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Affaires sensibles

©Bertrand Meunier Je suis d'ici  2019

Sevrés d’expositions en cette sinistre année 2020 ? Alors direction l’Institut pour la Photographie de Lille, qui en réunit une dizaine. Le parcours se déploie dans un ancien hôtel particulier, au cœur de la capitale des Flandres. Le thème ? L’enquête. Dans un monde submergé par les images, cette série d’accrochages gratte le vernis parfois lissé de la réalité, décalant notre regard sur le territoire, l’autre et l’histoire.

Pour qui s’est déjà maquillé comme une voiture volée lors d’un chahut à Dunkerque, l’entrée de ce parcours ne sera pas dépaysante. La première salle focalise sur les mascarades et carnavals européens. Mais en guise de “beste clet’che”, nous voilà face à des créatures chimériques : monstres à cornes, poilus, aux dents longues… Charles Fréger, tel un anthropologue, a rencontré diverses figures de “l’homme sauvage” (Wilder Mann) du vieux continent. Ses portraits illustrent un rituel ancestral, et universel : « il s’agit pour chaque culture de célébrer la fin d’un monde, et la régénération d’un autre » – ça ne vous rappelle rien ? Les expositions suivantes embrassent de nombreuses problématiques, de l’écologie à la ruralité, en passant par la migration. Elles nous emmènent en Espagne, en Angleterre… et souvent dans les Hauts-de- France. Six d’entre elles concernent en effet la région. « Oui, les sujets regardent souvent notre territoire, mais touchent le monde », assure Anne Lacoste, la directrice de l’Institut pour la Photographie.

© Charles Fréger Schnappviecher, Tramin, Italie Wilder Mann 2010 aujourd'hui

© Charles Fréger  Wilder Mann

Mémoires vives

De chez soi à l’autre bout de la planète, de l’intime à l’universel : l’effet de zoom est vertigineux. À l’instar de Je suis d’ici, de Bertrand Meunier. Après avoir parcouru la Chine, le Français s’est interrogé : « que devient mon vieux pays ? ». Privilégiant les zones “périphériques”, en l’occurrence Mons-en-Barœul (métropole lilloise), il a saisi des êtres ou paysages essentiellement en noir et blanc. En résultent des scènes mélancoliques mais sublimant la banalité. Ici une jeune femme pensive allongée sur son lit, là un couple regardant l’horizon, soucieux… « Je suis attaché à la notion de mémoire, dit-il. Notre devoir de photographe est de témoigner de notre époque ». Au rayon historique, Chaplin se pose aussi là. Avec Le Dictateur (sorti il y a pile 80 ans), il fut le premier à brocarder la montée du nazisme. Les images de Dan James, son assistant réalisateur, révèlent ici la conception de ce chef-d’œuvre, des scènes coupées et même un final cut alternatif. Depuis l’envers du décor se dessine alors une autre histoire. Mais l’enquête ne fait que commencer…

Julien Damien
Informations
Lille, Institut pour la Photographie
10.09.2020>15.11.2020mer > dim : 11 h-19 h • jeu : 11 h-22 h, Gratuit
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