Home Cinéma Monrovia, Indiana

Plus belle la ville

Après In Jackson Heights (2015) et Ex Libris (2017), tournés à New York, Frederick Wiseman s’aventure dans la région bien plus austère du Midwest. Entre les champs de maïs et les élevages de bétail se niche Monrovia, bourgade de 1 400 âmes soucieuse de préserver sa tranquillité.

Monrovia, Indiana s’ouvre sur une succession de plans bucoliques : un champ nu, des nuages qui s’effilochent, le vent soufflant dans les arbres. Mais il ne faut pas attendre longtemps pour entendre les cris apeurés de cochons parqués dans un hangar, et qu’un tracteur chargé de produits toxiques ne commence à entailler la terre. Très vite, nous assistons à une réunion, avec ses prises de parole codifiées. “Cinéaste des institutions” certes, Wiseman élargit cette fois le cadre. Il s’agit ici de saisir le fonctionnement d’une ville, rien de moins. Des étalages de supermarchés aux différents styles de coiffure, aucun détail n’échappe au cinéaste. Une véritable passion de la collecte se déploie, moins guidée par un souci fétichiste que par le goût de l’ordinaire. Entre montage alerte et longues discussions, on perçoit le ciment de cette communauté. Il repose sur une économie agricole et tertiaire, des infrastructures, des rituels et surtout la ferme croyance de vivre selon les prescriptions de Dieu. Paradis de l'”américanité”, Monrovia semble exister hors du monde. Sans porter la charge, mais avec méthode, Wiseman suggère aussi la violence charriée par un tel désir. Dans sa version tonitruante, on appelle ça le “trumpisme”.

Raphaël Nieuwjaer

Documentaire de Frederick Wiseman. En salle.


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