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En eaux troubles

© Iqbal Kusumadirezza

Depuis huit ans, Iqbal Kusumadirezza photographie le même fleuve, le Citarium, soit le plus long d’Indonésie (297 km), mais aussi “le plus sale du monde”, selon la presse internationale. « Cette fascination a commencé dès l’adolescence, quand chaque année, suite aux inondations, les ordures envahissaient les berges », explique ce jeune homme originaire de Bogor. Ses images témoignent d’une inexorable catastrophe écologique car avec le temps, ces eaux se sont assombries. Pour cause, elles contiendraient désormais du mercure, du plomb, du chrome, du zinc, du cuivre et autres sulfates selon Greenpeace. Cette pollution dramatique serait la conséquence du développement, à partir des années 1980, de nombreuses usines textiles le long de ces rives. Des emplois ont été créés certes, mais à quel prix ! On recense ici 300 entreprises, honorant notamment des commandes pour des marques de renommée mondiale (dont Yves Saint Laurent ou Calvin Klein). Elles répandraient quotidiennement 80 tonnes de déchets dans le Citarium – sans compter les détritus que les habitants jettent eux-mêmes. Problème : ce fleuve est vital pour les villes avoisinantes. Il irrigue en effet 420 hectares de terres agricoles et constitue la seule source d’eau pour des activités basiques comme la lessive ou la vaisselle. Enfin, les produits chimiques de cette véritable “poubelle aquatique” ont atteint les puits souterrains, causant, entre autres, des inflammations pulmonaires… En 2018 Joko Widodo, le président indonésien, s’est engagé à dépolluer le Citarium durant les sept prochaines années. De son côté, Iqbal Kusumadirezza promet de documenter l’évolution de la situation…

Lucille Leleu
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