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Glandeur nature

© Thomas Balay pour OCS

Julien, trentenaire un peu flemmard, revient vivre chez sa mère à Chaville, dans la banlieue parisienne. Il y croise son amour de jeunesse, devenue prof dans le collège où il postule comme pion, et disparue il y a 15 ans sans explication. Pour cause, Marie lui apprend qu’elle a eu un fils de lui… Julien est bien décidé à la reconquérir et assumer son rôle de père auprès de Jacques (« Ah ouais, c’est chaud comme prénom ») même s’il a le même âge mental… Écrite par Frédéric Rosset, alors étudiant au sein de la première promo “série télé” à la Fémis, portée par Sébastien Chassagne, parfait dans le rôle de l’adulescent hirsute, Irresponsable dénote par sa qualité d’écriture et son propos – comment devient-on parent ? Qu’est-ce que la famille ? A la veille de la diffusion de la troisième et ultime saison de ce petit bijou de comédie sur OCS, rencontre avec son créateur et son attachant héros.

Sébastien, comment êtes-vous devenu comédien ?

J’ai commencé à sept ans ! Mes parents m’avaient inscrit à un cours de théâtre pour vaincre ma timidité. Ça n’avait pas marché mais c’était le seul truc que je faisais correctement (rires). J’ai continué en amateur, au collège puis au lycée. Après le bac, mon meilleur ami s’est inscrit au cours Florent mais je n’ai pas eu le cran de le suivre. J’ai alors enchaîné avec une prépa littéraire et des petits boulots, sans conviction… J’ai même été viré de la Fnac, le point d’orgue (rires) ! Bref je n’arrivais à peu près à rien, comme Julien. J’ai donc tenté un dernier baroud d’honneur à l’ESAD de Paris, et là ce fut une évidence.

Quel est votre parcours Frédéric ?

J’ai d’abord été intermittent du spectacle, en tant que monteur-régisseur sur des longs-métrages, mais j’ai toujours été attiré par la série. Je suis entré dans la première promotion dédiée à l’écriture de séries TV à la Fémis, en 2013-14. Irresponsable est un projet conçu pour l’école, et on m’a vite invité à le proposer à OCS… J’étais au bon endroit au bon moment.

Quel est le premier film ou la première série qui vous a donné envie de faire ce métier ?

F.R. : Le gros choc fut Lost Highway de Lynch, que j’ai vu beaucoup trop jeune (rires). Côté série, j’ai adoré Friends, Urgences, Malcolm et surtout Six Feet Under.

Sébastien, comment avez-vous rejoint Irresponsable ?

S. Chassagne : C’est Irresponsable qui est venu à moi. La série était d’abord un pilote de la Fémis et je connaissais sa réalisatrice, Emilie Noblet, qui a tourné HP par la suite. Elle m’a proposé le rôle de Julien, en précisant que je pourrais retravailler les dialogues… J’étais hyper-content car je n’avais connu qu’une seule expérience, dans Eden de Mia Hansen-Løve où je jouais un animateur à Radio FG. A la lecture du scénario, j’ai pensé qu’il y avait éventuellement deux ou trois choses à rendre plus marrantes. Fred a tout de suite été ouvert…

Frédéric Rosset : On a effectivement écrit en pensant à Sébastien. C’est un super acteur, très drôle et il nous a apporté beaucoup d’idées. On croit que c’est un glandeur mais en fait il est ultra-actif !

saison 3 © Thomas Balay pour OCS

saison 3 © Thomas Balay pour OCS

Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette histoire ?

S.C. : Chaville me rappelait le village où j’ai grandi dans l’Essonne. Je connais donc très bien les zones périurbaines, ce mélange de ruralité et de préfabriqués absurdes, et j’y suis profondément attaché. C’est une localisation originale. Ici l’action ne se déroule pas dans un appartement parisien, en Bretagne ou dans le Jura sur une scène de crime, comme “Les meurtres à…”, tu vois ?

F.Rosset

F.Rosset

Pourquoi avoir tourné à Chaville ?

F.R.: C’est là où j’ai grandi. J’ai simplement parlé de ce que je connaissais, ça pourrait être n’importe quelle autre banlieue bourgeoise située à côté d’une grande ville. J’y ai injecté des choses très personnelles, d’ailleurs j’ai co-écrit la majeure partie de la série avec ma sœur, Camille.

Comment présenter le personnage de Julien ?

F.R. : J’avais en tête un archétype du trentenaire un peu glandeur, mais il fallait éviter les clichés. Julien développe énormément d’énergie pour continuer à ne rien faire. Il a aussi des convictions, adore l’idée d’être père, lui-même ayant été abandonné par le sien. Enfin, il passe son temps à trafiquer la vérité, se plaçant dans des situations rocambolesques.

En quoi est-il irresponsable ?

F.R. : C’est la société qui le considère comme tel. Moi je ne cherche pas à le juger ni à stigmatiser les chômeurs (rires). Julien défend juste l’idée de pouvoir vivre comme il l’entend.

S.C. : Je ne crois pas que les gens soient irresponsables dans la vraie vie. Disons qu’on fait parfois des mauvais choix après une journée de merde (rires).

En quoi lui ressemblez-vous ?

