Home Cinéma Freaky

Double tranchant

De Christopher Landon, avec Vince Vaughn, Kathryn Newton, Celeste O’Connor…
Freaky © 2020 UNIVERSAL STUDIOS

Avec Happy Birthdead I et II, le réalisateur Christopher Landon et le producteur Jason Blum avaient plongé le slasher dans la boucle temporelle d’Un jour sans fin. à travers Freaky, ils poursuivent leur entreprise de relecture décalée et (surtout) subversive d’un genre que l’on croyait épuisé.

Depuis Black Christmas (Bob Clark, 1974) et Halloween (John Carpenter, 1978), le slasher reposait sur au moins deux règles : avoir une vie sexuelle vous condamnait à mourir dans d’atroces souffrances, et seule une jeune vierge pouvait venir à bout de la puissance destructrice s’abattant sur sa petite communauté. Freaky semble d’abord respecter ces codes à la lettre, lorsque deux couples d’adolescents libidineux se font massacrer à coups de raquette de tennis ou de bouteille de vin. Mais la malice de ce préambule singulièrement gore ne tient pas qu’à l’usage extravagant des accessoires criminels. Bientôt, le “Boucher de Blissfield” se retrouve dans le corps de celle qu’il a voulu tuer – et inversement. Leur caractère se trouve en même temps transposé : tandis que l’adolescente maladroite se démène avec la carcasse massive de Vince Vaughn, le tueur a désormais le charme fatal d’une jeune fille, parfaitement incarnée par Kathryn Newton. Le genre, affichant souvent une tendance puritaine, se trouve ainsi revitalisé par ce traitement queer. Et tandis qu’on passe à la moulinette les tenants d’une masculinité toxique, les femmes, mère et filles, et les gays gagnent leur émancipation.

Raphaël Nieuwjaer
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