Mémoire vive

© Rectangle Productions / Le Pacte / NJJ Entertainment

En suivant le périple de deux Parisiens en Pologne, Lune de Miel aborde la Shoah sous un angle inattendu. Porté par les épatants Arthur Igual et Judith Chemla, le premier film de l’actrice Elise Otzenberger se révèle tout à la fois drôle, délicat et émouvant. Une révélation.

Certaines œuvres font moins de bruit qu’un blockbuster américain ou une comédie française lourdingue. D’aucuns les appellent des “petits films”. C’est justement la confidentialité et la fragilité de Lune de Miel qui font toute sa beauté. La réalisatrice s’inspire ici de son vécu. Un jeune couple d’origine juive part en Pologne pour la commémoration du massacre des juifs de Zgierz. Si Adam n’est pas emballé par le voyage, Anna est excitée à l’idée de découvrir la terre d’une grand-mère qu’elle n’a pas connue… Certes, on rit souvent devant les péripéties de ces citadins et à l’écoute d’un dialogue ciselé, mais quand la fiction cède place au documentaire, on a le cœur au bord des larmes. La scène où une rescapée des camps (Evelyn Askolovich, déportée petite fille) raconte la Shoah à des enfants, est un grand moment de cinéma. De même, la découverte par Anna et Adam de poupées caricaturant les juifs de façon abjecte glace les sangs. Non, Elise Otzenberger ne craint pas de délivrer des messages. Elle critique notamment une commercialisation outrancière de la mémoire, et la persistance de l’antisémitisme en Pologne. On le sait, la comédie reste un bon moyen pour traiter de sujets sensibles. L’air de ne pas y toucher, la Française signe un beau film sur la transmission.

Grégory Marouzé

De Elise Otzenberger, avec Judith Chemla, Arthur Igual, Brigitte Roüan… Sortie le 12.06