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Homme Sweet Homme

Xavier Delcour © Catwalk Pictures

Ausculter la masculinité à l’aune de la garde-robe des hommes : tel est le pari de cette audacieuse exposition. De Giorgio Armani à Jean Paul Gaultier, en passant par Martin Margiela, Raf Simons ou Karl Lagerfeld, le Musée Mode et Dentelle de Bruxelles puise dans ses collections et celles de maisons prestigieuses pour explorer une pluralité de représentations (occidentales) du “mâle”. Tantôt virils, romantiques ou androgynes, voilà ces messieurs rhabillés pour (au moins) l’hiver.

L’habit fait-il l’homme ? La question est aussi vaste qu’originale. « Notre exposition est d’ailleurs la première en Belgique à s’intéresser au sujet, clame Vinciane Godfrind, responsable communication des musées de la Ville de Bruxelles. Aujourd’hui, la garde-robe masculine est encore très peu représentée dans les institutions de mode ». Pourtant, jusqu’au XVIIIe siècle, les tenues de ces messieurs n’avaient rien à envier à celles de leurs compagnes. Pour preuve cet habit de cour de 1775, qui ouvre le parcours : velours de soie frisé, broderie pailletée et fil d’argent… La révolution française, puis industrielle, auront raison de cet apparat, synonyme d’oisiveté. Peu à peu, la sobriété fait loi et la mode, « alors considérée comme frivole et secondaire », devient l’apanage exclusif de ces dames. Le complet-veston et son triptyque veste, gilet et pantalon s’impose.

Vue d'exposition (c) Julien Damien

Vue d’exposition (c) Julien Damien

Vue d'exposition (c) Julien Damien

Vue d’exposition (c) Julien Damien

Sous les jupes des mecs

Célébré par la série Mad Men, le costume symbolise dès lors “l’homme convenable” (soit celui qui travaille et réussit) et n’évolue quasiment pas en un siècle – une patte d’eph par-ci, une cravate fleurie par-là… Les archétypes, eux, s’épanouissent. Du marin de Jean Paul Gaultier au blouson d’aviateur de Tom Cruise dans Top Gun (Own), en passant par le pirate revu et corrigé par Vivienne Westwood et Malcolm McLaren, le garçon est également un sacré aventurier… Mais sera-t-il aussi courageux que la femme ? Osera-t-il la jupe comme elle lutta pour porter le pantalon ? Au-delà du kilt, ou même de la soutane revisitée par Raf Simons, pas sûr… Ce sublime costume-robe blanc signé Rick Owens ne manque néanmoins pas de classe, et envisage d’autres types de masculinité.

Mélange des genres

Dans la lignée de la figure sensible du dandy, les créateurs s’affranchissent de cette vision virile et bodybuildée à la fin des années 1990. La collection Boys Don’t Cry réalisée pour Dior par Hedi Slimane défend ainsi des corps élancés, presqu’adolescents, exaltant la vulnérabilité (sa fameuse silhouette “touchée en plein cœur”, avec la tâche de sang sur la chemise).

Raf Simons © catwalkpictures

Raf Simons © catwalkpictures

Au début du millénaire, le Belge Xavier Delfour nourrit cette même sentimentalité punk, en habillant notamment le groupe Placebo. Le facétieux Walter Van Beirendonck revendique lui le “fun”, affublant les hommes de tee-shirts aux couleurs flamboyantes et motifs empruntés aux comics, mangas ou à la culture club. Quelque-part, l’Anversois ouvre la voie au “gender fluid”. Et, n’en déplaise aux bad boys, c’est bien le streetwear (surtout le jogging) qui efface le mieux les différences sexuelles. Les couturiers d’aujourd’hui se libèrent de la dualité homme-femme. En témoigne la ligne Mosaert lancée par Stromae et sa compagne Coralie Barbier, mêlant les genres comme les cultures, du wax africain aux arabesques de l’Art nouveau. Formidable, non ?

Julien Damien
Informations
Bruxelles, Musée mode et dentelle
28.08.2020>13.06.2021mar > dim : 10 h-17 h, 8 > 4 € (gratuit -18 ans)
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