supposer ce qu’ils mangent… Tout était très précis, du papier millimétré ! C’est effectivement devenu drôle, mais nous n’avons jamais essayé de faire rire, tout comme les acteurs, et c’est justement pour ça qu’ils sont si comiques. Tout nous sourit est une comédie qui s’assume totalement mais souligne des choses subtiles dans les rapports humains.

Comment avez-vous abordé la mise en scène et la lumière ?

Mélissa Drigeard : C’est la lumière de Myriam Vinocour (ndlr : Les Héritiers, Le Ciel attendra). Cela nous a pris mis un temps fou pour trouver ce “marron doré”. On voulait aussi filmer de grands mouvements de valse et d’air au-dehors de cette maison pour stimuler la comédie. Tout était très précis, autant que les dialogues. Du papier millimétré ! La rigueur nous permet plus de fantaisie et de créativité.

Elsa, avez-vous aussi besoin de cette rigueur ?

Elsa Zylberstein : Bien sûr ! C’est en ayant un cadre que l’on peut s’en échapper. Le film est très écrit. Il ne s’agissait pas de trahir le scénario mais de le transcender, d’emmener encore plus loin les personnages.

Justement, qu’est-ce que votre personnage, Audrey, vous a permis d’explorer dans votre travail ?

Elsa Zylberstein : J’ai adoré incarner cette femme en quête de frisson. Elle veut tromper son mari mais reste fragile. Il faut cultiver cette profondeur, sans chercher à faire rire à tout prix – sinon, on n’est jamais drôle. Face à ce désespoir absolu, comique parfois, Audrey ne sait plus qui elle est. Ce rôle m’a permis d’explorer l’imperfection et ma propre folie.

© D. Koskas

© D. Koskas

On a l’impression depuis quelques films de découvrir d’autres facettes d’Elsa Zylberstein, notamment depuis Tout le monde debout de Franck Dubosc…

Elsa Zylberstein : Je ne suis plus la même fille qu’il y a un, deux, ou dix ans. J’ai un champ d’action très large, beaucoup de matos ! Après, ce sont les metteurs en scène qui le révèlent. Dans Mina Tannenbaum, mon personnage était déjà un peu fou ! Alors oui, peut-être que je ne m’autorisais pas à me libérer et, effectivement, Franck (ndlr: Dubosc) m’a beaucoup poussée, m’a donné confiance. J’ai progressé et me sens vachement plus forte maintenant.

Mélissa Drigeard : J’ai écrit le film en pensant à Elsa. Indépendamment de l’actrice dont j’étais admirative, je savais par des amis qu’elle était drôle. Faire rire, c’est beaucoup de travail, mais il y a aussi des natures. Elsa a cette nature ! J’étais séduite par cette facette.

C’est un film de troupe et vous ne sacrifiez aucun personnage…

Mélissa Drigeard : Quand on écrit pour le théâtre, on ne peut pas sortir un personnage, l’abandonner dans les coulisses, et ne plus le faire réapparaître sans terminer son histoire. Cela s’applique assez bien au cinéma. Tous ceux de notre histoire ont un parcours spécifique.

Dans le film, pour reprendre un titre de Claude Lelouch, il a des hasards et des coïncidences. Croyez-vous aux hasards et aux coïncidences ?

Elsa Zylberstein : Je citerais Paul Eluard : « Il n’y a pas de hasards, il n’y a que des rendez-vous ». Donc, je ne crois pas au hasard. Je pense qu’à un moment on dégage des fréquences et que des âmes doivent se rencontrer… C’est très mystique !

Propos recueillis par Grégory Marouzé // Photos : © D. Koskas

Tout nous sourit

De Mélissa Drigeard, avec Elsa Zyberstein, Stéphane de Groodt, Guy Marchand, Anne Benoit… En salle

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