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Etats précaires

© Ex-Nihilo

Un enfant arrive. Tout ne devrait être que bonheur, et pourtant le quotidien reprend vite le dessus, avec ses angoisses et ses tracas matériels. Dans une Marseille sinistre, Robert Guédiguian dresse le portrait d’une société de plus en plus brutale, où les plus défavorisés luttent désormais entre eux…

Nicolas et Mathilda viennent de donner naissance à une petite Gloria. Ils ne sont pas tout à fait dans la galère, leur situation pourrait même s’améliorer. Il suffirait qu’il réussisse avec son boulot de chauffeur Uber, et qu’elle soit enfin embauchée à la fin d’une période d’essai. Mais cet horizon est un leurre. Le système promeut la volonté et la réussite individuelles, mais repose sur le “précariat”, voire la concurrence de tous contre tous. Les anciennes solidarités (familiales ou de classes) n’y changeront rien… A travers deux générations et trois couples, Robert Guédiguian montre comment l’argent et la libido, devenus indissociables, corrodent les rapports humains.

Ruptures

Gloria Mundi ne craint pas d’accueillir la violence contemporaine et sa profonde obscénité. Cela ne va certes pas sans lourdeur. Ce n’est pas un problème d’écriture, mais la contrepartie d’un cinéma social affrontant de façon systématique le présent. A la manière de ces travellings montrant tantôt des exilés abandonnés sur le trottoir, tantôt des groupes de touristes étrangers, Guédiguian et son scénariste Serge Valletti essaient de tout embrasser. Le risque est de réduire la fiction à une juxtaposition de situations ou de discours d’époque. Pourtant, en laissant au spectateur le soin de saisir ce qui se transmet ou se perd, dans cette famille comme dans la classe ouvrière, Gloria Mundi se révèle d’une terrible justesse.

Raphaël Nieuwjaer

De Robert Guédiguian, avec Gérard Meylan, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin, Ariane Ascaride… En salle

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