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Courant alternatif

Les Humeurs du Brillant - La Singularité © Catwalkpictures

Depuis près de 40 ans, Anvers tient son rang de “capitale de la mode”, et celui de la dernière école stylistique apparue sur la scène internationale. Et si Bruxelles avait aussi joué un rôle déterminant dans le rayonnement de la création belge ? Sur ce postulat, plus audacieux qu’il n’y paraît, Lydia Kamitsis met au jour un « esprit bruxellois » encore jamais théorisé. L’historienne de la mode adoube ses plus dignes représentants, d’Olivier Theyskens à Ester Manas, à travers la centaine de pièces réunies pour Brussels Touch.

1977. Bruxelles décide d’honorer le tissu qui a bâti sa renommée jusqu’au xixe siècle, en créant le Musée du Costume et de la Dentelle. 2017. L’institution affirme son virage vers l’histoire du vêtement, en devenant le Musée Mode & Dentelle. « L’équipe a commencé à constituer une collection de pièces de créateurs liés à Bruxelles. Le fonds est désormais assez conséquent pour l’examiner, et questionner l’existence d’un style spécifique, de façon très ouverte, sans certitude », décrit la Française Lydia Kamitsis. La commissaire d’exposition s’est donc plongée dans les étoffes et accessoires abrités au 12, rue de la Violette, en quête de réponses.

La Cambre, pépinière de talents

Ne faisons pas durer inutilement le suspense. « Oui, il y a bien une “Brussels Touch” ». Mais celle-ci s’est construite en creux, affirmant son identité sans tambour ni trompette. « On remarque une forme d’humilité, une manière de penser la mode en prise avec le réel, et un effacement des créateurs derrière leurs pièces », observe Lydia Kamitsis. Certains représentants de ce néo-courant tutoient pourtant les sommets. C’est le cas d’Anthony Vaccarello, le directeur artistique d’Yves Saint Laurent, ou d’Olivier Theyskens, arrivé chez Azzaro l’an passé, et dont on admirera une tenue brodée d’un spectaculaire coeur en dentelle rouge – « il y a du sentiment dans cette mode, et de la poésie qui n’est jamais grandiloquente ». Theyskens, comme Vaccarello, ont étudié à La Cambre. Sur les 32 créateurs exposés, une majorité sort d’ailleurs de l’atelier “stylisme” de la prestigieuse école d’art et de design, créée en 1986.

Jean-Paul Lespagnard © Catwalkpictures

Jean-Paul Lespagnard © Catwalkpictures

Une mode ancrée dans le présent

Si La Cambre s’impose comme le berceau de la mode bruxelloise, Sonja Noël en a été sa bonne fée. Cette figure du retail, qui a fondé il y a 35 ans la boutique avant-gardiste Stijl, dans le quartier Dansaert, « a formé le goût de sa clientèle à la mode belge ». La pionnière a d’ailleurs gratifié Brussels Touch d’une pièce rare : une veste en toile beige sans col tirée de la toute première collection Martin Margiela, dont l’aura plane au-dessus de l’exposition. Le parcours, divisé en six séquences, fait la part belle aux mini-monographies. Dans une scénographie volontairement dépouillée, on découvre une mode dégagée de tout diktat. « Bruxelles est une ville très cosmopolite, sans références vestimentaires ou architecturales très marquées. C’est parce qu’il n’y a pas ce poids que la façon de s’habiller y demeure très libre ». Une mode affranchie du passé donc, mais à l’écoute des problématiques sociales et environnementales. Éric Beauduin fut ainsi l’un des premiers stylistes à upcycler des matières usagées (ses fameux sacs en cuir), et le jeune duo Ester Manas conçoit des vêtements taille unique ajustables (maille extensible, chemise à liens et boutons…), suivant le concept inclusif “one size fits all”. Dans une ville où l’on a érigé la fripe et la brocante en art de vivre, voilà l’esprit bruxellois superbement illustré.

 

A LIRE AUSSI : L’INTERVIEW DE LYDIA KAMITSIS

Marine Durand // Photos : © Eugène Galegos, © Fashion & Lace Museum, © Ester Manas, © Catwalkpictures
Informations
Bruxelles, Musée mode et dentelle
27.08.2021>15.05.2022mar > dim : 10 h - 17 h, 8 > 4 € (gratuit -18 ans)
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