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La renaissance

Les Toiles dans la ville
© Aristide Barraud

En ce sinistre 13 novembre 2015, Alice Barraud reçoit une balle dans le bras alors qu’elle se trouve en terrasse à Paris. Très vite, la voltigeuse en convalescence dégaine ses carnets pour coucher ses maux sur le papier. Déterminée à tirer du “beau” de ce traumatisme, elle a réinventé son art et déroule, dans cette création protéiforme, son chemin vers la reconstruction.

Alice Barraud a une façon de travailler bien à elle. « Les idées de spectacles se bousculent dans ma tête, précise-t-elle. Et puis d’un coup, pour l’un d’entre eux, c’est le bon moment ». Mai 2019 s’est ainsi imposé pour ce qui ne s’appelait pas encore Au Mauvais Endroit au Mauvais Moment. « J’ai demandé un laboratoire de création au Prato pour rouvrir mes carnets ». Raphaël de Pressigny, batteur du groupe Feu ! Chatterton, s’est alors trouvé disponible pour la rejoindre. Heureux hasard, se dressant face au drame qui l’a laissée handicapée quatre ans auparavant.

Les mots sur les maux

L’acrobate, spécialisée dans le portique coréen, a doucement réappris à voltiger. « Tu as encore un bras et deux jambes » lui ont lancé ses porteurs, qui l’ont accompagnée dans sa renaissance. Pour la première fois, elle utilise la parole sur scène. « On s’approche parfois du one-woman show lorsqu’Alice incarne des personnages croisés durant son parcours de soin. Elle navigue entre la danse, la poésie, le burlesque, et une discipline qu’on ne souhaite pas dévoiler », murmure Raphaël, partenaire précieux aussi bien sur scène, entouré de ses percussions, que lors de l’écriture. La clown et metteuse en scène Sky de Sela a également aidé à trouver la bonne distance, entre tout dire et pas assez. Ainsi, pas une fois le mot “terroriste” ne sera prononcé. Le sujet n’est plus l’attentat : place à l’après. À la vie.


La preuve par 3

Sous chapiteau, en salle ou en plein-air, les Toiles dans la ville déploient leurs spectacles dans toute la métropole jusqu’en fin d’année ! En cette rentrée, voici notre tiercé gagnant.

L’Absolu (Les Choses de rien / Boris Gibé)

Attention, ceci n’est pas un spectacle comme les autres. D’abord, pour y assister, on pénètre dans un silo. Au sein de ce cylindre dressé sur quatre étages, comme un chapiteau métallique, Boris Gibé joue avec les éléments (l’eau, le feu, l’air) comme autant de partenaires de jeu, en quête… d’absolu. Métaphysique et poétique, parfois burlesque, mais inoubliable.

>> Lille, 01 > 11.09, Gare Saint-Sauveur toute la journée, 17 > 5 €


Résiste (Les Filles du renard pâle)

Derrière ce titre renvoyant à une chanson de France Gall, on trouve la première partie d’un triptyque composé de Révolte et de Respire. Ce spectacle met en scène une funambule (très) haut perchée et une musicienne. Le fil est instable, change de hauteur, se brise parfois, mais la circassienne résiste à tous les dangers, dans une brillante allégorie, et combien actuelle, de la condition humaine.

>> Lille, 03 & 04.09, Gare Saint-Sauveur toute la journée, 17 > 5 €


Horizon (Rhizome / Chloé Moglia)

On l’avait laissée au coeur de spirales d’acier. On retrouve Chloé Moglia suspendue à sept mètres du vide, au bout d’un agrès spécialement conçu pour elle : la courbe. À l’aide de cette perche souple, posée sur trois pieds, elle défie avec grâce la pesanteur lors d’une chorégraphie millimétrée, ayant le ciel pour seul horizon.

>> Lille, 24.09, Le Prato, toute la journée, 17 > 5 €

Marine Durand // Photo : © Aristide Barraud
Informations
Lille, Le Prato

Site internet : http://www.leprato.fr

22.09.2021>23.09.202120 h, 17>5€
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