Le temps des mutants

(c) 20 th Century Fox

La franchise X-Men affronte son dénouement. Dans Dark Phoenix, nos mutants favoris combattent l’une des leurs : Jean Grey aka Phoenix. Point d’orgue d’une saga de 20 ans, cet épisode transforme la super-héroïne aux pouvoirs télépathiques et télékinésiques en une méchante Phénix Noire. Rencontre surnaturelle avec l’équipe d’un film très attendu : les comédiens Michael Fassbender, Sophie Turner, Jessica Chastain, le réalisateur Simon Kinberg et le producteur Hutch Parker.

Simon Kinberg, quelle était votre intention avec Dark Phoenix ? Je suis tombé amoureux de Phoenix (ndlr : Sophie Turner). Je la trouve fascinante. J’aime l’idée qu’elle perde la tête, ses pouvoirs, en affectant les X-Men. Ici, les ennemis deviennent amis, et inversement. La question centrale est celle-ci : quand cessons-nous de secourir des êtres proches qui ont des problèmes psychologiques ? Il fallait montrer à quel point Jean Grey / Phoenix souffre et fait souffrir les autres à cause de son combat intérieur. Je tenais à ce que ce film ait une qualité intime, humaine, primale !

Comment cela se traduit-il ? A travers l’esthétique du film, le style et les actions des comédiens. X-Men : Dark Phoenix se révèle plus naturaliste, ancré dans la réalité. Je ne voulais pas simplement voir des gens devant un écran vert. Je leur donne des scènes dans lesquelles ils exercent leurs “vrais” super-pouvoirs : être des acteurs formidables !

Sophie Turner, comment avez-vous travaillé la dualité “Jean Grey / Phoenix” ? En évitant une approche basique du type : “je suis une héroïne, puis je deviens une vilaine”. Je souhaitais montrer une jeune femme qui souffre. Avec Simon, on met en exergue la maladie mentale, la schizophrénie, les addictions, le syndrome de personnalités multiples. Lorsqu’on est atteint par ces troubles, on peut devenir héroïque en restant très humain.

Jessica Chastain, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de rejoindre les X-Men ? J’aime explorer tous les genres, et travailler différents muscles. Et j’avais envie de rejoindre cette famille. Surtout, l’histoire de Jean Grey est captivante, cette jeune fille qui a honte de ses pouvoirs limitant ses émotions. Elle comprend qu’en les éliminant, elle s’offre le plus grand des cadeaux : l’amour. En ces temps difficiles, ce sujet mérite d’être défendu. Lilandra, mon personnage, est une créature surnaturelle. J’incarne deux choses radicalement différentes : au début du film, j’ai une grande humanité, puis je la perds. Je me suis inspirée de Terminator 2 de James Cameron, pour le jeu très stoïque. C’était tout l’enjeu de mon rôle.

 © Kristine Sparow

© Kristine Sparow

Comment avez-vous réalisé les scènes d’action ?

Simon Kinberg : Elles ne sont pas gratuites comme c’est souvent le cas dans ce type de films. Chacune d’elles illustre la psychologie d’un personnage, un état émotionnel.

D’ailleurs, quel serait votre meilleur souvenir de tournage ? Dans une scène, Jessica et Sophie jouent un tour à James McAvoy (ndlr : le Professeur Xavier). Sur le tournage, il se déplaçait avec des filins. Sur le plateau, on a mis à fond La Macarena pour le faire danser. C’était une récréation bienvenue durant une scène tendue.

Michael Fassbender, comment voyez-vous votre personnage, Magneto ? Comme un gourou. Connaissez-vous Wild Wild Country (ndlr : série documentaire sur le gourou indien Bhagwan Shree Rajneesh, diffusée par Netflix) ? Eh bien je l’imagine comme ça. Lors de ma première conversation avec Simon, je lui ai dit que je voyais Magneto avec un chapelet, de longues robes. Je l’ai senti un peu nerveux. Il m’a répondu : « oui, c’est pas mal comme idée. » Inutile de vous dire que je n’ai porté ni robe ni chapelet !

Comment accueillez-vous la nouvelle génération de X-Men, notamment Sophie Turner ?

Michael Fassbender : Ça a été un honneur d’accueillir cette jeunesse. J’ai reçu beaucoup de générosité à mon arrivée dans X-Men : Le commencement. Je voulais qu’elle la ressente aussi. J’ai été bluffé par sa précision. Dans ce genre de films, on multiplie les prises et les angles de caméra. A chaque fois, elle réussissait à exprimer une émotion intense.

Sophie Turner : J’ai payé Michael pour qu’il dise ça ! (rires). Nous avons tourné Dark Phoenix comme un film pouvant se regarder sans aucune référence antérieure.

Dans ce film, Mystique (Jennifer Lawrence) dit à Charles Xavier : « Il faudrait penser à renommer les X-Men les X-Women, tant les femmes sont importantes dans ce collectif ». Pourquoi ?

Hutch Parker : Je suis ravi que les lignes bougent. De nouveaux leaders émergent, notamment tous ceux interprétés par des actrices. Cette remarque n’est pas seulement drôle, elle soulève bien des questions. Les thèmes du pouvoir et des responsabilités en découlent. Chacun des personnages doit s’accepter et assumer les conséquences de ses actes.

Comment voyez-vous l’évolution des X-Men ?

Hutch Parker : Cette aventure incroyable est surtout le fruit de Simon. Il en reste l’architecte principal, étant producteur, scénariste et maintenant réalisateur ! Cette histoire est illimitée. Avec des conflits, des tragédies, des victoires, mais aussi l’émotion, le spectaculaire, toute cette palette d’univers visuels… Je la chérirai toute ma vie.

Ce film n’est-il pas le plus nietzschéen de la saga ?

Simon Kinberg : C’est le moins manichéen. Il pose la question de la moralité de la façon la plus complexe et conflictuelle qui soit. Généralement, il y a les superhéros et les méchants. Pourtant, nous vivons une période où le faux et vrai se confondent. Ceux qui se prétendent des héros peuvent être des sales types. Ce film est le reflet de notre époque. De toute la saga, Dark Phoenix reste l’épisode explorant le plus la notion du bien et du mal.

Propos recueillis par Grégory Marouzé

De Simon Kinberg, avec James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Sophie Turner, Jessica Chastain… sortie le 05.06

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