Home Exposition Photographie, arme de classe

Remise au poing

Willy Ronis, Prise de parole aux usines Citroën - Javel, 1938
© Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bertrand Prévost / Dist. RMN-GP
© RMN - Gestion droit d’auteur Willy Ronis

Comment la photographie devint-elle une arme de dénonciation massive ? Un outil au service de la cause prolétarienne, de l’antifascisme ou de l’antimilitarisme ? C’est tout le propos de cette exposition présentée à Charleroi, montée à partir des fonds du Centre Pompidou. Loin d’une simple relecture historique en images, cette centaine de clichés relate l’émergence d’une avant-garde sociale et documentaire dans les années 1930.         

D’abord, replantons le décor. Nous sommes à la fin des années 1920. La légèreté des Années folles laisse place aux tensions sociales et politiques. La crise économique sévit. La guerre et le fascisme menacent – en Espagne, en Allemagne ou en Italie. C’est dans ce contexte que les créateurs s’engagent. Ils sont notamment regroupés au sein de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (dont Malraux, Aragon, Breton…). Au sein de cette AEAR, les photographes ne sont pas en reste. Parmi eux on compte de grands noms. Cartier-Bresson, Capa bien sûr, mais aussi Germaine Krull et Brassaï, immortalisant par exemple les soupes populaires parisiennes, ou Jacques André Boiffard qui, avec cette “chaussure et pied nu”, capture la pauvreté de la capitale, loin de toute représentation pittoresque. « Cette façon d’aller vers les autres, d’occuper la rue, de montrer la figure humaine et ses conditions de vie annonce la photographie moderne et humaniste », explique la commissaire de l’exposition, Damarice Amao.

Tous photographes !

Au fil des thèmes (l’antimilitarisme, la lutte contre les colonies…), cette centaine de clichés révèle des foules en colère, des tracts satiriques, beaucoup de masques à gaz et un grand nombre de styles et de formats. Car d’un point de vue esthétique, les lignes bougent également. « Ces militants expérimentent beaucoup. Ils proposent des images à la croisée du reportage, du documentaire et de l’art ». Citons les photomontages de Willy Ronis, transformant avec malice des cheminées d’usines en canons – “on travaille pour la guerre !”, note-t-il. De plus, ces artistes forment les amateurs, issus de la classe ouvrière ou petits employés, comme le montre cette photo d’Eli Lotar dévoilant un petit groupe en plein apprentissage de la contre-plongée. « L’objectif est de témoigner du quotidien ou des violences policières durant les manifestations. On constitue ainsi une sorte d’agence de presse prolétarienne ». Il s’agit d’alimenter des journaux illustrés de gauche comme Regards, qui dénote dans le paysage médiatique (aujourd’hui, on parlerait de réseaux sociaux). A une époque sans télévision, le pouvoir de l’image est déjà prégnant. Incontestablement, ces photographes effectuèrent une belle mise au poing.

Julien Damien
Informations
Charleroi, Musée de la Photographie

Site internet : http://www.museephoto.be

28.09.2019>19.01.2020mar > dim : 10 h-18 h, 7 > 4 € (grat. -12 ans)
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