Home Style Petit manuel de cuisine punk

Anarchie dans l’assiette

Pesto aux fanes de navet (c) Louise Browaeys

Et si l’avenir de la cuisine était… punk ? Ingénieures agronomes, Louise Browaeys et Hélène Schernberg proposent des recettes élaborées avec des produits locaux, bruts, sans marque voire périmés ! En somme, une alimentation bio, équitable et économique, à rebours de la malbouffe et du consumérisme des plats préparés. Sous-titré “pour ceux qui en ont ras la crête”, l’ouvrage nous invite à cracher dans la soupe de l’industrie agroalimentaire et des calories sur-emballées de plastique. Renversons la table.

Évacuons d’emblée tout quiproquo : non, il ne s’agira pas de plonger la tête dans la gamelle du chat ou de gober le poisson rouge. Plutôt d’imaginer une cuisine saine et éthique, « en y injectant les fondamentaux du mouvement punk, précise Louise Browaeys. À savoir sa dimension alternative et anticapitaliste, pour proposer une alimentation éthique, écologique et pas chère ». Fille de pépiniériste, « élevée comme un tilleul au milieu d’un beau potager », la Nantaise a concocté avec son amie Hélène Schernberg une quarantaine de plats faciles à préparer (tous accompagnés d’une suggestion musicale, tel Navet Maria des Fatals Picards) avec des ingrédients à portée de bourse et de main – “Do it yourself”, comme on dit.

Ail confit © Aurélie Jeannette

Ail confit © Aurélie Jeannette

Qui l’eût cru ?

Dans cette popote underground, on bannira les produits transformés pour favoriser le local : de préférence de saison, glanés sur le marché ou même invendus (les « gueules cassées » dont personne ne veut). Oh, pas besoin de parcourir des kilomètres pour trouver sa pitance : « l’ortie, par exemple, est l’ingrédient archétypal de la cuisine punk : ça pique et surtout, c’est un trésor nutritionnel ». En somme, il s’agit de réaliser des miracles avec pas grand-chose, pourvu qu’on soit inventif ! En cela les aliments crus (céleri, navet, radis), fermentés ou les restes (les chips d’épluchures) deviennent ici les stars de la table. « Chez moi, il y a toujours des légumineuses ou des céréales qui trempent. Laissez sur votre radiateur un saladier empli d’eau et de flocons d’avoine, et cela aboutira à une forme de yaourt, c’est très facile et délicieux ! ». Au-delà de l’aspect gustatif, la démarche vise bien plus haut. « Ce qu’on place dans notre assiette a une incidence écologique. Choisir ses aliments est un acte politique : déguster un énorme morceau de viande dont la production a favorisé la déforestation en Amazonie, ce n’est pas la même chose que de se nourrir d’algues ramassées en bas de chez soi ». Pas si No Future, le punk…


 

Le menu punk

Entrée

CARPACCIO DE BETTERAVES À L’AIL DES OURS

Une recette qui conjugue promenade en forêt, haleine de chacal et sang végétal. Avec des betteraves crues coupées en fines lamelles, saupoudrées d’ail des ours fraîchement récolté. Ajoutez une larme d’huile de noix et de vinaigre de cidre, un peu de graine de lin et le tour est joué ! Accommodez le plat en réécoutant Give ‘Em Enough Rope de The Clash.

Plat principal

SOUPE À LA BIÈRE, CHOU-FLEUR ET COMTÉ

Rien ne se perd, tout se transforme : après une soirée arrosée, récupérez les fonds de bouteilles pour le souper (enfin, s’il en reste…) avant de faire mijoter le tout durant 15 minutes. Ou comment réaliser des miracles avec de la bibine éventée, des carottes ou du chou-fleur. En BO ? Bowling for Soup d’Almost, évidemment.

Dessert

CRUMBLE LSD

Ici, la drogue psychédélique est remplacée par un cocktail “santé” composé de graines de lin, de sésame et de dattes. Mélangez le tout dans un grand saladier – avec un peu d’eau. Rien n’empêche de planer sur It’s a Beautiful Feeling de Rich Kids on LSD.

Julien Damien / Photos : Aurélie Jeannette, Matthieu Brillard & Louise Browaeys

A LIRE / Petit manuel de cuisine punk de Louise Browaeys et Hélène Schernberg, 80 p., 10 €, boutique.terrevivante.org

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