Home Best of Interview William Kentridge raconté par…

Sébastien Delot

Le LaM consacre jusqu’au 5 juillet une rétrospective d’envergure au Sud-Africain William Kentridge. Sébastien Delot, le directeur du musée de Villeneuve-d’Ascq, nous révèle les enjeux de cette exposition exceptionnelle, et le travail d’un artiste qui l’est tout autant.

Qu’est-ce qui vous fascine tant chez William Kentridge ? C’est un artiste total, maniant avec virtuosité et jubilation tous les médiums de son temps. A commencer par le dessin au fusain, au centre de toutes ses créations, mais aussi le film d’animation, la sculpture, la mise en scène, la gravure… Son travail est à la fois nourri de références, généreux, excentrique, poétique… Pour moi, c’est le Picasso de la fin du XXe siècle.

C’est aussi un artiste engagé, dont l’œuvre est profondément liée à l’histoire de son pays, n’est-ce pas ? Oui, William Kentridge n’est pas né dans un pays neutre, il a grandi en Afrique du Sud au moment de l’Apartheid et dans une famille très engagée. Son père, Sydney Kentridge, est un grand avocat et a notamment défendu Nelson Mandela. Ça ne laisse pas indifférent. William, à sa façon, contribue lui aussi à exhumer ces injustices et ces récits souvent étouffés par les livres d’histoire. Il s’intéresse aux zones d’ombre pour révéler la lumière.

Il a notamment créé cette pièce, The Head & The Load, dont on découvre au LaM la maquette et qui rend hommage à ces millions de porteurs africains utilisés par les armées britanniques, françaises et allemandes… Oui, et nombre d’entre eux sont morts pour un combat qui n’était pas le leur. L’Afrique du Sud et l’Europe sont situées sur le même fuseau horaire, le Méridien de Greenwich, et ces deux histoires sont synchronisées. Pour comprendre l’Afrique on a besoin de comprendre l’Europe, et vice-versa. William Kentridge nous le démontre à travers cette fameuse pièce qui a été donnée à l’occasion du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, à la Tate Modern de Londres, puis à New York ou Johannesburg. On espère la voir un jour en France, ce serait nécessaire…

Comment avez-vous conçu le parcours de cette exposition ? C’est une invitation au sein de son studio, qui est un peu comme son cerveau. C’est le lieu de tous les possibles, il y fait les 100 pas, traquant les images lui venant en tête avant de les dessiner. A travers cette exposition, nous pouvons ainsi regarder le monde avec un autre prisme, peut-être en fermant les yeux sur nos préjugés.

Portrait de William Kentridge par Stella Oliver

Portrait de William Kentridge par Stella Oliver

Sur quelles œuvres voudriez-vous attirer l’attention ? Nous présentons des pièces maîtresses de son travail comme 7 Fragments for George Méliès, magnifique œuvre immersive et poétique réalisée en 2003 et rendant hommage à la culture française et à ce “cinéma du pauvre”. Je citerai aussi The Refusal of Time, présentée à la fin du parcours. C’est une synthèse de la mécanique Kentridge, une œuvre d’art totale, mêlant danse, chant, processions, collages, mais aussi Afrique et Europe… C’est un véritable “volcan” de créativité, ne laissant personne indifférent.

A LIRE AUSSI : LA VISITE DE L’EXPOSITION

Vue d'exposition

Vue d’exposition

Propos recueillis par Julien Damien
Informations
Villeneuve d'Ascq, LaM

Site internet : http://www.musee-lam.fr/

Collections permanentes accessibles du mardi au dimanche de 10 h à 18 h.
Exposition temporaire et collections permanentes : 10 / 7 €
Collections permanentes : 7 / 5 €

05.02.2020>05.07.2020mar > dim : 10 h-18 h, 11 / 8 € (gratuit -12 ans)
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