Home Exposition Libres figurations, années 80

Génération spontanée

(c) Julien Damien

Keith Haring, Basquiat, Futura 2000, Robert Combas… et bien d’autres ! Les musées de Calais rapprochent une cinquantaine d’artistes majeurs de la fin du XXe siècle. Soit plus de 200 œuvres réparties dans une double exposition, à la croisée du graffiti, du punk ou de la BD. Ces peintures, sculptures (ou même vêtements) dessinent les contours d’un mouvement célébrant son quarantième anniversaire : les Libres figurations. On ouvre bien les yeux, et on prend une grande bouffée d’art.

Colorées, drôles, irrévérencieuses, délurées… et diablement revigorantes ! Telles sont les Libres figurations. L’appellation regroupe plusieurs courants apparus aux quatre coins du globe, quasi simultanément, au début des années 1980 : la Figuration libre en France (Robert Combas, Hervé Di Rosa, Rémi Blanchard), le graffiti aux États-Unis (Keith Haring, Crash), mais aussi les Nouveaux Fauves en Allemagne ou les Nouveaux Artistes en Russie. Leurs points communs ? Ils sont jeunes, iconoclastes, anti-consuméristes et fracassent les codes pour inviter l’art dans notre quotidien. Ces artistes puisent leur inspiration dans la pop culture : la bande dessinée, le clubbing, la SF, le punk… Sans oublier le petit écran, vecteur de grands bouleversements. « Le déclencheur de cette vague fut en effet l’apparition de la télévision couleur dans les foyers, décrypte Pascale Le Thorel, commissaire de l’exposition. D’un bout à l’autre de la planète, tout le monde voyait les mêmes images ».

Caisse Haring

Formellement, ces œuvres se caractérisent par l’emploi du cerne noir (renvoyant à la BD), une palette vive et surtout une grande liberté, notamment dans la représentation des drogues ou du sexe – témoin de mœurs idoines. « On est chez Rabelais, les artistes expriment une énergie vitale ». Celle-ci est palpable dans cette double exposition calaisienne. Elle vibre par exemple sur les grandes toiles de Hervé Di Rosa (La Rue du malheur) emplies de scénettes et d’un grouillement de personnages hallucinés, « un peu comme chez Jérôme Bosch ». Du côté des Américains, on admire la virtuosité à la bombe de Futura 2000 et une pièce inédite de Keith Haring, qui a dessiné un Radiant Angel sur le capot de la voiture de la sœur de François Boisrond, autre pilier français du courant.

Dernière fête avant fermeture

L’autre belle découverte calaisienne se situe du côté des Russes. La censure (encore d’actualité) n’a jamais arrêté Afrika, Timur Novikov ou Oleg Kotelnikov. Chez eux, tous les supports sont bons pour exprimer leur rage : rideaux de douche, papier bulle, sacs plastiques, bouts de bois… C’est l’autre caractéristique de ces créateurs. « On peignait sur tout et n’importe quoi ! », se souvient le Brésilien Roberto Cabot, qui s’est lui attaqué à la façade des Beaux-Arts de Paris. Si la joie traverse ces peintures ou sculptures, une angoisse pointe aussi à l’horizon : celle de la fin de l’humanité, engendrée notamment par la menace nucléaire – “no future”, en somme. François Boisrond prophétisait ainsi l’effondrement des Twin Towers dès 1981. « L’émergence du Sida est également tangible. Nombre d’artistes succomberont d’ailleurs au virus, qui aura raison du mouvement », rappelle Pascale Le Thorel. Nous sommes à l’orée des années 1990. Les libertés régressent peu à peu, le capitalisme a raflé la mise. Mais 40 ans plus tard, à l’ère post-Covid, ces Libres figurations apparaissent comme un phare dans l’obscurité.

Julien Damien Photo : vues d'exposition Julien Damien // Extraterrestres, 1986, Acrylique, 59,2 x 79,4 cm, Collection Paquita Escofet Miro © Valery Alakhov
Informations
Calais, Cité de la dentelle et de la mode et Musée des beaux-arts
11.06.2021>02.01.2022Musée des beaux-arts, mar > dim : 13 h-18 h Cité de la dentelle : tous les jours sauf mar : 10h-18h, pass deux musées : 5 / 4 € (gratuit -5 ans)
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