Home Théâtre & Danse White Dog

Zone mixte

©Nadia Lauro

Pile à la croisée du politique et du poétique, la danse de Latifa Laâbissi est peuplée de corps aux identités multiples. Chacune de ses pièces déploie un imaginaire foisonnant, entre effroi et burlesque, en écho avec les tremblements du monde. Dans sa dernière création, la chorégraphe rennaise nous entraîne dans une forêt fluorescente, à la rencontre d’une communauté imaginant une nouvelle façon de vivre ensemble.

Depuis près de 20 ans, Latifa Laâbissi sonde les rapports de pouvoir et de domination, le poids de l’histoire coloniale sur la société et les corps. Dans Self portrait camouflage (2006), coiffée d’un couvre-chef sioux, elle montait à la tribune pour prononcer un “discours” muet et grimaçant contre la politique sécuritaire française. Pour Consul & Meshie, performance-fleuve de près de trois heures, elle se transformait en femme-guenon, troublant la perception entre regardeurs et regardés, et brocardant au passage la notion d’humanité.

Ça défile !
Dans White Dog, on découvre quatre interprètes dans une forêt électrique, assis parmi un enchevêtrement de lianes jaune fluo. Le décor, à la fois futuriste et archaïque, évoque un monde “entre-deux”, celui où se cache le fugitif pour survivre. Cet endroit devient dès lors une zone d’expérimentation, où le quatuor échafaude de nouvelles façons de cohabiter, de “tisser du lien”. Ils démêlent des sacs de nœuds, affichent des sourires éclatants, inventent des danses rituelles dignes de derviches tourneurs… « On devient une communauté hétéroclite, peuplée d’ancestralités, un carnaval de fous », rapporte la chorégraphe. Les identités y sont mouvantes, vagabondes, animales aussi, inaugurant une autre manière d’habiter le monde : hybride.

Marie Pons
Informations
Armentières, Le Vivat

Site internet : http://www.levivat.net/

24.01.202020h, 18>2€
Articles similaires