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Au fil des temps

Geriko (Helene Jeudy & Antoine-Caecke), ANVIL 2016 © Geriko ©-Bye Bye Future ! Mariemont

A quoi ressemblera demain ? Le futur imaginé hier correspond- il à notre présent ? Vastes questions. A Morlanwelz, le Musée royal de Mariemont ausculte les plis d’un sujet traversant toute l’histoire de l’humanité – et donc de l’art. Peintures, sculptures, installations, jeux vidéo, bandes dessinées, films… Entre utopie, dystopie et uchronie, 200 pièces contemporaines, souvent issues de la pop culture ou datant parfois de plus de 5 000 ans, regardent l’avenir par-delà les âges. Magnifiquement orchestrées, ces œuvres suscitent l’émerveillement comme la réflexion.

Notre intérêt pour le futur est séculaire. La science-fiction est certes née au XIXe siècle, mais l’Homme n’a pas attendu Jules Verne pour se projeter dans le temps. « Dès que l’espèce humaine a eu conscience de sa mortalité, elle a essayé d’imaginer sa survie », rappelle Sofiane Laghouati, le commissaire de cette exposition. Pour preuve ces os oraculaires datant de la dynastie Shang (-1200 avant J.-C.) utilisés par les devins chinois. Dévoilés dans une grande vitrine inaugurale, ils côtoient justement les compas de l’auteur de Voyage au centre de la Terre, sous le regard de l’ours-caravane steampunk de François Wagner, composé de jouets récupérés.

C’est tout l’enjeu de Bye Bye Future ! : révéler les différentes visions de l’avenir à travers les âges. « Depuis toujours, les artistes jouent avec le temps et l’espace pour mieux interroger le présent ». A l’image de cette installation de Fabien Zocco, où des smartphones tenus par des bras robotisés affichent des phrases sibyllines, composées de mots puisés au hasard dans l’Ancien Testament. « Ici, c’est la machine qui livre ses prédictions. Nos écrans sont devenus nos nouvelles tables de la Loi ». Un peu obscur, ce langage côtoie la première édition des Prophéties de Nostradamus (1554), jamais montrées en Belgique – « les processus changent, mais les préoccupations demeurent ».

L’Entreprise de déconstruction théotechnique / Theotechnical deconstruction INC. from zocco fabien on Vimeo.

Extinction

Certaines prophéties forcent le respect. En témoigne la lettre de Frank Borman, commandant de la mission Apollo 8 (1968), déclamant toute son admiration à Jules Verne et son roman d’anticipation Autour de la lune, confondant de réalisme un siècle avant son propre voyage dans l’espace. L’illustrateur Albert Robida avait lui imaginé l’Hyperloop 150 ans avant Elon Musk. Ses dessins et inventions diablement poétiques inspirèrent aussi Hayao Miyazaki, dont on découvre la bobine originale de Conan, le fils du futur, série de 1978 narrant une humanité au bord de l’extinction après la Troisième Guerre mondiale.

« Notre peur de mourir et notre instinct de survie ont en effet guidé nombre de projections catastrophistes, indique Sofiane Laghouati, un peu plus loin sous le regard d’Albator. La plupart des visions du futur évoquent la fin du monde ». Au premier rang de nos inquiétudes figure la technologie, qui bouleverse nos modes de vie (et la planète). L’Américaine Heather Dewey-Hagbord nous alarme ainsi sur les dangers du Big data. Cette artiste-biologiste s’amuse à façonner le visage d’inconnus avec une imprimante 3D, à partir de l’ADN prélevé sur les mégots ou chewing-gums ramassés dans la rue…

Porrait de Heather Dewey-Hagbord (c) Julien Damien

Porrait de Heather Dewey-Hagbord (c) Julien Damien

Linda Tuloup

Linda Tuloup

Portrait-robot

Après le déluge qui se profile, que restera-t-il de nous ? Peut-être ces bas-reliefs en marbre de Wim Delvoye, figeant des captures d’écran du jeu Counter Strike, ou les photographies sur galet de Linda Tuloup. Tel un symbole, elles sont posées à côté du mobilier funéraire de Khâsekhemoui, dernier souverain de la IIe dynastie pharaonique (près de 3 000 ans avant J.C).

Non, personne n’est immortel… sauf les robots ! Construits à l’image de l’Homme (cette créature devenue créatrice), ils ne cessent de souligner nos paradoxes. A l’instar d’Astro Boy, qui accueille le visiteur dès l’entrée du musée. Inspiré par Pinocchio, Osamu Tezuka l’a créé en 1951 après la Seconde Guerre mondiale. Au Japon, notre petit héros s’appelle d’ailleurs Atom, « comme si ce qui avait détruit l’humanité pouvait désormais la servir… ». Pour l’heure, le robot demeure un sage objet pop, tel ce Goldorak immortalisé par Pierre et Gilles. Mais sera-t-il toujours esclave, ou deviendra-t-il notre maître ?

Goldorak, 2010 © Pierre et Gilles, Courtesy Galerie Daniel Templon © Bye Bye Future !, Mariemont

Goldorak, 2010 © Pierre et Gilles, Courtesy Galerie Daniel Templon © Bye Bye Future !, Mariemont

Croire en l’utopie

Nos lendemains ne chantent pas forcément. En attendant, on peut se défouler en tirant sur Donald Trump ou Kim Jong-un avec le jeu d’arcade Bum Hunt de Mathieu Zurstrassen, ou imaginer un monde meilleur devant les cités végétales de Luc Schuiten. L’architecte belge dessine une civilisation sans énergie fossile, où les villes (Bruxelles, Strasbourg ou… le domaine de Mariemont) pousseraient en harmonie avec la faune et la flore. On s’y déplacerait alors en ornithoplane gonflé à l’hélium. « Nous souhaitions terminer sur une note positive, utopique, précise notre guide. Car nous pouvons encore échapper à cette prophétie auto-réalisatrice, au destin tragique qui nous est promis ». Pour cela il faudra rêver plus qu’hier, et bien moins que demain.

 

Julien Damien
Informations
Morlanwelz, Musée Royal de Mariemont

Site internet : http://www.musee-mariemont.be/

Tous les jours sauf les lundis non fériés, avril > septembre, : 10h > 18h / octobre > mars : 10h > 17h

25.01.2020>24.05.2020mar > dim : 10 h-17 h, 5 > 2 € (gratuit -12 ans)
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