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Retour en fanfare

La Femme crédit JD Fanello

La Femme est-elle l’avenir de l’Homme ? Peut-être. En attendant, c’est bien le plus grand groupe français du moment. Cinq ans après Mystère, Paradigmes confirme la tendance. Retardé d’un an à cause de vous-savez-quoi, le troisième album du duo formé par Marlon Magnée et Sacha Got épouse, comme toujours, les contours d’un sacré cabaret de curiosités pop. Entre joie et accablement s’y télescopent perruques, fanfares, banjo, Michel Foucault… et à peu près tous les styles musicaux. Révélés en 2013 avec Psycho Tropical Berlin, les francs-tireurs basques ont-ils toujours la pêche ? Quels sont leurs projets, leurs recettes ou leurs propres paradigmes ? Sacha Got nous explique tout…

Comment avez-vous composé cet album ? C’est une sélection de chansons parmi une centaine qui traîne dans nos disques durs depuis des années. Le Sang de mon prochain date par exemple de 2012. Elles ont été enregistrées en 2018, après une longue tournée et un break de quelques mois, dans plusieurs studios. Chez nous, mais aussi dans des maisons louées à droite et à gauche, notamment à Los Angeles et en Andalousie.

Pourquoi ce titre, Paradigmes ? Ce mot nous interpelle, il est assez mystérieux, évoquant des vérités établies mais pouvant s’effondrer à tout moment. En tout cas, il résonne bien avec l’époque, comme les paroles du single Paradigme : « Les masques tombent pour célébrer le néant et la folie »… On a un petit côté visionnaire (rires).

Quel est l’esprit de ce disque ? Assez bordélique, je dirais. Il est comme une pochette surprise, où l’on tombe toujours sur des trucs inattendus. Beaucoup de chansons décrivent aussi des paysages, c’est un peu un voyage. En Amérique avec les morceaux Pasadena, Cool Colorado, Nouvelle-Orléans, en Turquie avec le très oriental Va, en Espagne à travers Le Jardin… Finalement, La Femme, c’est de la world music (rires).

L’idée même d’un album a-t-elle encore du sens en 2021 ? Non, plus vraiment. Le concept d’album est un vieux paradigme qu’on remet aussi en question. C’est un format très contraignant, en termes de charge de travail ou de pression. Le nôtre s’écoute comme une collection de chansons, une compilation, il n’a pas vraiment de ligne directrice mais affiche tout de même une cohérence, car on retrouve notre son d’un titre à l’autre.

Qu’est-ce-qui caractérise la musique de La Femme ? Le croisement entre les genres. Cela nous permet d’être original à une époque où tous les grands styles ont déjà été créés. Lâcher de chevaux, c’est un mélange entre Giorgio Moroder et Ennio Morricone, Paradigme entre le jazz des années 1930 et le hip-hop. Force & Respect c’est du reggaeton-opéra, Disconnexion de la disco-country-slam… On adore mixer des styles impro- bables, a priori opposés, pour produire des morceaux hybrides.

Vous cultivez aussi un certain sens de la fête, non ? Oui, mais aussi la gueule de bois qui suit ! Certaines de nos chansons affichent des textes assez noirs… mais ça permet de danser sur ses problèmes, de les sublimer.

Cela vous vient-il des bandas de Biarritz où vous avez grandi ? Oui, il y a une grosse culture de la fête là-bas, on a forcément baigné là-dedans, on aime bien lâcher les chevaux, gueuler un bon coup dans la rue avec une guitare.

N’est-ce pas frustrant de ne pouvoir jouer l’album sur scène à sa sortie ? Si bien sûr, mais en même temps cette période nous a permis de peaufiner nos vidéoclips. Nous avons créé un décor digne d’une émission de télévision. On a imaginé une chaîne qui programme un “spécial La Femme”. On y tourne toutes les chansons de l’album et leurs clips mis bout à bout formeront un long-métrage. Disconnexion et Cool Colorado sont déjà mis en boîte. On est assez influencés par Phantom of The Paradise ou Metropolis.

Le clip de Disconnexion évoque aussi les shows de Michel Polac… Exactement, on voulait ressusciter ces émissions des années 1970 où les gens buvaient, fumaient, partaient en vrille sur le plateau… Bref, une époque où la télé était très libre, beaucoup plus que celle d’aujourd’hui, très consensuelle et plate.

Quel serait ton meilleur ton meilleur souvenir de concert ? Généralement, ce n’est pas le concert en soi que je retiens mais ce qui se passe autour. Je garde un bon souvenir du Psych Fest à Austin, en 2014. On était resté trois jours sur le site du festival, en mode Woodstock. Tout le monde était bien perché, je m’étais endormi sur la pelouse au milieu de hippies qui jouaient de la folk… j’avais l’impression d’être dans les années 1960 !

Au fait, pourquoi ce nom, La Femme ? Bonne question. On a du mal à y répondre clairement. Disons que c’est notre meilleure amie, notre copine, notre mère… C’est un peu mystique. Quand on y pense, et sans faire de généralités, les hommes sont sacrément belliqueux et les femmes plus constructives. La Femme pourrait donc bien être l’avenir de l’Homme…

Propos recueillis par Julien Damien // Photos : JD Fanello

À ÉCOUTER / Paradigmes (Disque Pointu / PIAS / Idol)

PARADIGMES TOUR

Lille, 26.01.2022, L’Aéronef, 20h, 29,50€, aeronef.fr

Bruxelles, 20.03.2022, Ancienne Belgique, 20h, 32/28€, abconcerts.be

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