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Tragi-comics

Spiderman
Bernabe Mendez de l’état de Guerrero est laveur de vitres.
Il envoie 500 dollars par mois au Mexique.

Dulce Pinzón a photographié des Mexicains travaillant clandestinement à New-York et habillés en… super-héros. Au-delà de l’aspect ludique de ses images, cette artiste originaire de Mexico rend hommage à des hommes et femmes qui se sacrifient pour leur famille. Baptisée La Véritable histoire des super-héros, cette série est exposée à la médiathèque La Corderie de Marcq-en-Barœul, illustrant la thématique de l’Eldorado initiée dans la métropole par lille3000.

Spiderman lave les vitres d’un gratte-ciel, suspendu au-dessus du vide. Superman s’élance à vélo pour livrer des colis, sa cape rouge flottant au gré du vent. Muscles saillants, Hulk porte de lourdes caisses de légumes aux épiceries de la ville… Au premier abord, ces images de super-héros employés à des tâches quotidiennes prêtent à sourire. Elles cachent pourtant un propos éminemment politique. Pour réaliser ces 20 clichés, la photographe Dulce Pinzon a demandé à des immigrés mexicains entrés illégalement à New-York de poser déguisés sur leur lieu de travail. A chaque métier correspond ainsi un personnage (et son pouvoir légendaire) de comics. Mais pourquoi ?

© Patricia Conde Galería Mexico

© Patricia Conde Galería Mexico

Le prix de l’argent

Intitulée La Véritable Histoire des super-héros, cette série est née après les attentats du 11 septembre 2001. « Dès lors, la notion d’héroïsme est devenue omniprésente dans l’imaginaire collectif américain, explique Caroline Carton, commissaire de l’exposition. Les médias ont glorifié les pompiers, policiers et toutes ces personnes risquant leur vie pour autrui ». Mais selon Dulce Pinzón, le pays de l’Oncle Sam abrite aussi des héros se sacrifiant tous les jours, dans l’indifférence générale. « Ces immigrés exécutent des missions ingrates, qu’aucun New-Yorkais ne voudrait effectuer. Ils s’échinent de longues heures, sans protection sociale, et envoient une partie de leur maigre salaire à la famille restée au pays ».

© Patricia Conde Galería Mexico

© Patricia Conde Galería Mexico

Cette Wonder Woman visiblement éreintée par son job dans un lavomatic de Brooklyn, adresse par exemple 150 dollars par semaine à ses proches restés à Puebla. Les Aztèques sont ainsi devenus dépendants de cette manne financière, et les Etats-Unis d’une main-d’œuvre bon marché… Cette Catwoman s’occupant de deux bambins blancs « symbolise bien cet esclavage moderne. Nombre de familles américaines emploient encore des bonnes ou des nourrices latinos. Ces femmes mettent des heures pour se rendre au boulot, délaissent leurs enfants pour choyer ceux de leurs employeurs ».

© Patricia Conde Galería Mexico

© Patricia Conde Galería Mexico

Le drame sous les comics

Dulce Pinzón est née à Mexico en 1974. Elle s’est installée en 1995 dans la Grosse Pomme pour étudier. Avant de concevoir cette série, elle s’est immergée dans le quotidien de ces forçats. Situés entre le documentaire et l’art contemporain, ses clichés dénotent par leur simplicité et leur humanité. « Ils rappellent l’esthétique des couvertures de comics. Les personnages s’affichent au premier plan, mais leur regard trahit une certaine tristesse. Le drame social couve derrière la mise en scène ». Ces photographies sont présentées à La Corderie selon une scénographie immersive. Les grands tirages « à l’échelle 1», replacent le visiteur dans le quotidien de ces héros invisibles. Le (super) pouvoir de l’image en quelque sorte.

Julien Damien
Informations
Marcq-en-Barœul, La Corderie
03.09.2019>02.11.2019mar & jeu : 14 h > 18 h // mer & sam : 10 h > 18 h, ven : 14 h > 20 h, Gratuit
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