Home Exposition Le Monde de Clovis

Passé recomposé

Fibule discoïde polylobée, or alliage de cuivre argent grenat et pâte de verre,  Quaregnon Grand Place tombe F250 Mérovingien récent 1-2 (c) SPW AWaP photo R Gilles

Familier des dialogues entre les cultures et les époques (souvenez-vous : Bye Bye Future !) le Musée royal de Mariemont nous catapulte cette fois au Moyen Âge, et plus particulièrement chez les Mérovingiens. Objets du quotidien, panoplies d’armes, parures de bijoux… Ce parcours nous plonge dans l’intimité du foyer de ce peuple ancestral qui régna sur une grande partie de la France et de la Belgique actuelles, mais aussi en Suisse ou aux Pays-Bas, du Ve au milieu du VIIIe siècle. Parés pour une immersion au cœur du monde de Clovis ?

Coincés entre la chute de l’Empire romain et le couronnement de Charlemagne, les Mérovingiens demeurent encore méconnus, voire dénigrés. « On les considère toujours comme des barbares ou des rois fainéants, déplore Marie Demelenne, la commissaire de cette exposition. En réalité, leur civilisation était très développée mais a hélas laissé peu de traces. Nos premières abbayes, par exemple, datent de cette époque mais ont été englouties comme des poupées gigognes dans celles d’aujourd’hui ». Surtout, leurs écrits étaient couchés sur papyrus, qui se conserve très mal. « Résultat, ce sont les Carolingiens qui ont raconté l’histoire de leurs prédécesseurs… La mauvaise réputation des Mérovingiens est donc une “fake news” du Moyen Âge ! ». Il a fallu attendre l’essor de l’archéologie moderne au début du deuxième millénaire (seulement !) pour réhabiliter le monde de Clovis.

Plus chauds que le climat

Des découvertes majeures établies entre le Hainaut belge et le Nord de la France, durant les 20 dernières années, ont ainsi mis en évidence des préoccupations pas si éloignées des nôtres. « Des trouvailles portant sur les graines, pollens ou végétaux, ont permis de reconstituer leurs pratiques agricoles ». Première surprise : confrontés à un changement climatique (baisse des températures, hausse de l’humidité), les Mérovingiens se sont adaptés. « Ils ont abandonné la monoculture du blé à grande échelle, qui prévalait à l’époque romaine, pour favoriser la diversité sur de plus petites parcelles : seigle, avoine… ». Un peuple résilient donc, et pas non plus avare d’échanges culturels et commerciaux. En témoignent ces grenats d’Inde et du Sri Lanka ou ce verre syrien retrouvés là, juste sous nos pieds !

Victimes de la mode

Riche de 600 pièces (dont certaines dévoilées pour la première fois), ce parcours révèle également une maîtrise admirable de l’orfèvrerie, à l’image du trésor funéraire de la reine Arégonde qui emporta dans la tombe « des bijoux à la pointe de la mode ». Celle des fibules par exemple, soit des sortes de broches permettant d’attacher deux pans d’un vêtement (le bouton n’existant pas encore). Pour autant, au-delà de la joaillerie ou autres ustensiles, « nous ne cherchons pas à raconter l’histoire des objets, mais bien celle des êtres humains. Il s’agit de découvrir comment ils vivaient, se soignaient, aimaient… ». Cette exposition nous introduit ainsi dans ce quotidien antédiluvien à travers des personnages certes fictifs, « mais vraisemblables ». Citons Edith, une princesse originaire du Kent envoyée sur le continent pour se marier, mais décédée à Tournai. « On sait qu’elle a traversé la Manche avec des biens précieux lui rappelant sa famille, comme cette passoire à vin en argent, très luxueuse, détaille Marie Demelenne. C’est très touchant de l’imaginer quitter son nid douillet pour un monde inconnu. De plus, son périple renvoie aux enjeux migratoires d’aujourd’hui, et même au Brexit ». Ou quand la petite histoire résonne avec la grande.

Julien Damien
Informations
Morlanwelz, Musée Royal de Mariemont

Site internet : http://www.musee-mariemont.be/

Tous les jours sauf les lundis non fériés, avril > septembre, : 10h > 18h / octobre > mars : 10h > 17h

13.02.2021>13.06.2021mar > dim : 10 h – 18 h, 5 > 2 € (gratuit -12 ans)
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