Home Exposition William Kentridge

Spectacle total

Vue d'exposition, Accessoire pour The Head & the Load, 2018,
carton découpé, 146 x 96 cm © photo Julien Damien

William Kentridge demeure l’un des plasticiens les plus reconnus au monde. Bizarrement, la représentation du Sud-Africain reste assez discrète en France. A Villeneuve d’Ascq, le LaM consacre à ce génial touche-à-tout une rétrospective d’ampleur inédite. Investissant la moitié des surfaces du musée, Un Poème qui n’est pas le nôtre dévoile des pièces jamais vues en Europe. Cette œuvre, totale, spectaculaire, saisit de par son inventivité, son humour et son humanité.

L’œuvre de William Kentridge est intimement liée à l’histoire de son pays, l’Afrique du Sud. « J’ai suivi toute ma scolarité dans une société anormale où il se passait des choses monstrueuses », explique l’artiste. Cette prise de conscience n’a rien d’étonnant, il est le fils de l’avocat Sydney Kentridge, qui défendit Nelson Mandela lors du Treason Trial (le “procès de la trahison”) en 1955. L’Apartheid, la politique répressive à l’encontre des Noirs ou, plus largement, la colonisation restent ses sujets de prédilection. En témoigne Kaboom !, maquette de The Head & the Load, pièce mêlant opéra et jeux d’ombres. Commandée pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, elle rend hommage aux millions de soldats africains sacrifiés sur l’autel de la Grande Boucherie – conflit qui n’était pas le leur. « William Kentridge exhume ici ces tragédies que les livres d’histoire ont oubliées, commente Sébastien Delot, le directeur du LaM. Il s’intéresse à ces zones obscures pour mieux révéler la lumière ».

The Head and The Load / Photo : Thys Dullaart / William Kentridge

The Head and The Load / KABOOM ! 2018 – Photo : Thys Dullaart / William Kentridge – Courtesy de l’artiste

Autodérision

Engagé, humaniste, l’art du Sud-Africain n’en est pas moins empli d’humour et de poésie. Pour preuve ce flip book, révélant ses propres pas de danse image par image. Citons encore ses Drawing Lessons, films le plaçant face à son double qui dénigre son talent. D’ailleurs, en 1981, Kentridge abandonnera brièvement le dessin pour s’inscrire à l’école de théâtre Jacques Legros à Paris. En vain… mais tant mieux, car sa maîtrise du fusain s’avère bien plus passionnante. Le dessin reste d’ailleurs la base de toute sa production, des plus foisonnantes. Sculpture, vidéo, photographie, peinture… et parfois tout cela en même temps ! « C’est un artiste total, maniant avec jubilation tous les médiums de son temps, s’enthousiasme Sébastien Delot. Pour moi, c’est le Picasso de la fin du XXe siècle ».

La grande illusion

Excentrique, un poil dada, Kentridge joue de l’effacement, des effets d’optique, des projections, du bricolage aussi, façon cinéma de Méliès – auquel il rend hommage dans une pièce immersive composée de films qui se répondent. Synthèse de cette mécanique de l’illusion, l’installation-spectacle The Refusal of Time présente une gigantesque machine métronome, autour de laquelle dansent sur des écrans des dessins ou des acteurs. Les images sont tantôt accélérées, ralenties ou inversées sur une musique de Philip Miller. Du grand art, servant cette fois un propos universel : l’inexorable passage du temps. Dès lors, ce poème mélancolique devient le nôtre.

A LIRE AUSSI : L’INTERVIEW DE SEBASTIEN DELOT

Julien Damien
Informations
Villeneuve d'Ascq, LaM

Site internet : http://www.musee-lam.fr/

Collections permanentes accessibles du mardi au dimanche de 10 h à 18 h.
Exposition temporaire et collections permanentes : 10 / 7 €
Collections permanentes : 7 / 5 €

05.02.2020>05.07.2020mar > dim : 10 h-18 h, 11 / 8 € (gratuit -12 ans)
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