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As de carreau

(c) Ememem

Connaissiez-vous le “flacking” ? Initiée en 2016 par un dénommé Ememem, cette pratique consiste à boucher les nids-de-poule, les fissures lézardant la chaussée et les murs avec des fragments de céramique ou de faïence. Colorés et poétiques, ses pansements pour trottoirs se fondent parfaitement dans le paysage. Mais qui se cache derrière ce mystérieux styliste du bitume ?

Avec Ememem, le goudron arraché par le passage d’un poids lourd ou les pavés descellés pendant une manifestation laissent place à de sublimes mosaïques. Il s’agit de “guérir” la ville, quelque part entre le street art et le kintsukuroi, tradition japonaise où l’on répare de la porcelaine en appliquant de l’or ou de l’argent sur les fêlures. Symboliquement, cet acte de résilience ancestral embellit la plaie, qu’elle soit physique ou psychologique. Une belle allégorie, qui sied parfaitement au discret Lyonnais. « Mon travail consiste à mettre en lumière les blessures du tissu urbain, au sol ou en façade, dans un esprit de raccommodage créatif et d’invitation au rêve, commente-t-il. Les œuvres s’infiltrent dans l’architecture quotidienne. Elles créent de l’imprévu, des discontinuités de formes et de couleurs qui bousculent les codes de l’urbanisme. C’est un prétexte pour ré-enchanter la ville ». Généralement, les “flacks” sont posées de nuit, dans l’anonymat, et révélées au petit matin. De Paris à Sète, en passant par Turin, Barcelone ou même la Norvège, ces fresques s’invitent aux quatre coins du globe. Ouvertes aux partenariats, ces interventions jalonnent certains festivals, répondent à des commandes (de collectivité, d’association…). Enfin, Ememem et son équipe conduisent les ateliers participatifs, ne laissant ainsi personne sur le carreau – et c’est bien urbain.

Julien Damien / Photos : (c) Ememem
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