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Le monde du silence

Dix de der © Didier Comès / Casterman

Un monument discret. Cet album est partout : chez tout amateur de BD qui se respecte, dans toute médiathèque ou CDI digne de ce nom. Chez les bouquinistes aussi, parfois – eh oui, certains inconscients s’en séparent, que voulez-vous… Cet album, c’est Silence. Comme un nom prédestiné : Didier Comès est trop rarement cité. Et c’est sur la pointe des pieds qu’il s’en est allé, en mars 2013. Le Musée BElvue de Bruxelles lui rend hommage.

Pour célébrer le maître, les deux commissaires, Thierry Bellefroid et Éric Dubois, ont choisi une scénographie idéale où les albums, mis en regard, livrent différences et similitudes. Le parcours scrute l’œuvre de Comès, détaillant ses influences, ses techniques et ses choix artistiques. Son amour du noir et blanc, d’abord, qui n’a rien à envier à celui d’un Charles Burns ou d’un Hugo Pratt. Ce dernier, comptant parmi les amis du Belge, est d’ailleurs présent dans l’exposition, ainsi que Chabouté, autre compagnon et “fils spirituel”. Muettes, ces planches en disent cependant long sur la sensibilité d’un artiste prompt à mettre en valeur les exclus et les marginaux qui restent dans… l’ombre. À l’instar du protagoniste de Silence (1980), ce jeune homme un peu simplet et sourd-muet, maltraité par des paysans, dans des Ardennes empreintes de sorcellerie.

 Silence © Didier Comès / Casterman

Silence © Didier Comès / Casterman

La force du dessin

Lors des débuts de Comès, le terme “roman graphique” n’avait pas encore été popularisé par un autre amoureux du noir et blanc, Will Eisner. N’empêche, ce sont bien des romans sans paroles auxquels nous avons affaire, où le dessin guide la narration. Dé- coupage, cadrage, rythme… tout tient dans ces cases, judicieusement reproduites en très, très grand format. De quoi plonger des heures dans le noir de l’encre de Chine ou rester ébloui, quelques instants, par ces blancs immaculés.

Jamais trop tard

Évidemment, Silence n’est pas la seule œuvre à mentionner lorsque l’on parle de Comès. Avant d’accéder à la reconnaissance, l’ancien percussionniste de jazz s’était fait la main au sein de Pilote, avait tâté de la SF et de la couleur avant de cultiver l’onirisme monochromatique. À la suite, il y eut La Belette, L’Arbre-cœur, La Maison où rêvent les arbres, Dix de Der… Autant d’albums à (re)visiter ici. Jamais, de son vivant, cet artiste discret n’avait eu les honneurs d’une exposition bruxelloise. L’affront est réparé et, si ce n’est déjà fait, foncez chez le premier bouquiniste pour acquérir l’œuvre, ô combien parlante, de ce génie du silence, de l’ombre et de la lumière.

©Olivier Boitet Gamma Rapho

©Olivier Boitet Gamma Rapho

Thibaut Allemand
Informations
Bruxelles, Musée BELvue

Site internet : http://belvue.be

Du mardi au vendredi, 9h30>17h
Samedi, dimanche, juillet-août, 10h>18h

25.09.2020>28.02.2021 lun > ven : 9h30–17h • sam & dim : 10h-18h, Gratuit
Bruxelles, Maison Autrique
25.09.2020>02.05.2021mer > dim : 12h–18h, 7>3€

COMÈS. D’OMBRE ET DE SILENCE

Bruxelles, jusqu’au 03.01.2021, Musée BELvue, lun > ven : 9h30–17h • sam & dim : 10h-18h gratuit

COMÈS À HUIS CLOS

Schaerbeek, jusqu’au 02.05.2021, Maison Autrique, mer > dim : 12h–18h, 7>3€

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