S.C. : J’apporte toujours des éléments personnels dans mes rôles, ce sont mes “petits secrets”. Dans la chambre de Julien par exemple, on trouve mes propres mangas, une Dreamcast plutôt qu’une PlayStation 2 (rires). On a aussi beaucoup travaillé les impros pour qu’il me ressemble. Julien a mon phrasé et ma rythmique, il devait paraître le moins “fabriqué” possible.

En tout cas, vous semblez bien savoir rouler les joints…

En réalité, je ne fume pas ! J’ai essayé plein de trucs, comme tout le monde, mais je n’aime pas ça. Pourtant, comme je ne voulais pas faire bande à part au lycée, j’ai menti en prétendant que je savais rouler ! Tout le monde sortait des tulipes ou des hélicoptères, et moi je galérais sur mon petit cône (rires). C’est vraiment un truc de comédien…

Comment avez-vous traversé l’adolescence Sébastien ?

C’était très compliqué, car j’ai mis beaucoup de temps à me débarrasser de mon second degré. J’avais l’air intelligent mais en même temps j’étais une quiche à l’école. J’ai eu du mal à le vivre socialement. Les gens n’aimaient pas ce que je leur renvoyais, cette image professorale… Enfin, je ne vais pas débuter une psychanalyse maintenant (rires) !

Saison 3 © Thomas Balay pour OCS

Saison 3 © Thomas Balay pour OCS

La série est drôle, certes, mais aborde aussi des sujets plus “graves” comme l’absence du père, le chômage… S’agissait-il aussi d’évoquer des thèmes actuels sous couvert de comédie ?

S.C. : Oui, et toutes les comédies devraient le faire. D’une façon générale, je rigole beaucoup plus devant un film de David Lynch que de Fabien Onteniente. La saison 1 de Twin Peaks est hyper drôle, même Mulholland Drive contient des gags. On oublie toujours de parler de l’humour de Lynch.

F.R.: J’aime mélanger les genres, ancrer la comédie dans le réel en y injectant du drame. Irresponsable développe un sujet qui me tient à cœur : qu’est-ce qu’être trentenaire aujourd’hui ? Et donc être parent, la transmission…

S’agit-il aussi de présenter un autre modèle de famille ?

S.C. : Oui, c’est sûr. D’ailleurs le postulat initial des débats sur la PMA n’a pas de sens, s’appuyant sur un modèle soi-disant parfait, absolu, alors qu’il est complètement branlant depuis des millénaires. C’est donc agréable de se dire que la famille ne suit aucune règle, aucun schéma préétabli.

F.R. : Honnêtement je ne l’ai pas fait exprès. Mais le sujet était évident et on le traite de front. Ici la famille se constitue autour de Julien sans qu’il s’en rende compte, et tant mieux si ça résonne avec l’actualité.

Saison 3 © Thomas Balay pour OCS

Saison 3 © Thomas Balay pour OCS

Quels sont les enjeux de la saison 3 ?

S.C. : Le grand finish aborde la question de la transmission, la définition de la famille.

F.R. : Tous les personnages s’interrogent sur leur avenir, l’ironie étant que le premier à se poser la question est le plus jeune, Jacques. A peine le BAC en poche, il s’apprête à quitter la ville pour voyager au bout du monde, se découvrir lui-même, car il redoute de finir comme ses parents, paumés à 35 ans. Cette position amène tout le monde à réfléchir, et les projets de vie divergent…

Vous y avez apporté plus de profondeur, n’est-ce pas ?

F.R.: Oui, Irresponsable s’épaissit au fil du temps. La première partie de la saison 1 est purement comique, puis des thèmes plus dramatiques surgissent. Plusieurs épisodes de la saison 3 se terminent d’ailleurs tristement.

S.C. : On interroge notamment le désir de paternité, le refus de maternité… Des sujets sensibles du moment. Une nana n’a pas forcément envie d’avoir des enfants, et ce n’est pas forcément synonyme d’échec.

Pourquoi avoir choisi ce format de 26 minutes ?

F.R. : C’est selon moi le format le mieux adapté à la comédie, encore trop rare en France. Je pense à Friends mais aussi à Girls ou Louie. Cela offre un rythme assez rapide et efficace tout en laissant le temps de développer un fil rouge et les rapports entre les personnages. Ce n’est pas le cas de l’autre format dont raffolent les chaînes françaises, la shortcom, des pastilles de quelques minutes.

Sébastien, êtes-vous désormais très identifié au personnage de Julien ?

Oui, on me propose souvent le même rôle d’adulescent, que je fuis souvent. Ça, c’est mon côté encore con et ado… Les gens attendent quelque chose de moi. Au final, on n’est pas du tout dans l’échange.

Souhaiteriez-vous évoluer dans d’autres registres ?

Non, je me vois bien faire de la comédie toute ma vie, tant que ça reste marrant ça ne me pose pas de problèmes !

Avez-vous des conseils à nous donner, en tant que paternel irresponsable ?

Ne pas mettre la pression à ses enfants, éluder les questions de réussite et d’échec qui n’ont aucun intérêt, et surtout rigoler le plus possible. Mon fils doit-il être bon à l’école ? Honnêtement, on s’en fout un peu… sauf s’il devient alcoolique à huit ans (rires) !

 

Propos recueillis par Julien Damien

De Frédéric Rosset (réalisé par Stephen Cafiero), avec Sébastien Chassagne, Marie Kauffmann, Théo Fernandez, Nathalie Cerda… Saison 1 & 2 disponibles sur OCS Saison 3 dispo. le 05.12 sur OCS

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